En pleine montagne, juste après une courbe, les premières maisons accueillent les visiteurs. Riantes avec leurs couleurs chaudes qui les détachent de leur écrin de verdure, elles sont comme une invitation à rester, une véritable tentation pour celui qui ne fait que passer.

Deux cents mètres plus loin, nous voilà déjà sur la place que domine l'église Saint Michel-Archange dans toute sa splendeur. Des marchandes de fritures et de « manje kwit » occupent les deux côtés de la route, sans se soucier du danger que représentent les bus et autres camions qui traversent la ville à toute vitesse, en dépit des dos d'âne qui sont sensés les ralentir. Nous ne sommes pas vendredi, ce n'est pas un jour de marché, et pourtant, une activité intense fait vibrer la place. Des passants s'arrêtent pour manger un morceau de griot, quelques acras et quelques tranches de « véritable », quand ce n'est pas pour se payer un bon cola glacé qui soulagera de la chaleur intense bien que Plaisance soit construite en altitude.
La place,sans être sale, n'est, malheureusement, pas entretenue et les mauvaises herbes ont tout envahi. Cette négligence gâche la beauté du site qui contraste avec l'impression de propreté que dégage la ville dont la plupart des rues sont adoquinées.
Par endroits, des buissons de cretonne, d'hibiscus et de « queues-de-chat » apportent une note de gaité avec leurs feuilles rouges, et l'odeur de la terre mouillée ajoute à la poésie du moment.
A côté de la place, il y a le commissariat où tout est paisible. Quelques policiers en civil jouent aux cartes à l'ombre d'un amandier. Dans le calme campagnard de cette ville, on se demande à quoi d'autre ils pourraient s'occuper.
La situation générale
Derrière cette reposante apparence de bien-être, il y a , pourtant beaucoup de problèmes que les Placentins endurent avec courage et patience.
Le taux de chômage est élevé dans la commune dont toute l'activité économique repose sur le commerce et une agriculture de subsistance qui est loin de subvenir aux besoins de la population. La zone produit beaucoup de fruits, cependant les seules productions réellement commercialisables sont l'igname et les chadèques qui sont vendues surtout au Limbé et au Cap-Haïtien.
La commune de Plaisance est relativement boisée mais le processus de déboisement et d'érosion s'accélère et a de quoi inquiéter quand on sait les dégats que peuvent occasionner les eaux de la rivière Limbé à la ville du même nom, sans être alimenté par les alluvions des mornes avoisinants. Les sections rurales de Bassin, Mapou et Grand-Rivière sont d'ailleurs fréquemment inodées en période de pluie.
Il n'y a pas d'électricité et le bureau de la Téléco est fermé depuis belle lurette. Le réseau hydraulique ne répond plus aux besoins de la population qui augmente rapidement. Le phénomène de bidonvillisation existe, mais il est moins intense qu'ailleurs.
S'il est vrai que les rues sont adoquinées, par contre, il n'y a pas de trottoir, pas d'égout ni de canalisation sérieuse. Cependant, la structure en pente de la ville facilite l'écoulement des eaux avec toutes les conséquences que cela peut avoir en aval.
Il existe une morgue, elle fonctionne grâce à une génératrice.
Il n'y a pas de restaurant et l'hôtel n'est qu'un projet en construction. Pour le moment, seuls la bienveillance et le sens de l'hospitalité de la population peuvent épargner une nuit à la belle étoile à un visiteur qui voudrait y passer la nuit.
Il y a moyen de s'amuser le week-end car il y a, à Plaisance, trois night-clubs et de nombreuses gaguères.
Trois stations de radio animent la vie culturelle et récréative de la communauté: Radio Saint Michel (catholique), Radyo Wva Pèp La (communautaire) et Radio Zèb Ginen. Par contre, le dernier signal de la Télévision Nationale date d'au moins trois mois.
Santé
Au niveau sanitaire, les choses sont loin de bien marcher en dépit des efforts du père André Sylvestre, originaire du Borgne, le curé de la paroisse qui a pu doter la commune d'une clinique mobile et de plusieurs centres de santé, surtout dans les sections rurales, et qui a mis une ambulance à la disposition de la population.
Le centre de santé d'Etat est dans un état déplorable. Sous équipé et pratiquement sans matériel, son aspect reposant est suffisant pour dissuader qui que ce soit de tomber malade.
Education
Si dans de nombreux domaines, les choses vont aussi bien que chez madame la Marquise, des efforts louables ont été réalisés dans le domaine de l'éducation. Le pasteur Alphonse, de l'église wesléenne, dirige une école professionnelle où l'on enseigne les arts plastiques, le macramé, la coupe et la couture.
De son côté, le père André Sylvestre n'est pas en reste car au nombre de ses réalisations, on peut compter une école d'informatique, Saint Michel Info, l'école professionnelle Saint Vincent de Paul, une école primaire à Bedoret et une autre à Mapou, sans compter celle qui fonctionne dans la ville de Plaisance.
Outre l'école nationale des filles et celle des garçons, il existe de nombreuses autres écoles privées, primaires et secondaires, et une congréganiste. Et, pour la première fois, les examens du bac ont eu lieu dans la ville.
Le lycée de Plaisance est logé à Chatard, dans une ancienne ferme-école ; une situation qui dérange et à laquelle il faudrait remédier. L'Ecole Nationale des Filles est, quant à elle, logée dans une espèce de barraque en plywood, construite en 1995 par la MINUAH, qui ressemble à n'importe quoi sauf à une école.
Plaisance est pourvu d'un CLAC, Centre de Lecture et d'Animation Culturelle, géré par le ministère de la Culture. Il fonctionne du lundi au samedi.
Les richesses de Plaisance
Plaisance jouit, en général, d'un climat doux et agréable. La ville est calme et reposante et, dans les sections rurales, il existe des sites magnifiques tels que, la grotte et la chute de Yacuba, comparables à celles de Saut d'Eau. La région est encore verte et peut être un magnifique lieu de villégiature. Pour les amants de la nature, c'est une commune à visiter et à promouvoir. C'est encore la meilleure façon de la protéger.
Le seul site historique répertorié de la commune est le fort La Poudrière qui se trouve actuellement dans un état déplorable et risque de disparaître à l'instar d'autres monuments dont on ne connaît même plus leur emplacement exact.
Patrice-Manuel Lerebours