Conseil de Sécurité : compromis Caraïbes
Ste Lucie pourrait être le meilleur candidat au poste non permanent du Conseil de sécurité qui fait l?objet d?une âpre lutte entre le Venezuela et le Guatemala depuis trois jours, a indiqué il y a quelques jours le Conseil pour les affaires hémisphériques basé à Washington. L?idée de voir Ste Lucie au Conseil de Sécurité n?est pas si saugrenue. Ou à défaut, un autre pays insulaire des Caraïbes : la République Dominicaine.


« Considérant que les aspirations du Guatemala et du Venezuela vont continuer à être insatisfaites, il serait prudent pour les délégations de l?ONU de commencer à identifier un troisième pays candidat susceptible de remporter le consensus, comme la nation caribéenne de Ste Lucie » avance le COHA qui explique sa prise de position : « ce pays est un modèle de démocratie qui, contrairement au Guatemala, n?a pas de cadavres dans les placards. Il fait aussi partie de la dizaine d?Etats des Caraïbes qui n?ont jamais été élus au Conseil de Sécurité, alors que Cuba, la Jamaïque et Trinidad et Tobago ont déjà fait honneur à ce poste ».


Le groupe de réflexion indépendant spécialisé sur les questions latinocaribéennes salue aussi les antécédents du Premier ministre Kenny Anthony, « l?une des figures les plus respectées de l?arène caribéenne », et rappelle que Ste Lucie a soutenu dans les années 90 la résolution 940 qui visait à restaurer la démocratie en Haïti « après 3 ans de junte militaire brutale ».
Le groupe souligne l?attitude de Kenny Anthony qui a refusé de reconnaître la légitimité des autorités haïtiennes de transition après le départ forcé d?Aristide fin février 2004 et son désir renouvelé d?intégrer Haïti dans le marché commun de la Caricom.
Malgré les quelques désaccords avec Washington, le COHA estime que Ste Lucie s?est montré un fidèle allié de la Maison Blanche et de ses aspirations -- quand elles sont légitimes.
Candidat de compromis
En cas d?impasse, Ste Lucie pourrait ainsi émerger en tant que troisième candidat dit « de compromis » approuvé par Caracas au titre de son appartenance à la Caricom, bloc régional décrit comme « amical » vis-à-vis du Venezuela et de son initiative PetroCaribe.
Le groupe de réflexion rappelle enfin la prise de position de Ste Lucie, comme les autres Etats de la Caricom, contre le principe de guerre préventive en Irak en 2003.
Le COHA aurait pu souligner aussi les liens amicaux qui relient Castries à La Havane, ce qui n?est pas pour déplaire non plus à Caracas.
L?idée exprimée par le COHA n?est pas dénuée d?intérêt, d?autant que Ste Lucie a déjà une expérience de l?ONU à un haut niveau : en 2003, le ministre des Affaires étrangères, du Commerce international et de l?Aviation civile de Sainte-Lucie, Julian Hunte, réputé proche du Premier ministre Kenny Anthony, avait été élu président de l?Assemblée générale des Nations unies, quelques mois seulement après la condamnation unanime par la Caricom d?une intervention unilatérale en Irak.
A l?époque, Washington avait minimisé cette résistance à la pensée yankee, expliquant qu?elle était le fait d?une certaine élite caribéenne jugée, arbitrairement, « minoritaire ».
Si un autre pays latinoaméricain n?était pas ce troisième candidat dit « d?opportunisme » du Groupe des Etats d?Amérique latine et des Caraïbes (Latin American and Caribbean Group - GRULAC), il serait assez savoureux de voir aujourd?hui la pensée minoritaire caribéenne réunir une majorité des deux tiers au Conseil de Sécurité.
eCARAIBES
République Dominicaine ?
Les tours de scrutin à bulletins secrets organisés jusqu?ici à l?ONU n?ont pas permis au Venezuela et au Guatemala de remporter la majorité des deux tiers. Le Guatemala obtient régulièrement environ 110 voix et le Venezuela entre 75 et 80 voix. Le seuil de majorité est de 124 voix. L'Assemblée générale n'est donc pas encore parvenue à élire le pays du Groupe Amérique latine et Caraïbes qui doit succéder à l'Argentine le 1er janvier 2007.
Les élections au Conseil de sécurité se tiennent au scrutin secret, par l'intermédiaire de papiers, contrairement aux votes réguliers de l'Assemblée générale qui sont électroniques.
La procédure de vote doit reprendre le mardi 31 octobre, avec d'autres tours de scrutin éventuels programmés pour le mercredi 1er novembre, le mardi 7 novembre, le mercredi 8 novembre, le mardi 14 novembre et le mercredi 15 novembre.
D?ici là, il semble que le Venezuela et le Guatemala aient enfin accepté le principe de se retirer de la course au profit d?un troisième candidat dit de compromis. Si la proposition de présenter la candidature de la Bolivie a été immédiatement rejetée par le Guatemala, on commence à parler d?une éventuelle sollicitation de la République Dominicaine, apparemment à l?initiative de Caracas.


Le Venezuela et la République Dominicaine avaient connu une grave crise jusqu?à fin 2004, date de la réconciliation d?Hugo Chavez avec Leonel Fernandez. Le leader vénézuélien reprochait à l?ancienne administration dominicaine du président Mejia d?être « trop permissive » vis-à-vis de l?ancien président vénézuélien en exil à Saint-Domingue, Carlos Andrés Pérez. Chavez accusait Pérez de préparer un complot contre lui avec l?aide de certains officiels dominicains visant à renverser son gouvernement ou à l?éliminer physiquement. Au mois de septembre 2003, le Venezuela avait rappelé son ambassadeur et suspendu la livraison de brut de pétrole à la République Dominicaine. Reste à savoir si Chavez pourra faire mine aujourd?hui d?ignorer le récent entretien, mercredi dernier, de Fernandez avec W. Bush à la Maison Blanche. A cette occasion, le président américain n?a pas tari d?éloges sur son homologue dominicain.

La semaine dernière, la Conférence des chefs de gouvernement de la Communauté des Caraïbes a décidé de recommander la création d?un groupe spécial chargé de « réexaminer l?admission de la République Dominicaine en tant que membre à part entière du mouvement d?intégration régionale ». La demande sera ensuite présentée aux leaders caribéens l?an prochain lors de leur sommet annuel programmé à St Vincent. La première demande formulée par le pays latino il y a une quinzaine d?années avait été jugée comme inappropriée. L?entrée de la République Dominicaine au sein du bloc des Quinze pourrait se traduire rapidement par la fusion des secrétariats de la Caricom et du Cariforum.
Venezuela - Caricom - USA
Fin septembre, les ministres des Affaires étrangères des pays de la Caricom ont rencontré à New-York pendant une heure la Secrétaire d?Etat US Condoleezza Rice dans une « ambiance de cordialité et de respect mutuel » a rapporté le ministre antiguais Justin Simon. Plusieurs sujets ont été évoqués parmi lesquels le soutien des quinze pays membres de la Caricom en faveur du Venezuela.
Sur cette question, la représentante de Washington, qui soutient la candidature du Guatemala, a été très claire : « Je vous encourage à penser, non pas à vos relations politiques régionales, mais plutôt à ce qui est important pour le Conseil de Sécurité, l?enceinte la plus importante de la communauté internationale ». Condoleezza Rice avait rappelé au passage que l?aide fournie aux Caraïbes a doublé sous l?administration Bush. Le même jour, dans un entretien diffusé par le Wall Street Journal, elle estimait que l?élection du Venezuela signifierait « la fin du consensus au sein du Conseil ».


Au mois de juillet dernier, les leaders caribéens réunis en sommet à St Kitts avaient indiqué qu?ils soutiendront la candidature du pays qui « parlera le mieux au nom des valeurs fondamentales, des principes, préoccupations et intérêts de la Communauté des Caraïbes ». Sur ces critères, le Venezuela semblait mieux placé que le Guatemala pour recueillir les suffrages des pays membres de la Caricom signataires de l?accord PetroCaribe et revanchards vis-à-vis de la banane dollars.
Le choix de soutenir « à l?unanimité » le Venezuela n?a jamais été confirmé officiellement par la Communauté des Caraïbes.