MONTERREY (AFP), le 23-03-2002
Les Nations Unies ont sonné la mobilisation contre la pauvreté, cette semaine à Monterrey (Mexique), recueilli quelques promesses et cru déceler un "nouvel esprit" au sein de la communauté internationale, mais l'engagement paraît flou et fragilisé par les divergences stratégiques euro-américaines.
Si les actes suivent les belles paroles, le sommet de Monterrey sur le financement du développement pourrait marquer un tournant. Sinon, il restera seulement comme le lieu d'un nouveau coup d'éclat de Fidel Castro, qui a fait une apparition rapide avant de claquer la porte et d'accuser les Etats-Unis de l'avoir fait déclarer persona non grata au Mexique.
"Il ne suffit pas de dire, il faut faire", a lancé le président venezuélien Hugo Chavez, au nom du G77 qui regroupe cent trente-trois pays pauvres. Le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan assure avoir détecté un "nouvel esprit" et s'est félicité de l'ébauche d'un "partenariat" entre riches et pauvres.
Il s'appuie sur les promesses d'augmentation de l'aide publique annoncées par l'Union européenne et surtout par les Etats-Unis, avant même le sommet de Monterrey, commencé lundi au niveau ministériel et clôturé jeudi et vendredi par les chefs d'Etat et de gouvernement. Il se fonde aussi sur la présence à Monterrey de près de soixante chefs d'Etat ou de gouvernement et, pour la première fois, de toutes les grandes institutions financières internationales impliquées dans le développement, dont la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI) et l'Organisation mondiale du commerce (OMC).


Mais le résultat immédiat est maigre. Le sommet a approuvé une déclaration finale, dite "consensus de Monterrey", dont plusieurs délégations ont dénoncé les insuffisances. Pas d'engagement précis sur l'accroissement de l'aide, pas de calendrier, mais une place importante accordée aux mécanismes du marché, au commerce et aux investissements privés. "Cette fois-ci, on ne pourra pas parler d'engagements en l'air, puisqu'il n'y a pas d'engagement du tout", raillait un diplomate européen.
Kofi Annan a réitéré son appel à un doublement de l'aide au développement, de 50 à 100 milliards de dollars annuels. Mais en raison de l'opposition des Etats-Unis, il ne figure pas dans le texte final, négocié depuis plusieurs semaines.
Très attendu dans un tel forum, le président américain a exposé sa vision libre-échangiste du développement, laissant au passage apparaître de sérieuses divergences avec les Européens, qui estiment que l'Afrique, et ses millions d'hommes et de femmes dans une situation d'extrême pauvreté, a besoin d'une aide publique importante.
George W. Bush a proposé un pacte entre pays riches et pauvres: l'aide en échange de réformes économiques et politiques. "Les nations développées ont le devoir de partager la richesse mais aussi, a-t-il dit, d'encourager les sources qui produisent la richesse: la liberté économique, la liberté politique, l'Etat de droit et les droits de l'Homme". Pour lui, des critères d'éligibilité doivent être établis, qui détermineront l'octroi de l'aide.
Jacques Chirac a reconnu des divergences d'approches entre Européens et Américains. Mais "elles s'atténuent", a-t-il assuré. Les Européens se fixent l'objectif d'accroître fortement leur aide, et beaucoup d'entre eux n'hésitent plus à évoquer une taxation des mouvements de capitaux pour financer la lutte contre la pauvreté. La fameuse "taxe Tobin", soutenue par les organisations non gouvernementales (ONG).
Celles-ci, qui se sont limitées dans les rues de Monterrey à de petites manifestations, ont violemment critiqué le résultat de la conférence. "Des gens vont mourir à cause de l'échec des gouvernements ici à Monterrey", a accusé Greenpeace, dénonçant l'absence d'engagements sur l'aide et le triomphe de théories libre-échangistes pour des pays où le marché n'existe même pas.