Tel a été le gros titre en première page, d?un de nos journaux publiant un billet de correspondance (comme un testament) entre Jacques Roche et son ami Rodney Saint Eloi, 13 jours avant son assassinat:
« Les cannibales frappent encore dans une quelconque case », lui a écrit, récemment dans un courriel, Rodney Saint Eloi. « Tu ne crois si bien dire », répondait alors Jacques dans le billet à son confrère.
« Les chiens ont cessé d'aboyer au passage des cortèges funèbres car la cacophonie du chaos s'alimente aussi des hurlements et des larmes comme un vautour »
« Les chiens ont cessé d'aboyer au passage des cortèges funèbres car la cacophonie du chaos s'alimente aussi des hurlements et des larmes comme un vautour »
Jacques a aussi écrit : « Je ne puis m'empêcher non plus de me battre comme un corps harcelé de vents meurtris. Et de serrer contre moi d'autres corps démembrés dans le bric-à-brac du quotidien. Croyant trouver, au hasard des rencontres, dans d'autres désarrois une issue à mon désarroi. »
« Même la fuite devient impossible car les sentinelles de l'horreur patrouillent dans les moindres recoins de Port-au-Prince », a-t-il poursuivi, avant de ponctuer « le malheur semble la seule issue au malheur. » Il ne croyait pas si bien dire, Jacques !
« avec une fleur au bout des lèvres ! Une fleur insolite, immortelle et rebelle, cueillie et offerte par une de nos filles qui m'a ramassé comme une branche inutile aux abords de la route. » Son flair de poète, peut-être, avait senti venir les fantômes aux petits pieds.
Rodney Saint Eloi a souligné que : « Ce sacré Jacques est dans un quelconque combat? enfermé dans ses doutes, et dans ses pensées, il rêve d'un pays où les enfants auront du pain et une chanson. »
« Pour ma part, je sens qu'on est en train de payer deux siècles d'imbécillité, de ségrégation, d'exclusion? Et tout saute à la figure comme un grand volcan. Et on ne vit pas impunément deux siècles de sottise », a soutenu l'ami Rodney appuyé par son collègue.
Puis à Jacques de réagir : « Le poète en toi a tout compris et refuse de jouer l'autruche comme une certaine élite, victime de sa mesquinerie et son obstination. Nous regardons les murs, que nous avons dressés pour barrer les prairies ondoyantes aux déshérités de l'Histoire, s'écrouler pierre par pierre sur nos têtes et nous ensevelir jusqu'à l'impuissance.
Le journaliste conclut : « Et pourtant, mon frère, mon ami, il existe quelque part dans nos mémoires, dans nos utopies un Bel-Air, un Cité Soleil où les hommes marchent vers les mêmes horizons. »
Mais, il ne verra pousser, comme il l'espérait, « des chansons aux couplets enguirlandés, aux refrains humectés de rosée pour des enfants devenus des soldats sans tambour, ni clairon, ni drapeau, ni gloire. »
Paix à ton âme Jacques et prie pour notre Haiti Chérie !