Non-alignés: Raul Castro et Hugo Chavez volent la vedette à un Fidel toujours alité
Cuba a certes été élue à la présidence des Non-alignés à l'ouverture de leur sommet vendredi soir à La Havane. Mais en l'absence du Lider Maximo toujours convalescent, son frère Raul Castro et le "bolivarien" vénézuélien Hugo Chavez ont mené le bal, évoquant la nécessité de démocratiser l'ONU et l'assortissant d'une dénonciation virulente de l'unilatéralisme américain.
Fort discret depuis qu'il a pris le relais de Fidel, Raul a réussi son entrée sur la scène internationale avec un discours dans lequel il a attribué à l'Amérique la majorité des maux de la planète. "Alors qu'il n'y a plus de Guerre froide, les Etats-Unis dépensent un milliard de dollars par an en armements et en soldats, et gaspillent un montant équivalent en publicité commerciale", a-t-il dénoncé.
Discours après discours, les Non-alignés ont défini leur priorité: réformer le Conseil de sécurité de l'ONU pour que le veto américain y soit contrebalancé.
Washington "transforme le Conseil de sécurité en base d'où imposer sa politique", a jugé le président iranien Mahmoud Ahmadinejad. "Pourquoi les gens devraient-ils vivre sous la menace nucléaire américaine?", a lancé celui qui est engagé dans un bras de fer sur son propre programme nucléaire.
Invité habituel du Sommet, le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan a enfoncé le clou de la nécessaire réforme de l'organisation, "pour le bien du monde en développement, et pour le bien des Nations unies elles-mêmes". Faute de quoi, il a dit craindre une "érosion de l'autorité et de la légitimité de l'ONU, voire même, selon certains de sa neutralité et de son indépendance".
A l'approche du débat général à l'Assemblée générale des Nations unies, à New York la semaine prochaine, tribune de choix pour les dirigeants du monde en développement, Hugo Chavez a une nouvelle fois fait tandem avec Mahmoud Ahmadinejad. Tous deux ont appelé les Non-alignés à soutenir la candidature du Venezuela au prochain siège tournant au Conseil de sécurité.
"Etre radical, ce n'est pas être fou, c'est retourner à nos racines. Retournons à nos racines, soyons véritablement radicaux", a lancé Chavez, concluant son discours par un des cris de ralliement préférés de Castro, "Patria o muerte!".
Si Chavez se dit sûr de son affaire, un de ses petits voisins bien plus discrets lui fait de l'ombre: selon son vice-président Eduardo Stein, le Guatemala aurait déjà 90 des 128 voix nécessaires pour accéder au prestigieux mais provisoire siège au Conseil.
Le Guatemala, réfutant tout soutien américain à sa candidature, a fait campagne sur son esprit de conciliation. A la différence du Venezuela, qui soutiendra totalement la position iranienne sur le nucléaire s'il entre au Conseil.
Cuba, qui n'avait pas accueilli les Non-alignés sur son sol depuis 27 ans, a pris le relais de la Malaisie, assurant la présidence du mouvement pour trois ans. Issu de la Conférence de Bandoung en 1955 qui prônait, autour des grandes figures de Nehru, Nasser et Soekarno, une "troisième voie" à l'heure de la Guerre froide, le mouvement des Non-alignés compte désormais 118 membres, Haïti et Saint-Kitts & Newitt ayant rejoint les rangs.
Certains estiment que le mouvement gagnera en puissance avec Cuba à sa tête, d'autres s'inquiétant pourtant de la capacité de La Havane à parler avec la force nécessaire alors que son chef décline. Dans la capitale cubaine, on se demandait d'ailleurs si le dictateur de 80 ans, qui a perdu près de 20 kilos suite à une intervention chirurgicale, ferait néanmoins une apparition pendant le Sommet. Selon les responsables cubains, le Lider maximo obéit à ses médecins, qui lui ont en tout cas ordonné de ne pas présider lui-même.


Le sommet est également l'occasion de se pencher sur les nombreux différends opposant certains de ses membres. Le président bolivien Evo Morales, empêtré dans le projet de nationalisation des ressources en hydrocarbures que son gouvernement n'arrive pas à mener à bien, a suspendu sa menace d'augmenter le contrôle sur les intérêts énergétiques brésiliens en Bolivie. Les frères ennemis Inde et Pakistan devaient se rencontrer pour tenter de relancer les pourparlers de paix sur le Cachemire. Et enfin, Cuba devait chercher à jouer les médiateurs entre le Maroc et le Front Polisario sur le dossier du Sahara-Occidental. AP
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