Le monde est en mutation, les interventions aussi
André Duchesne
Depuis 1956, l'Organisation des Nations unies a autorisé une soixantaine de missions de paix. Le Canada a participé à la majorité d'entre elles. À l'image d'une actualité changeante, ces interventions ont pris différents visages.
«Le Canada veut jouer un rôle sur la scène internationale et cette scène a changé», dit Stéphane Tremblay, candidat au doctorat à l'École nationale d'administration publique (ENAP) dont la thèse porte sur la politique du Canada dans les opérations de paix.
Ce dernier, qui est aussi agent de recherche au Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix, classe les missions onusiennes en trois catégories.
De 1956 à 1990, on retrouve des missions d'observation, visant le règlement pacifique des différents. Suez et Chypre sont de bons exemples. Au tournant de la décennie 90, l'influence communiste chute dans plusieurs pays du monde, de vieux antagonismes interethniques ou politiques engendrent des conflits qui dégénèrent parfois en des massacres indescriptibles. Résultat, dit M. Tremblay, l'ONU recourt davantage à la force, mais n'arrive pas toujours à imposer ses vues, comme on l'a vu au Rwanda en 1994, entre autres parce que ni la nature ni l'interprétation de ses mandats ne sont clairs.
Enfin, il y a eu le 11 septembre 2001 et l'intervention internationale en Afghanistan. Le cas est unique. On a ici affaire à une mission autorisée par le Conseil de sécurité de l'ONU avec délégation de pouvoirs à un tiers, en l'occurrence l'OTAN, qui est une alliance militaire.
On maintient le cap
En parallèle, les interventions canadiennes varient selon le premier ministre en poste. «Chaque arrivée d'un nouveau premier ministre a été suivie par l'adoption d'un nouveau livre blanc de la Défense ou un nouvel énoncé de politique étrangère», dit M. Tremblay.
Lester B. Pearson est devenu premier ministre en 1963. Dès 1964, son gouvernement écrivait un nouveau livre blanc de la Défense où le Canada entendait maintenir les missions de paix. Devenu premier ministre en 1968, Pierre Elliott Trudeau est un peu moins optimiste. On veut maintenir les expériences acquises, mais les employer judicieusement. Et éviter de s'embarquer dans des missions mal définies, observe M. Tremblay.
Sous les conservateurs de Brian Mulroney, élus en 1984, le livre blanc de 1987 est clairement orienté en fonction du conflit entre l'Est et l'Ouest. Rappelons les liens étroits entre M. Mulroney et les présidents Reagan et Bush.
Lorsque les libéraux de Jean Chrétien sont élus à l'automne 1993, un des premiers gestes du nouveau premier ministre est de déchirer un contrat pour l'achat de nouveaux hélicoptères maritimes. En 1994, un nouveau livre blanc annonce les compressions à venir à la Défense nationale.
Malgré cela, le Canada se dit prêt à fournir jusqu'à 10000 militaires pour des missions à l'étranger. Alors que la taille de l'armée rétrécit, le nombre de missions augmente. La cadence des rotations aussi. Au tournant du siècle, les troupes sont épuisées.
Arrive Paul Martin en décembre 2003. Sous son bref règne, il a le temps de déposer un nouvel énoncé de politique internationale, en 2005. Le document propose une approche novatrice, dite des 3 D, pour défense, développement et diplomatie. Désormais, dit-on, les interventions militaires à l'étranger seront accompagnées d'initiatives diplomatiques et de développement. L'Afghanistan est l'exemple type.
C'est une réponse au 11 septembre, croit Stéphane Tremblay. Le but est d'intervenir dans des États en déroute ou défaillants susceptibles de menacer les intérêts du Canada. Cela correspond aussi, dit-il, au rôle que le Canada peut jouer - et non doit jouer - dans le monde.
Que deviendra cette politique sous Stephen Harper? Jusqu'à maintenant, ce dernier garde le cap, constate le chercheur. Les récents discours du premier ministre où il évoque la présence du Canada en Afghanistan, en Haïti et au Darfour en sont le meilleur exemple.
Lester B. Pearson en quelques dates
Naissance : 23 avril 1897 à Newton Brook (Ontario)
- Armée : lieutenant dans le corps médical et officier de l'air (1914-1918)
- Études : Université de Toronto (baccalauréat 1919). Université Oxford (baccalauréat en histoire, 1923 et maîtrise, 1925)
- Famille : Marié à Maryon Moody (1902-1991), père de deux enfants (Patricia et Geoffrey)
- Carrière : Université de Toronto et ministère des Affaires étrangères
- Diplomatie : ambassadeur du Canada aux États-Unis (1945-1946)
- Politique : ministre libéral des Affaires étrangères (1948-1957) ; chef du Parti libéral du Canada (1958-1968) ; premier ministre du Canada du 22 avril 1963 au 20 avril 1968
- Prix Nobel de la Paix : 1957
- Fin de carrière : professeur et chancelier de l'Université Carleton d'Ottawa (1969-1972)
- Décès : 27 décembre 1972 à Ottawa. Pearson est inhumé au cimetière Maclaren à Wakefield (Québec)