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"Aujourd?hui je pense que la France n?est pas la solution à la crise Ivoirienne"

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Gbagbo became president after 30 years in opposition
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Published by bana2166- 12-26-06
news "Aujourd?hui je pense que la France n?est pas la solution à la crise Ivoirienne"

Président Laurent Gbagbo: «Aujourd?hui je pense que la France n?est pas la solution à la crise ivoirienne»
Le Courrier d'Abidjan 26/12/2006 (note 1/5)
Le week-end dernier, le président Laurent Gbagbo a reçu 3A TéléSud. Avec cette chaîne de télévision, il a passé en revue l?actualité politique ivoirienne. Nous vous livrons de larges extraits de cet entretien.
Qu?est-ce qui vous amenait à croire que vous seriez toujours au poste de président de la République en novembre 2006 ?
Vous savez, je ne suis pas arrivé à la politique par accident. Je connais la Côte d?Ivoire, les hommes, ceux qui animent la vie politique. Ceux qui rapportaient que je ne serais pas là, quel moyen avaient-ils pour dire que je ne serais pas là? Les gens veulent forcer la Constitution en Côte d?Ivoire en espérant que l?extérieur va les aider. Les gens ont été mal instruits par les exemples d?Haïti, du Libéria. Donc ils croient comme çà que des étrangers peuvent venir et dire à un chef d?Etat que «tu n?est plus président chez toi». Leur pression n?est pas assez forte pour que je ne sois pas là où je suis. Moi, je ne suis pas scotché à la présidence de la République. Mais je suis fondamentalement légaliste. Je défends la loi, la Constitution. Je pense que la Constitution d?un pays est le reflet de la culture de ce pays. Rien aujourd?hui n?explique qu?on peut changer les règles du jeu. Parce que tout ce qui se passe aujourd?hui est prévu dans la Constitution. Il suffit de suivre notre Constitution et nous réglerons notre problème.
Mais parlant de cette Constitution, qu?est-ce qui la diabolise ? Pourquoi tant d?acharnement sur cette Constitution, enfin qu?est-ce qui dérange ?
Rien ne dérange. Djédjé Mady a fait une déclaration qui est très juste. Il dit qu?ils ne sont pas contre la Constitution. Mais comme c?est sur la Constitution que s?appuie Gbagbo pour rester au pouvoir alors que nous voulons qu?il parte de là, nous voulons bloquer la Constitution pour qu?il parte, après nous allons remettre la Constitution. Donc la Constitution n?est pas le problème. Le problème, c?est le coup d?Etat. Un coup d?Etat a été fait, je ne suis pas tombé. Les gens veulent parachever le coup d?Etat. Sinon, ce n?est pas la Constitution qui est le problème.
On va revenir à l?actualité. Que pensez-vous de la résolution 1721 qui vient d?être votée ?
J?ai fait une déclaration publique, radiotélévisée. J?espère que vous avez suivi. Cette résolution est importante. Elle marque un tournant dans les rapports entre les petits pays et les grandes puissances. C?est ce qui n?est pas écrit dans cette résolution qui est important.
Mais on tient compte de ce qui est écrit ?
Non, non, c?est ce qui n?est pas écrit qui est important. Je vais vous expliquer pourquoi. Le projet de résolution qui est arrivé devant le conseil de sécurité prévoyait entre autres choses deux points essentiels. Il fallait que la Constitution de Côte d?Ivoire cesse de ne pas être, cela veut dire que désormais nous allons être gérés par une résolution pondue à New York au lieu d?être gérés par une Constitution qui sort de nos tripes, notre âme, de notre peuple. C?était le premier point inacceptable qui avait été proposé. Le deuxième point, qu?il fallait transférer les pouvoirs de l?exécutif aux mains d?un Président élu aux mains d?un Premier ministre non élu. Sur ces deux points, les grandes puissances ont dit non. Les USA, la Grande Bretagne, la Chine, la Russie ont dit non et pour l?honneur de l?Afrique, la Tanzanie a dit non. C?est ce qui est le phénomène le plus important dans le vote de cette résolution. Aujourd?hui grâce aux débats qui ont eu lieu au conseil de sécurité pendant huit jours, les 25, 26, 27, 28, 29, 30, 31 et le 1er Novembre, on sait maintenant que les petits Etats ont des droits. Même les grandes puissances sont d?accord pour dire que les petits Etats ont des droits. On sait maintenant qu?aucune grande puissance ne peut se lever impunément pour imposer une manière de vivre à un petit pays. C?est une victoire, pas seulement pour la Côte d?Ivoire, à l?occasion de la crise de notre pays, c?est une victoire pour toute l?Afrique et tous les pays du tiers monde.
C?est une victoire pour Gbagbo Laurent?
Pas uniquement pour moi. Non, Gbagbo Laurent joue son rôle. Il mène un combat auquel il croit tous les jours. Donc il ne souffre pas. C?est donc en cela que le vote de cette résolution est important. On n?a pu assujettir notre Constitution qui est notre âme à une résolution qui est l?expression du vote de la maison de verre à New York. A partir de l?impression que les grandes puissances ont donnée, nous croyons qu?il y a un avenir, un futur pour les petits pays. Et c?est cette victoire que je célèbre. Evidemment, pour la Côte d?Ivoire il faut tirer les leçons. Si on dit qu?on ne peut pas assujettir notre Constitution, c?est qu?elle vit dans toute sa splendeur. Il faut en tirer les leçons et j?en tire les leçons. Je gouverne à partir de notre Constitution.
Il y a eu plusieurs sommets au mois d?octobre dernier, vous avez brillé par votre absence à deux grandes rencontres : l?Assemblée générale de l?ONU et la Francophonie. Est-ce un boycott ou une action délibérée ?
On n?a pas besoin d?aller à New York pour parler aux chefs d?Etat. Depuis que je suis président de la République, je me suis toujours fait représenter par mon ministre des Affaires étrangères pour ne pas justement qu?il y ait boycott. Mon pays n?est pas représenté par moi mais par quelqu?un qui a la compétence de le faire. Pour la Francophonie, c?est pareil, nous avons un ministre de la Francophonie qui m?a représenté. Quand le pays est en crise, il y a des moments où on peut s?absenter parce qu?on a des problèmes à régler.
Pourquoi avez-vous participé aux sommets d?Abuja et d?Addis-Abeba alors que vous avez déclaré M. le président qu?il n?y avait plus de négociation sur la crise ivoirienne ?
Je ne suis pas allé négocier. Est-ce que vous avez vu qu?il y a eu négociation. J?ai été dans ces pays pour défendre le point de vue de la Côte d?Ivoire. Justement j?ai été exposé qu?il n?y a plus de négociations. L?ambiance que j?ai vue à Addis Abeba m?a permis de me battre au conseil de sécurité de l?ONU même si je n?y étais pas.
Comment vous vous êtes battus ?
Au Conseil de sécurité de l?ONU, il y a toujours des Etats à qui vous pouvez vous référer pour qu?ils défendent vos droits. C?est comme ça la règle. Il a fallu que je sois à Abuja et à Addis-Abeba pour comprendre ce mécanisme. Le communiqué qui a été lu après le sommet d?Abuja n?a aucune valeur juridique.
Pourquoi la France a ignoré toutes les décisions que vos pairs ont prises dans la résolution de la crise dans votre pays et a imposé sa propre résolution ?
Mais demandez à la France ! Je me pose la même question que vous. De toute façon, à quelque chose malheur est bon. Le fait que la France ait cherché à imposer une résolution qui n?avait rien à avoir avec les décisions prises à Addis-Abeba a montré à tous les membres du Conseil de sécurité que trop était trop.
Mais quand les autorités françaises demandent au Conseil de sécurité de l?ONU de retirer votre pouvoir pour le donner au Premier ministre, n?est-ce pas un coup d?Etat qui ne dit pas son nom ?
C?est pourquoi je dis que la réponse à cette question se trouve dans la première réponse. Pour que cela soit, il aurait fallu qu?on sape les bases de mon pouvoir. Or, les bases de mon pouvoir entre deux élections, c?est la Constitution.
Mais les rebelles disent que tant que la Constitution n?est pas suspendue, ils ne vont pas déposer les armes?
Puisque la Constitution ne sera jamais suspendue, qu?est-ce qu?ils vont faire ? On va trouver une solution nous-mêmes. Aujourd?hui je pense que la France n?est pas la solution à la crise ivoirienne.
Entre vous et le président Chirac, je présume que votre relation est au bas niveau ?
Les choses vont bien. On continue de vendre ce qu?on vend à la France, on continue d?acheter ce qu?on achète à la France. Les choses fonctionnent normalement. C?est vrai les deux chefs d?Etat ne s?entendent pas. Mais les activités entre les deux pays vont mieux.
Vous serez encore à la barre lorsque Kofi Annan et Chirac ne seront plus au pouvoir ?
Ce n?est pas moi qui les fait partir. Ce n?est pas moi non plus qui leur fixe une transition.
On a l?impression que vous allez souffler un peu parce que ces deux personnalités sont supposées être vos ennemis ?
Moi je ne me connais pas d?ennemis mais des gens qui agissent en dehors de la loi. Je ne comprends pas pourquoi ce siècle où les Etats doivent être démocratisés, on peut tourner le dos à un Président élu pour soutenir un Président non élu. Jusqu?à présent je ne trouve pas de réponses à cela. Le France croit que l?Afrique peut laisser Gbagbo pour elle. Elle ne sait pas que les Etats africains ont un autre réflexe qui est plus fort que leur lien avec la France. Ils ne le disent pas publiquement mais au moment des grandes décisions, c?est ce réflexe qui joue. La France sous-estime ce réflexe.
Vous souhaiteriez que la France engage d?autres formes de coopération avec les pays africains ?
Qu?elle comprenne d?abord ce que c?est que l?Afrique ! Le problème est que l?Afrique ne lâchera pas la Côte d?Ivoire, un des siens.
Comment réagissez-vous à la mise à l?écart du moins cavalière du président africain Thabo Mbeki de la médiation de la crise ivoirienne ?
C?est une erreur de lecture. Dans ce débat qui vient d?avoir lieu à l?ONU, il a joué un rôle très important en m?aidant à toucher les Etats membres du Conseil de sécurité de l?ONU. Même son ambassadeur a pris la parole pour dire que ce qu?on propose est un changement de régime. Ils ont tapé le poing sur la table, ils ont joué un rôle important. Il ne l?aurait pas fait s?il était encore médiateur. Regardez l?Afrique, on se connaît. Qui est capable de tenir tête à l?Afrique du Sud. C?est le pays le plus riche et puissant de toute l?Afrique.
Les jeunes Burkinabés réunis au sein de la confédération panafricaine viennent de vous soutenir au cours de leur assemblée en vous rendant un hommage très appuyé. Venant des jeunes Burkinabés, comment vous réagissez ?
Ce n?est pas parce qu?ils sont burkinabés qu?ils ne sont pas africains ? Les gens vivent de stéréotypes. Je connais le Burkina et le Burkina me connaît. C?est là-bas que je passais toutes mes vacances.
Pourtant la base arrière de la rébellion s?y trouve?
Il ne faut pas confondre un peuple avec les gens qui sont au pouvoir. Même Blaise, c?est mon ami personnel.
Mais vous ne l?avez pas salué à Abuja ?
Si, nous étions à l?aéroport et nous étions trois à faire des projets de sortie de crise en Côte d?Ivoire. Il y avait Blaise Compaoré, ATT et moi-même. Il faut savoir que nous trois, nous nous sommes retrouvés trois fois à Bamako pour réfléchir sur la crise ivoirienne et les perspectives de sortie de crise. Et rien ne dit que nous n?allons pas nous retrouver encore. Donc l?hommage venant des jeunes Burkinabés ne me surprend pas.
Entre Banny et vous?vous vous êtes adressé à la nation ivoirienne pour dire que vous êtes à la barre en novembre dernier. Les partisans du Premier ministre ont dit que la communauté internationale a donné mandat à Banny. Comment vont vos relations ?
Tout va bien. Le Premier ministre Banny, c?est mon Premier ministre. Si on imposait, j?aurais pu nommer plusieurs autres avant lui. On m?a proposé plusieurs noms que je n?ai pas voulu nommer. Quel que soit la manière dont il est arrivé, c?est mon Premier ministre. Je dis que nous nous conformerons à la Constitution ivoirienne.
Parlons maintenant des déchets toxiques. En tant que président de la République, vous êtes le garant du bien-être de vos concitoyens. Comment vous expliquez qu?une telle catastrophe s?abatte sur votre pays ?
Ce n?est pas parce qu?il y a un gardien dans une maison qu?un voleur ne peut pas y entrer ? Il y a toujours des malheurs qui arrivent malgré les dispositions qui sont prises. Pour le moment, il nous faut soigner le mal. Les gens enquêtent, la procédure judiciaire avance. Les enquêteurs sont déjà partis dans les pays concernés.
Banécision très musclée de suspendre le gouverneur du Districtny a pris une d d?Abidjan, les Directeur du Port, de la Douane. Est-ce qu?il vous a consulté avant de prendre une telle décision ?
Oui, il m?a consulté. Je n?avais aucune raison de ne pas donner mon accord. Quelquefois il vaut mieux que les gens soient un peu dégagés pour que la vérité éclate.
C?est pourtant vous qui les avez nommés à ces postes ?
C?est pourquoi d?ailleurs le Premier ministre ne les a pas révoqués puisque c?est ma signature qui peut les révoquer. La suspension n?est pas la révocation. S?il les avait révoqués, j?allais dire non. Il ne peut pas les révoquer.
Il y a des enquêtes qui ont été menées par le procureur de la République, la commission d?enquête de la Primature, n?est pas de trop ?
L?affaire est confiée au procureur de la République qui saisit un juge d?instruction. C?est la voie royale. Les Ivoiriens ont été tellement choqués que tous ceux qui ont les pouvoirs de chercher à comprendre ont cherché à comprendre. Au lieu de voir en terme de trop, il faut plutôt voir en terme de choc.
Madame votre épouse a été nommément citée par un journal. Si d?aventure sa responsabilité était engagée, quelle serait votre réaction ?
Ce journal a déjà été condamné à payer 15 millions d?amende.
Qu?est-ce que l?Etat fait pour les victimes et les familles des victimes M. le président ?
Nous leur avons donné des sépultures dignes de ce nom. J?ai rendu visite aux familles que nous avons pu identifier pour leur porter la compassion de l?Etat. Pour les actions en cours en justice, on leur a donné ce qu?on peut leur donner. Mais ce n?est rien. Le Tribunal va dire les dommages et intérêts auxquels ses familles ont droit.
Quel est l?Etat des lieux aujourd?hui à Abidjan ?
C?est mieux qu?il y a quelques jours. Il faut dire ici il y a eu les déchets toxiques certes, mais il y a aussi les déchets ordinaires qui jonchent les rues à cause de la saturation de la décharge d?Akouédo.
Dans le traitement des déchets toxiques, les bruits ont couru partout que vous arrêtez et emprisonnez des journalistes sous prétexte qu?ils auraient attaqué votre épouse ?
Depuis que je suis au pouvoir aucun journaliste n?a été emprisonné. Nos journalistes qui étaient proches de nous à l?époque ont été trop inquiétés. J?ai juré de ne jamais mettre un journaliste en prison. J?ai fait mieux en mettant dans la loi qu?aucun journaliste n?irait en prison pour les opinions qu?il exprime. Donc il n?y a pas de journaliste en prison pour les opinions exprimées dans le cadre de son travail. Il est interdit par la loi de mettre un journaliste en prison.
Retranscrit par Pierre Aimé Koffi
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