Coup d'envoi mardi de l'hommage à Castro: Cuba entre Fidel et Raul
Sur la scène du théâtre Karl Marx de La Havane s'ouvre mardi la semaine d'hommage à Fidel Castro pour son 80e anniversaire, en présence de 1.500 personnalités venues du monde entier. Mais en coulisses, les paris vont bon train sur lequel des frères Castro, Fidel ou Raul, tiendra la vedette.
Quatre mois d'une lente convalescence pour l'aîné, entourée de supputations sur ses adieux au pouvoir, quatre mois d'intérim pour son cadet, devant qui s'ouvrent les portes de la succession, mais qui n'a pas franchi le pas: jamais l'avenir de Cuba n'avait été autant suspendu au sort du fondateur du régime.
Lundi, à la veille du gala au Karl Marx, nul, hormis la petite dizaine de dirigeants chargés de l'intérim, n'avait encore la moindre certitude que Fidel Castro serait en mesure d'y faire sa première apparition en public depuis celle du 26 juillet, veille de l'opération chirurgicale qui l'a conduit à remettre »provisoirement» le pouvoir à son frère Raul, une première depuis 1959.
Coup d'envoi des célébrations, la réception au Karl Marx devrait voir l'affluence de quelque 1.500 personnalités de 76 pays, parmi lesquelles les présidents Evo Morales de Bolivie, Daniel Ortega du Nicaragua, René Préval d'Haïti, deux prix Nobel de la paix, la Guatelmatèque Rigoberta Menchu et l'Argentin Adolfo Perez Esquivel, l'ancien président du gouvernement espagnol Felipe Gonzalez ou la Française Danielle Mitterrand --tous membres du comité d'honneur-- et l'acteur Gérard Depardieu.
Lundi matin la place de la Révolution, au coeur de La Havane, a été le théâtre d'une répétition générale du défilé du 2 décembre, avec la participation de milliers de civils aux côtés des militaires et de leurs matériels lourds, survolés par des Mig-29 et des hélicoptères.
»On va défiler pour représenter les 11 millions de Cubains, avec toutes nos armes pour saluer notre Commandant. Pour moi, il a très envie de vivre; depuis son lit, il a continué à diriger le pays et, en même temps, à préparer le peuple pour le jour où il ne sera plus là», a déclaré à l'AFP une employée, Silvia Loperon, 53 ans.
Mercredi s'ouvrira un colloque de trois jours sur le thème: »Mémoire et avenir: Cuba et Fidel», suivi jeudi d'un premier défilé militaire à Santiago (sud), fermé aux attachés militaires étrangers, et en soirée, d'un grand concert à l'air libre à La Havane.
Mais le point d'orgue sera l'imposant défilé militaire du samedi, le premier dans la capitale depuis 10 ans, avec 300.000 participants attendus.
Autant d'occasions d'attendre une apparition du chef de l'Etat, mais aussi pour son frère, resté prudemment en retrait durant ces quatre mois, de s'affirmer.
»Si Fidel n'apparaît pas de toute la semaine, ou s'il ne se montre qu'à la télévision depuis sa chambre, comme pour le sommet (des Non-alignés), alors cela voudra dire que son état ne s'est pas amélioré, avec tout ce que cela implique», estime un diplomate latino-américain, pour qui »dès lors, Raul devra s'impliquer beaucoup plus, parce que le pays ne peut vivre éternellement comme ça».
Sa dernière apparition télévisée, le 28 octobre, avait laissé l'impression d'un homme encore fragile et confiné --l'endroit où il passe sa convalescence, tout comme son état, sont des »secrets d'Etat»-- bien que lucide.
Des responsables de l'administration américaine ont évoqué un cancer »au stade terminal», affirmation régulièrement démentie par leurs homologues cubains.
A Santiago, Raul Castro, qui devrait présider au défilé, retrouvera son fief: la capitale méridionale de Cuba, adossée à la Sierra Maestra, est non seulement »la ville héroïque» d'où partirent tous les soulèvements cubains, mais la plus choyée du ministre de la Défense.