Crise Ivoirienne: Répressions Aveugles - Pourquoi l?armée ne sauvera pas Gbagbo
Le Front 08/12/2006 (note 2.7/5)
L?armée est, depuis octobre 2000, l?instrument sur lequel Laurent Gbagbo s?appuie pour se maintenir au pouvoir, face aux contestations de l?opposition. En octobre et en décembre 2000, alors que les militants
du Rassemblement des républicains (Rdr) protestaient contre le rejet de la candidature de leur leader, Alassane Dramane Ouattara Ouattara, aux présidentielle et législative, Gbagbo n?a trouvé mieux que de faire tirer sur ces marcheurs aux mains nues.

En mars 2004, le G7, réunissant sept (7) des dix (10) partis et mouvements signataires de l?Accord de Marcoussis, décide, face aux blocages, de marquer son soutien à cet accord signé le 24 janvier 2003, dans la banlieue parisienne, par une marche pacifique. Mais ce jeudi 25 mars 2004, les manifestants de l?opposition n?ont pas eu le temps de franchir le seuil de leur maison, qu?ils sont cueillis à froid. Le bilan dressé par une enquête onusienne fait état de 120 morts, de nombreux blessés et disparus. L?enquête est formelle, les auteurs sont clairement identifiés. Il s?agit des forces régulières et de forces tribales acquises à la cause du chef de l?Etat ivoirien. Aussi, depuis jeudi dernier, les jeunes de l?opposition, réunis au sein du Rassemblement des jeunes pour la démocratie et la paix (Rjdp) ont-ils entrepris des manifestations éclatées dans la zone sous contrôle gouvernemental. Pour disent-ils, protester contre les récentes décisions du chef de l?Etat de réinstaller à leurs postes Marcel Gossio, Gnamien Konan et Djédji Pierre Amondji , et la nomination de Brou Amessan et Jean Baptiste Akrou à la direction générale de la Radiodiffusion télévision ivoirienne (Rti) et de Fraternité Matin, en remplacement de Kébé Yacouba et de Léon Lébry Francis. Là aussi, la police et la gendarmerie ont été mobilisées pour casser de l?opposant. A ce jour, l?on dénombre quatre (4) morts et presqu?une centaine de blessés par balle. Les interventions énergiques des Forces de défense et de sécurité sur les militants de l?opposition sont une règle sous la refondation.


Parfaites illusions
Mais, cette répression aveugle est-elle la solution au maintien du régime de Gbagbo ? Assurément non. Car, le chef de l?Etat et les siens le savent certainement. L?armée n?a pu sauver le régime de Bédié. Encore moins celui de Guéi, fût-il général d?armée. Ce n?est donc pas le régime de Laurent Gbagbo que l?armée sauvera. Selon des observateurs avertis de la scène politique ivoirienne, l?armée finit toujours par s?aligner à la volonté du peuple. On a beau la prendre en otage ou la réquisitionner, elle finit par se libérer et par exprimer sa véritable vocation. Il n?est point besoin de rappeler à l?historien Gbagbo comment finissent les grandes dictatures. Peut-être qu?obnubilé par le pouvoir, il a fini par oublier ses cours d?histoire.
Le temps des vérités

Aujourd?hui, le peuple a décidé de cracher ses vérités, quelqu?en soit le prix. Même à l?armée qui détient les armes et munitions de la république. Mercredi dernier, le Rassemblement des Houphouétisties pour la démocratie et la paix (Rhdp), recevant le chef d?état-major des armées ivoiriennes, l?a clairement signifié au général ??médiateur?? Philippe Mangou. ??Vous avez le devoir d?être une force républicaine??, n?ont cessé de rappeler Djédjé Mady et les siens au Cema et à ses collaborateurs. Ces vérités traduisent l?exaspération de l?opposition face au parti pris de l?armée dans le jeu politique national. Il n?y a qu?à voir les zones dites d?influence du Fpi, paralysées par les récentes manifestations de l?opposition. Bien que timides au début, ces manifestations ont réussi à paralyser de nombreuses villes de l?intérieur. L?armée, on ne le dira jamais assez, est divisée. Même la tribalisation de l?armée n?est pas une solution au maintien d?un régime au pouvoir. Au contraire, elle ne fera qu?accentuer les clivages. Si on part du fait que les soldats de l?Ouest sont acquis à la cause du Fpi, ce qui n?est pas forcément fondé, on pourrait également déduire que les militaires du Centre seront prêts à défendre les intérêts du Pdci et du Premier ministre, et ceux du Nord, les intérêts du Rdr. ??Même la nomination des chefs militaires à des postes stratégiques n?est pas la solution. Car, les vraies décisions viennent souvent des soldats. Si Gbagbo règne par l?armée, en la mettant à rude contribution, notamment à Bouaké, au plus fort de la tentative de libération de cette ville, en octobre 2002, celle-ci pourrait se retourner contre lui. Et ça, l?armée a compris qu?elle a été instrumentalisée par Gbagbo au point de tuer la confiance entre elle et le peuple. Ce n?est en tout cas pas fait pour l?arranger??, analyse un spécialiste des questions militaires.


Exemples concrets
Certains pays se sont appuyés sur l?armée pour asseoir une dictature. Mais au bout du compte, le pouvoir leur a filé entre les doigts. Au Mali, Moussa Traoré était en passe d?instaurer une réelle dictature. Le peuple s?est opposé. Brimés, tués par centaine, les manifestants ont eu leur salut grâce au chef militaire Amadou Toumani Touré, actuellement président de la république. Celui-ci a retourné le fusil contre Moussa Traoré pour sauver le peuple. En Mauritanie, Maouya Ould Taya, lui aussi militaire comme Moussa Traoré, était sur la voie de la dictature. Mais contre toute attente, il est renversé par ses propres hommes de confiance sur qui il comptait pour soumettre le peuple à sa volonté. Tout près au Liberia, Charles Taylor n?a pu s?imposer au peuple en dépit des armes en sa possession.
Idem pour Jean Bertrand Aristide qui, en Haïti, n?a pu venir à bout du peuple après avoir tenté de l?embrigader. Mais, le constat général qui se dégage est que c?est au plus fort de la répression du peuple que ces chefs d?Etat sont lâchés. C?est pourquoi, chefs militaires comme autorités politiques devraient tirer les leçons des expériences vécues ailleurs pour ne marcher que dans la droite ligne des choses.