Dans la perspective du retour d'Haïti sur le marché international des affaires, les avantages comparatifs dont jouit le pays dans le secteur touristique constituent des atouts majeurs à exploiter. Mais la demande touristique dans le monde tend de plus en plus à se diversifier et commande par conséquent une variété des offres touristiques. Un diagnostic stratégique réalisé par l'économiste Marie-Josée Garnier, avec le support du Programme de renforcement intégré du milieu des affaires en Haïti (Prima) révèle qu'il est possible de développer au moins cinq filières touristiques dans le pays.
Le tourisme de croisière, le tourisme balnéaire, le tourisme culturel, l'écotourisme et le tourisme d'affaires, sont répertoriées dans cette étude, parue en janvier 2007, et qui a été préparée dans le cadre du programme « Diagnostic stratégique des filières entrepreneuriales à fort potentiel de croissance » du Prima.
Trois bateaux par semaine pour 10 000 touristes
Au niveau du tourisme de croisière, Labadie demeure le seul site du pays, souligne l'étude. Il est principalement exploité par la compagnie Royal Caribbean, qui y a aménagé une station balnéaire, selon les termes d'un accord passé avec l'État haïtien. Selon les statistiques fournies dans le document, le site reçoit trois bateaux en moyenne par semaine et un total d'environ 10 000 visiteurs. La majeure partie des croisiéristes visitant Labadie vient des États-Unis d'Amérique.

Le tourisme balnéaire - tourisme des vacances au bord de la mer - est la première forme touristique apparue dans le pays et est encore l'une des filières les plus dynamiques, fait remarquer le document. Pour l'instant, cette filière ne s'est pas trop internationalisée. Le tourisme balnéaire est surtout le fait des Haïtiens qui résident dans le pays, précise l'étude. « Ces derniers réalisent, à l'occasion des vacances scolaires ou de congés spécifiques, de courts séjours ou des excursions d'une journée dans des hôtels de plage, sur la Côte des Arcadins dans le département de l'Ouest, à Gelée et Port-Salut dans le département du Sud, à Cormier Plage et à Ducrois dans le département du Nord, à Jacmel dans le département du Sud-Est ».

En dépit des atouts culturels majeurs d'Haïti, le tourisme culturel n'est pas très florissant dans le pays, selon les conclusions de l'étude. Seulement deux tours opérateurs sont spécialisés dans l'organisation de voyages culturels dans le pays, indique le document. « Dans ces voyages, les touristes s'adonnent à des activités diverses, notamment les visites des musées et des sites patrimoniaux dont des fortifications comme la Citadelle la Ferrière et le Palais Sans-Souci à Milot, les hauts lieux de l'architecture civile à Port-auPrince, au Cap-Haïtien et à Jacmel ». Outre les étrangers, les Haïtiens sont également très attirés par le tourisme culturel, selon l'étude. Les fêtes champêtres, le carnaval et les pèlerinages attirent tant les Haïtiens de la diaspora que ceux vivant dans le pays. Les principales attractions touristiques au niveau de cette filière sont notamment les traditions religieuses, le folklore et la musique haïtienne.

En ce qui concerne l'écotourisme, il se pratique dans les réserves et parcs naturels, comme par exemple, la Forêt des Pins, le parc Macaya et le parc La Visite. Les activités les plus courantes, explique l'étude, consistent à visiter les « merveilles naturelles », dont les grottes et les chutes d'eau, dans le but de sensibiliser les gens à la beauté, mais aussi et surtout, à la fragilité de la nature.

Pour ce qui est du tourisme d'affaires, il se pratique dans les dix principales villes du pays, particulièrement à Port-au-Prince et dans les hôtels de plage de la Côte des Arcadins. Il a connu une expansion au cours des années 1990, avec la prolifération des Organisations non gouvernementales (ONG), et tout récemment, avec les missions successives de l'Organisation des États américains (OEA) et de l'Organisation des Nations unies (Onu) en Haïti, fait remarquer l'étude. Il comprend surtout les congrès et les conventions d'entreprises et d'organisations. Les voyages d'affaires individuels, par contre, y sont peu nombreux.
Des problèmes d'ordre divers au sein des filières
Le diagnostic stratégique du secteur tourisme signale que toutes les filières se trouvent confrontées à des problèmes d'ordre divers. Sur le plan interne, le document souligne la faible capacité de montage de produits touristiques comme la première contrainte d'ordre stratégique. Une deuxième contrainte stratégique est le faible niveau des capacités d'hébergement viables adaptées au nouveau profil démographique des touristes internationaux, « qui sont plus jeunes et avec des motivations et des intérêts différents ». Pour favoriser le lancement à court terme de produits touristiques haïtiens sur les marchés internationaux, l'étude recommande la levée de cette contrainte. Ceci bénéficiera notamment aux filières « tourisme balnéaire », « tourisme culturel » et « écotourisme ».

Deux autres contraintes, d'ordre économique, ont été identifiées. Ce sont l'état de délabrement de certains sites historiques et naturels et les difficultés d'accès aux sites par voie routière, compte tenu de la détérioration des routes. De la sorte, une grande partie des produits susceptibles d'être commercialisés à court terme ne sont pas en réalité exploitables tels quels dans l'immédiat.
Source: Le Matin