Le samedi 23 sept 2006
La Francophonie, une réalité complexe
Monique Gagnon-Tremblay
La Francophonie s?est donnée rendez-vous à Bucarest les 28 et 29 septembre. Cette Francophonie institutionnelle réunie pour la première fois au c?ur de l?Europe centrale et orientale reste encore largement méconnue, voire mal comprise. Plus qu?un amalgame indistinct, auquel certains esprits voudraient parfois la réduire, la Francophonie est d?abord un précipité du monde contemporain : multiple, composite et contradictoire, si diverse que pour la décrire il faut se résoudre à en décortiquer les nombreux visages.
Une réalité complexe
La Francophonie, telle qu?elle existe aujourd?hui, est en effet une réalité complexe. Inévitablement, la Francophonie reproduit en son sein la géopolitique du monde. Les réalités du Nord et du Sud s?y confrontent et, parfois, s?y opposent. Les pays industrialisés les plus riches voisinent avec quelques-uns des pays les plus démunis et les moins développés. Cette tension est au c?ur des préoccupations des États et gouvernements membres de la Francophonie et lui impose un pressant devoir de solidarité, en l?absence duquel la construction d?un espace économique plus juste et plus équitable serait une illusion.
Un membre de la première heure
Depuis trente-cinq ans, le Québec est membre de l'Organisation internationale de la Francophonie, qui réunit 63 États et gouvernements. En 1971, le Québec a conclu avec le gouvernement canadien un protocole qui consacrait son statut de gouvernement participant, conformément à la Charte de l?Agence de coopération culturelle et technique qui allait devenir l?Organisation internationale de la Francophonie lors du Sommet de Hanoi en 1997.


Il participe donc directement et contribue aux travaux, programmes et financement de l?Organisation et de ses opérateurs : TV5, l?Agence universitaire de la Francophonie, l?Université Senghor d?Alexandrie, l?Association internationale des maires francophones. Le premier ministre du Québec participe en 1986, à Paris, au 1er Sommet des chefs d'État et de gouvernement des pays ayant en commun l'usage du français. Le gouvernement québécois a été l'hôte à Québec du Sommet de 1987, conjointement avec le gouvernement du Canada. Le Québec a participé à tous les Sommets de la Francophonie depuis celui de Paris et accueillera le XIIE sommet en 2008.


L?adhésion du Québec à la Francophonie multilatérale lui permet de multiplier son influence sur la scène internationale. Ainsi, en collaboration avec la Francophonie et les autres organisations internationales et multilatérales qui se sont engagées à soutenir les Objectifs de Développement du Millénaire, il peut contribuer à réduire les fortes inégalités qui empêchent encore aujourd?hui la consolidation d?un véritable espace économique francophone, en particulier dans la zone africaine. Le Québec veut participer à la construction d?un ordre mondial humanisé, notamment en s?impliquant dans l?intégration des pays du Sud à l?économie mondiale, dans la foulée du programme d?action adopté à Doha, où était lancé le cycle dit « du développement ». Le Québec, qui a participé à la préparation du Sommet mondial sur la société de l?information organisé à Genève en 2003, met également son savoir-faire à la disposition des initiatives qui visent à réduire la fracture numérique entre les pays riches et les pays pauvres. Son action énergique poursuivie sans relâche depuis plusieurs années en faveur de l?adoption par l?Unesco d?une convention sur la diversité culturelle n?aurait pu mener à un tel aboutissement si elle avait été conduite à l?extérieur du cadre institutionnel de la Francophonie.


La Francophonie entend plus que jamais être présente dans les grands débats du monde : pour y faire entendre sa voix, pour y défendre ses valeurs, pour infléchir durablement le cours des événements et des crises, comme elle s?y est employée déjà en Côte d?Ivoire, en Haïti, au Togo, en République Centrafricaine, et comme elle le fera sans doute bientôt en faveur du redressement du Liban, bref partout où sa présence agissante peut et doit faire une différence, partout où cherchent à s?enraciner les principes de la démocratie et du droit, là où doivent prospérer les conditions du développement et de la justice.


Les actions de concertation et de coopération sont au c?ur de la mission de la Francophonie. La lutte aux inégalités et à la pauvreté dépend de la solidarité entre les membres de l?espace francophone. Le Québec ne cesse de mobiliser ses forces et son expertise dans tous les domaines où il peut contribuer à soutenir l?intégration des pays francophones à l?économie mondiale : la microfinance, la formation, le développement durable, l?évaluation environnementale, les négociations commerciales internationales. C?est ainsi qu?une communauté de destin se forge jour après jour au sein de la Francophonie.
Conclusion
La Francophonie arrête à l?occasion de chacun de ses Sommets bisannuels ses priorités et ses orientations. Les chefs d?État et de gouvernement réunis à Bucarest, en Roumanie, à l?occasion du XIe Sommet francophone, adopteront une Déclaration qui fixera les prochains enjeux de la Francophonie multilatérale dans le domaine des « technologies de l?information dans l?éducation », thème du Sommet.


Le Québec, en tant que gouvernement participant, a été mêlé à chacune des étapes qui ont conduit à l?élaboration de ce texte. Fort de la conviction que l?Éducation constitue l?une des assises premières des sociétés modernes et que la vie démocratique y puise sa vitalité, le Québec entend soutenir pleinement la mise en ?uvre de ses principaux engagements. Il entend, également appuyer l?ensemble des initiatives qui visent à renforcer la vigueur des concertations francophones, lesquelles permettent à chacun des États et gouvernements de la Francophonie, dans des domaines prioritaires ou qu?ils estiment de leur responsabilité, de peser sur les choix où interviennent les grandes instances internationales. Ce sont ces enjeux qui nous guident à la veille du XIe Sommet de la Francophonie.