Pour faire un pas vers le développement intégral
Le département du Centre, en dépit de ses richesses et de son potentiel à la fois touristique et économique énorme, reste isolé et n'a qu'une seule voie d'accès directe qui la relie au département de l'Ouest et la « République de Port-au-Prince », une route qui est loin d'être agréable malgré les travaux d'aménagement qui ont été entrepris depuis quelque temps et qui sont exécutés par la firme ELSAMEX avec un financement de l'Union Européenne, à hauteur de 38 millions d'euros (environ 42 millions de dollars US).

Il est à espérer que ce travail se poursuivra et aboutira, avant longtemps, à une vraie voie circulable, asphaltée, avec des balises de sécurité. Osons aussi croire, qu'en l'an de grâce 2006, an 202e de l'indépendance, nous ne serons pas gratifiés de l'un de ces couloirs qui, dans notre pays, sont pompeusement baptisés avenues, boulevards et même autoroutes, sans aucun respect pour les contribuables qui aimeraient bien voir autre chose que de grands discours d'inauguration de ces oeuvres qui ne sont que des manifestations patentes d'incompétence et de manque de vision. Vision...voilà le grand mot. Un mot qui devrait donner à réfléchir, un concept qui doit avoir une place dans notre présent. Nous cesserions peut-être de regarder vers 1804 pour jeter un oeil construtif sur l'avenir.

Il est essentiel d'insister sur l'importance de cette « Route Nationale No 3 » qui, en dépit de son nom pompeux, n'est pas plus large que ce qui doit être, dans tout pays civilisé, une simple route de pénétration secondaire. Il faut deux et, parfois, plus de trois heures pour le trajet Croix-des-Bouquets / Mirebalais, trajet poussiéreux à souhait, qui pourtant ne fait que 47 kilomètres. Un trajet qui devrait, dans des conditions normales, durer 45 minutes.

Il faut se secouer, regarder les choses en face et prendre conscience que les voies de communications ont beaucoup évolué depuis les 75 dernières années et que le pays ne peut pas se permettre de construire des routes qu'il faudra aggrandir ou reconstruire dans 5 ou 10 ans. Il serait préférable de réaliser un travail sérieux, avec une vision, une projection sur l'avenir, sur seulement une partie de la route et réfléchir aux moyens de la terminer. Peut-être que cela encouragerait les bailleurs de fonds qui, problablement, doivent se poser des questions sur notre volonté de construire ce pays et le respect que nous avons pour nous-mêmes.
Il eût été préférable de ne pas avoir à compter sur eux, mais puisque nous en sommes là, autant demander la charité avec dignité... en attendant de mettre en place les infrastructures nous permettant d'atteindre l'autosuffisance en exploitant honnêtement (ceci est un voeu pieux) nos ressources touristiques et agricoles.
Ces ressources dont nous parlons existent dans le Plateau central, un département qu'il faudrait regarder avec d'autres yeux.
Les richesses agricoles du Plateau central
La pluviométrie plutôt généreuse du Plateau cental ainsi que l'abondance de ses réserves hydriques et hydrographiques font de ce département l'un des plus riches, potentiellement, et des plus favorables au développement agricole et l'élevage.
La zone transversale (Bas Plateau) qui va du département de l'Artibonite, du côté de Pont-Sondé et La Chapelle, à la région frontalière, dans les environs de Savanette est l'une des plus grandes productrices de mangues du pays et Desvarieux, localité située entre Mirebalais et Lascahobas, est la plus grande fournisseuse de mangues d'exportation (la fameuse mangue Francis) du pays, après Gros-Morne.

La production d'avocats dans le bas-plateau fait de la République Dominicaine l'un des plus grands exportateurs de ce fruit dans la région caraibéenne. Les producteurs, devant l'absence d'infrastructure routière et de transport adéquats, trouvent plus pratique de vendre la totalité de leur prodution aux spéculateurs de la république voisine. Production pour laquelle ils sont taxés par les Dominicains qui ont ainsi le beurre, l'argent du beurre et même le beurrier si l'on tient compte du fait que les fruits portent fièrement l'étiquette « produit de la République Dominicaine ». Il ne leur manque plus que la vache. Vu la façon dont nous gérons notre territoire et gardons nos frontières, ils peuvent encore espérer...
Le haricot vert haïtien (notre fameux pois congo) change, lui aussi, de nationalité aussitôt récolté. Il y a, là, des arguments assez solides pour convaincre le paysan haïtien de ne plus se rendre chez les Dominicains. Il peut, tout aussi bien, travailler pour eux à domicile.
Les planteurs et agronomes à qui nous avons parlé nous ont affirmé que le bas-plateau a des capacités énormes. Selon eux, des plantations de piment, de poivron, d'aubergine, de gombo (calalou), pour ne citer que ceux-là, auraient dû recouvrir toutes les surfaces disponibles à côté de bananeraies et de bassins de pisciculture, s'il y avait un minimum d'encadrement technique réel et un appui à la production. L'inexistence presque totale d'un crédit agricole se fait cruellement sentir quand on sait dans quelles conditions économiques déplorables le paysan évolue.
Le haut-plateau pourrait plutôt être consacré, selon les mêmes sources, à l'élevage, vu sa capacité à produire du fourrage. Cependant, d'autres activités peuvent y être encouragées.
D'autre part, l'actuelle production de mangues (celles qui ne sont pas destinées à l'exportation) dans le département justifierait amplement l'implantation d'usines de transformation, car la mangue et ses extraits sont utilisés dans plusieurs secteurs dont la cosmétologie, la pharmacologie, l'industrie de l'alimentation.
Les richesses touristiques du Plateau central
Il existe de nombreux sites naturels qui ne sont pas mis en valeur parmi lesquels nous pouvons mentionner : la chute et la grotte de Saut d'Eau, celles de Layaille à Hinche, Bassin Zim à Cerca Cavajal,
La Peigne et la grotte Nan Remi dans la commune de Lascahobas, les grottes de Boucantice à Thomonde, de Narang à Maïssade, de Cerca-la-Source.
Le patrimoine historique du Centre n'a rien à envier aux autres départements. Il y a de nombreux forts d'une valeur historique certaine tels que le fort Anglais à Mirebalais, les forts Cerecite, Anglais, Jacques à Lascahobas, de Rochambeau à Boucan Carré.
Il est impossible de ne pas mentionner la richesse écologique de certaines zones comme Saut d'Eau et Savanette pour ne citer que ces deux-là. Savanette reçoit d'ailleurs régulièrement des visiteurs venus de la République Dominicaine. Encore un beau cadeau à nos voisins qui, malheureusement, n'ont pas l'élégance de nous remercier.
Faut-il vraiment parler du potentiel du lac de Péligre où pourraient être pratiqués de nombreux sports nautiques, y compris la pêche ?
...Un peu d'imagination, s'il vous plait !
Les autres raisons de désenclaver le Plateau central
On pourrait en trouver des dizaines, et même des centaines. Mais il vaut mieux ne parler que de ce qui est le plus important. Nos ressources s'en vont en République Dominicaine sans profit réel aucun pour notre pays. Nous n'avons aucun contrôle de nos frontières et des populations avoisinantes. Si nous prenions nos responsabilités, cela nous éviterait peut-être des querelles stupides avec nos voisins qui n'aspirent qu'à vivre en paix et en « granmoun » chez eux.
Patrice-Manuel Lerebours (pour bien illustrer, bientot des photos)