Y a-t-il un avenir touristique pour le Plateau central ?
C'est là une question qui provoque des contractions faciales, des froncements de sourcils et, rarement, des sourires. Il sont vraiment rares, ceux qui ont pensé qu'il existait un intérêt quelconque pour leur département. Oubliés depuis longtemps, ils ont pris l'habitude de vivre repliés sur eux-même, sans demander de compte à l'autorité centrale, beaucoup plus informés sur ce qui se passe en République Dominicaine que dans le reste du pays. Et pour cause ! Heureusement, la tendance tend à changer : la route qui mène à la capitale est en construction et des investissements sérieux ont été consentis par des entrepreneurs qui croient que l'avenir, c'est le Plateau central. Il y aurait peut-être un avenir touristique pour le Centre. Un avenir qui pourrait avoir une grande importance pour le département de l'Artibonite.


Depuis quelque temps, tous les secteurs de la vie nationale parlent, de plus en plus, de développement touristique, d'implantation d'infrastructures hôtelières, de réseau routier fiable, de protection des sites naturels et historiques, de préservation des espèces endémiques. Mais une question demeure : où voulons-nous vraiment aboutir ?
Notre histoire et nos habitudes nous portent en général à ne considérer que le tourisme de plage car nous restons persuadés, et ceci est malencontreux, que seules nos plages et le soleil sont vendables à l'étranger. Ce qui nous met dans une situation désavantageuse par rapport à nos voisins de la Caraïbe qui ont d'aussi belles, sinon de plus belles plages que nous avec en plus des structures d'accueil adéquates et un niveau de pollution et de dégradation environnementale de très loin beaucoup moins grave que le nôtre.
Combien de temps nous faudra-t-il pour mettre en place les infrastructures nécessaires et faire un « lifting » à notre habitat naturel ? Ce questionnement nous met face à un dilemme. Faut-il oublier le tourisme de plage ?
Il ne saurait en être question. Il faut travailler dur, bien et vite pour récupérer cette part de marché que mous avons perdu au cours des 25 denières années. Cependant, il faut être réaliste car ce n'est pas en faisant de la démagogie que nous résolverons nos problèmes. Il faut faire montre d'un certain pragmatisme pour élaborer un vrai programme de développement touristique qui ne léserait les intérêts d'aucune des régions du pays, chaque zone ayant ses spécificités et sa beauté propre.
S'il est connu que la région de Jacmel dans le Sud-Est ainsi que celle de Labadie dans le Nord ont un grand potentiel, cela n'implique nullement qu'elles sont les seules zones de développement possible. Elles ont été tout simplement mieux vendues que les autres. Il serait même plus juste de dire qu'elles ont été les seules à être vendues.
Si nous nous tournons vers un tourisme alternatif, un tourisme écologique, le Plateau central n'a rien à envier aux autres départements. De magnifiques sites existent qui n'attendent que des visiteurs, une voie d'accès plus ou moins viable et l'implantation d'un minimum de strcutures d'accueil comme, par exemple, des espaces de restauration, des toilettes.
Le modèle que représente le projet de Value prouve qu'en impliquant la population, il est relativement plus facile de réussir à imposer un village ou une région comme destination touristique. Les régions de Savanette, de Maïssade, entre autres, pourraient bénéficier de cette expérience.
Une grande partie des touristes qui débarquent en République Dominicaine fait de l'écotourisme. Il y en a qui viennent pour des randonnées dans la montagne, d'autres pour la plongée sous-marine. Certains ne sont là que pour le chant des oiseaux ou celui des baleines. Question montagne et diversité biologique, les Dominicains ne peuvent que nous envier. Alors, qu'est-ce qui nous empêcherait de recevoir notre lôt de touristes si nous nous arrangeons pour les loger?

L'agronome Joanas Gué, qui est le propriétaire de l'hôtel Wozo Plaza à Mirebalais, nous a longuement entretenu à ce sujet. Il a fait un inventaire détaillé des ressources naturelles du département du Centre, mettant un accent particulier sur des sites comme Saut d'Eau, Bassin Zim, Savanette, Maïssade et Péligre. Ce dernier, surtout, retient son attention. Réfléchissant à l'avenir incertain, à court terme, du barrage comme producteur d'électricité, vu le niveau d'ensablement, il pense que le lac peut être utilisé pour le tourisme si un minimum d'investisement est consenti pour le reboisement des bassins versants et la constructions d'hôtels, de Bungalows qui pourraient offrir au touriste (local ou étranger) le lac, la beauté de son environnement et tous les plaisirs et attractions qui peuvent se développer autour d'un si magnifique plan d'eau. De quoi rendre jaloux ce qui croient que « leur » mer est le plus grande richesse touristique du pays.

Essayons d'imaginer, au petit matin, le lac de Péligre, pour ceux qui le connaissent, avec les mornes, surplombant ses rivages, couverts de flamboyants en fleurs, des chaloupes flottant nonchalamment sur les eaux paisibles tandis qu'un hydravion débarque de nouveaux plaisanciers sous le regard des pêcheurs amateurs qui ont choisi de se réveiller tôt pour jouir de la fraîcheur du matin! Magnifique,non ? Utopique ? Pourquoi ne serait-ce pas réalisable ? Faut-il vraiment attendre que ce soit l'étranger qui vienne investir chez nous et nous tienne « off limit » sur notre propre territoire ?

Il est intéressant d'écouter l'agronome Gué, car il est de ceux qui agissent. Il l'a prouvé en investissant dans la construction d'un hôtel alors que rien n'a été fait pour le développement touristique de sa région. Un premier pas, un pas énorme. Il n'est pas le seul a avoir osé investir dans le secteur . Il y en a d'autres qui méritent du respect. Ce en quoi il est différent est tout simplement sa facilité à vendre sa vision, ses rêves, ses projets de construction et de développement. De quoi déranger un soit-disant secteur touristique qui se contente de protéger son monopole, de gérer l'inadmissible et de parler pour ne rien dire, sans vision sur l'avenir.
Le tourisme dans le Plateau central n'est pas un rêve. C'est une simple question de vision et de volonté. Un jour, quelqu'un offrira la Savane Désolée et trouvera preneur. Il faut tout simplement oser.
Source: Le Nouvelliste