Nicaragua : les sandinistes tentent un retour
De notre envoyé spécial à Managua F. F..
Avant tout préoccupés par la misère de leur pays, les Nicaraguayens pourraient bien porter dimanche, à la présidence, l'ancien dirigeant sandiniste Daniel Ortega.
DANIEL ORTEGA, favori de cette présidentielle nicaraguayenne avec 33 % des intentions de vote, fera-t-il basculer ce pays d'Amérique centrale à gauche ? La perspective de voir revenir au pouvoir l'ancien guérillero, à la tête de la révolution sandiniste jusqu'en 1990, a suscité l'inquiétude des États-Unis, qui ont menacé de retirer leur aide économique. À l'inverse, cette possibilité réjouit Hugo Chavez, le populiste chef du Venezuela qui approvisionne déjà en carburant à bas prix ce nouvel allié potentiel dans la confrontation qui l'oppose à Washington.


Les préoccupations des Nicaraguayens sont, pourtant, bien éloignées de ces joutes géopolitiques. Sur les routes du pays, des enfants misérables remplissent les nids-de-poule avec de la terre en échange de quelques pièces données par les automobilistes. Dans les campagnes, les stigmates de la faim sont omniprésents. Le Nicaragua est le pays le plus pauvre d'Amérique latine, si l'on excepte Haïti. « Même ceux qui bénéficient d'un travail légal ne s'en sortent pas, dénonce Enrique Lopez, professeur d'université à Leon. Savez-vous combien gagnent mes collègues du primaire ? Une centaine de dollars par mois. »


Daniel Ortega propose de redresser la situation en accordant des prêts aux petits agriculteurs et en faisant baisser le coût d'envoi des remesas, ces mandats que les Nicaraguayens vivant à l'étranger envoient à leur famille. Modérant son ancien discours révolutionnaire, le candidat de la « réconciliation » a aussi affirmé devant la chambre de commerce locale que « la pauvreté doit se combattre avec les entreprises ».
Des divisions inédites
Son principal opposant, le libéral dissident Eduardo Montealegre, rappelle cependant que « pour générer de l'emploi il faut beaucoup d'investissements... Or Ortega fait fuir les investisseurs ». Crédité de 22 % dans les sondages, cet ancien banquier a vécu huit ans aux États-Unis et présente sa fortune de six millions de dollars comme un atout : « Je n'aurai pas besoin de voler... », affirme-t-il.


Ce duel droite-gauche, classique au Nicaragua, est perturbé par des divisions inédites. À droite, les fidèles de l'ancien président Arnoldo Aleman, condamné à vingt ans de prison pour corruption, se sont rangés derrière la candidature de José Rizo (17 %). À gauche, aussi, la fronde est lancée contre le « caudillo » Daniel Ortega. Pour la première fois, le Mouvement de rénovation sandiniste présente son propre candidat, Edmundo Jarquin (14,8 % dans les sondages). Ces candidatures, auxquelles vient s'ajouter celle d'Eden Pastora, autre dissident sandiniste connu sous le nom de Commandant Zéro, rendent d'autant plus risquée toute prévision. « Les Nicaraguayens mentent systématiquement aux enquêteurs, avertit le politologue Emilio Alvarez Montalvan. Ils sont comme le güegüense, ce personnage de notre culture populaire qui dit des choses complètement distinctes de ce qu'il pense : il ne faut pas oublier que lors des dernières présidentielles Ortega a été donné trois fois favori... Et qu'il a été battu trois fois. »