Crise diplomatique avec le Liban au 11e Sommet de la Francophonie
La non-invitation du président libanais Émile Lahoud au Sommet de la Francophonie, qui se tiendra jeudi et vendredi à Bucarest, soulève toute une polémique entre le Liban, la France et la Roumanie.
Lors d'une conférence de presse, le président français, Jacques Chirac, et son homologue roumain, Traian Basescu, ont affirmé mercredi que cette décision avait été prise par M. Basescu et par le secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Abdou Diouf.
Le président roumain a justifié son initiative par les soupçons dont Émile Lahoud fait l'objet dans l'enquête internationale sur l'assassinat de l'ancien premier ministre libanais Rafic Hariri.
Parlant de MM. Basescu et Diouf, Jacques Chirac a expliqué que « l'un comme l'autre n'ont pas pris une position à l'égard du Liban mais ont simplement pris une position conforme aux délibérations de l'organisation des Nations unies, ce qui est la moindre des choses ».
Bucarest a invité le premier ministre Fouad Siniora au Sommet, mais celui-ci a préférer y déléguer son ministre de la Culture, Tarek Mitri, comme envoyé personnel.
Dans un communiqué émis mardi, Émile Lahoud a accusé la Roumanie d'avoir violé « la souveraineté et l'intégrité » du Liban ainsi que « les valeurs et les normes internationales » en ne l'invitant pas. Il a en outre affirmé que cette décision a été prise sous la pression de Jacques Chirac, une accusation démentie aussi bien par Paris que par Bucarest.
Le président libanais a ajouté que toute présence libanaise au sommet de Bucarest devait être considérée comme une « initiative personnelle » qui n'engagerait pas l'État libanais.
Ouvertement prosyrien, le président libanais est déjà boycotté par les autorités américaines et les émissaires de l'ONU, qui ne le considèrent pas comme légitime. Son mandat à la tête du Liban a été prolongé en 2004 après un amendement à la Constitution libanaise adopté sous la pression de la Syrie qui, à l'époque, tenait le Liban sous sa tutelle.
Plusieurs rapports de la commission d'enquête de l'ONU montre du doigt les responsabilités de dirigeants syriens et libanais dans l'assassinat de l'ex-premier ministre libanais Rafic Hariri, dans un attentat-suicide en plein centre de Beyrouth, en février 2005.
Le Liban aura sa place au sommet, assure Harper
Le premier ministre du Canada a affirmé que le Liban fera partie des discussions au Sommet de la Francophonie.
Stephen Harper a rappelé les efforts que mènent la communauté internationale et le Canada pour la reconstruction du Liban, dont les infrastructures ont été ravagées par cinq semaines de bombardements israéliens.
M. Harper a par ailleurs salué la Roumanie pour la façon dont elle a organisé le sommet. « Je dois dire que l'organisation de ce sommet est excellente et j'attends avec impatience l'ouverture demain », a-t-il dit.
« Nous souhaitons la présence du Liban au Sommet. Mais ce n'est pas nous qui décidons des invitations, c'est le président du sommet, qui est le président de la Roumanie », a pour sa part commenté le premier ministre du Québec, Jean Charest.
M. Charest a souligné l'importance de la communauté libanaise au Québec et de sa contribution à son développement. « Peu importe ce que le sommet décidera, le Québec n'a pas hésité à fournir de l'aide. On a fait l'été dernier un geste important pour rapatrier nos frères et soeurs du Liban. On est disponibles pour aider à la reconstruction », a-t-il ajouté.
La déclaration finale du Sommet de la Francophonie devrait consacrer une bonne place au Liban et à l'aide des pays francophones à sa reconstruction.
Par ailleurs, la France et le Canada ont signé un protocole d'entente portant sur d'importants projets d'aide au développement en Haïti. Canadiens et Français mènent déjà plusieurs actions dans ce pays des Caraïbes.