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Saddam Hussein, condamné pour l'exécution de 148 villageois mais accusé d'avoir provoqué des dizaines de milliers de morts, a été pendu, samedi 30 décembre juste avant 6 heures du matin (4 heures à Paris), à Bagdad. "Saddam est monté calmement à la potence, il était résolu et courageux", a raconté à la télévision nationale Iraqia le conseiller à la sécurité nationale, Moaffaq al-Roubaï.
L'ancien raïs "n'a pas essayé de résister, n'a rien demandé. Il tenait un coran dans sa main qu'il a souhaité envoyer à une personne", a raconté ce témoin. Il avait "les deux mains attachées quand il a été pendu", a-t-il ajouté. Ses dernières paroles, selon un autre témoin, le juge Mounir Haddad, ont été : "J'espère que vous resterez unis et je vous mets en garde : ne faites pas confiance à la coalition iranienne, ces gens sont dangereux." L'ancien président, âgé de 69 ans, semblait viser la coalition à dominante chiite au pouvoir, que beaucoup de sunnites considèrent comme une émanation de l'influence de l'Iran.
La télévision irakienne a diffusé, samedi matin, des images de l'exécution de l'ancien président, vêtu d'une chemise blanche et d'une veste noire. Les mains attachées dans le dos, le visage découvert, Saddam Hussein est conduit par deux bourreaux encagoulés sur une potence de métal. Les deux bourreaux lui passent la corde autour du cou. Les images s'arrêtent sur cette dernière séquence et ne montre pas la pendaison elle-même, avec la chute du corps dans le vide.
APPEL À LA RÉCONCILIATION DE MALIKI
La télévision d'Etat a annoncé par erreur que les deux co-accusés de Saddam Hussein, son demi-frère Barzan al-Tikriti, ancien chef des services de renseignement, et l'ancien président du tribunal révolutionnaire Awad al-Bandar, avaient également été pendus. En fait, leur exécution a été reportée de quelques jours au dernier moment afin de mettre mieux en valeur celle de Saddam Hussein, selon M. al-Roubaï. Toujours selon ce dernier, le corps "pourrait être remis à sa famille pour être enterré", alors que les autorités gardaient jusqu'ici le mutisme sur le sort de la dépouille.
Réagissant à l'exécution de l'ancien président, le premier ministre irakien Nouri al-Maliki, se félicitant de l'"exécution du criminel Saddam", lui a indirectement répondu en lançant un appel à la réconciliation, à l'intention des partisans de l'ancien régime dont "les mains ne sont pas tâchées de sang". La nouvelle de l'exécution a été accueillie par une multitude de tirs de joie à Najaf, ville sainte chiite du sud de l'Irak. A Bagdad, quelques rafales ont résonné brièvement, également dans les quartiers majoritairement chiite, mais la situation semblait ensuite normale dans la ville. Mais à Koufa, dans le sud du pays, l'explosion d'une voiture piégée, samedi matin, sur un marché a fait au moins 31 morts, dont une majorité de femmes et d'enfants, et 58 blessés, a annoncé le directeur du bureau de la santé pour le province de Najaf, Molther al-Dam, révisant à la hausse un premier bilan de 16 morts.
Le président américain George W. Bush s'est également immédiatement exprimé. L'exécution "ne mettra pas fin à la violence en Irak, mais c'est une étape importante sur la route de l'Irak vers une démocratie qui peut se gouverner, être autosuffisante et se défendre, et être un allié dans la guerre contre le terrorisme", a-t-il déclaré dans un communiqué. L'ancien président "a payé", a estimé de son côté le gouvernement britannique, tout en réaffirmant son opposition de principe à la peine de mort. "Je me félicite du fait que Saddam Hussein ait été jugé par un tribunal irakien pour au moins quelques-uns des crimes horribles qu'il a commis à l'encontre du peuple irakien", a déclaré dans un communiqué la ministre des affaires étrangères Margaret Beckett.
Saddam Hussein, qui a dirigé le pays d'une main de fer de 1979 jusqu'à la chute du régime en avril 2003, a été condamné à mort le 5 novembre pour le massacre de 148 villageois chiites de Doujaïl (au nord de Bagdad) tués en représailles après un attentat manqué contre le convoi présidentiel en 1982. Son appel a été rejeté le 26 décembre. Les autorités irakiennes ont voulu l'exécuter avant l'aube, qui marque le début des célébrations de l'Aïd al-Adha, la fête du Sacrifice. Sa mort met fin à toutes les poursuites qui avaient été engagées contre lui, en particulier le procès Anfal, où il était jugé pour génocide contre la population kurde et accusé d'être responsable de la mort de 180 000 personnes en 1987-1988.
Retour sur des considérations de Human Rights Watch et Amnesty International
30 décembre 2006
L?ancien président irakien Saddam Hussein a été exécuté par pendaison ce 30 décembre à Bagdad, annonce la presse internationale, relayant la télévision publique irakienne. Après 3 ans d?emprisonnement, Saddam Hussein a été condamné à mort par pendaison le 5 novembre dernier pour le massacre de 148 chiites en 1982. La justice irakienne a rejeté le 26 décembre un appel de l?ancien président, qui avait été capturé en décembre 2003. L?invasion de l?Irak en avril 2003 par une coalition internationale dirigée par les États-Unis a mis fin au régime de fer de Saddam Husein, mais a donné lieu a un déclenchement de violences qui perdurent encore.
AlterPresse propose quelques considérations de deux organismes internationaux de droits humains - Human Right Watch et Amnesty International - sur le procès de Saddam Hussein.
(Human Right Watch - New York, le 20 novembre 2006) ? Le procès de Saddam Hussein et de ses sept coaccusés devant le Haut Tribunal irakien pour crimes contre l?humanité a été entaché par tant d?irrégularités, aussi bien sur la forme que sur le fond, que le verdict est contestable, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport de 97 pages publié aujourd?hui. Les défauts qui ont marqué le procès, intenté pour l?exécution de plus de 100 personnes dans la ville irakienne d?Al Dujail, font également planer le doute sur les procédures qui auront lieu ultérieurement devant le tribunal.
« La conduite du procès dans l?affaire d?Al Dujail était foncièrement inéquitable. Le tribunal a galvaudé une opportunité majeure de rendre justice au peuple irakien de façon crédible. Et son imposition de la peine capitale suite à un procès inéquitable est indéfendable. »
« La conduite du procès dans l?affaire d?Al Dujail était foncièrement inéquitable », a déploré Nehal Bhuta du programme Justice internationale de Human Rights Watch et auteur du rapport. « Le tribunal a galvaudé une opportunité majeure de rendre justice au peuple irakien de façon crédible. Et son imposition de la peine capitale suite à un procès inéquitable est indéfendable ».
Le rapport, intitulé Judging Dujail : The First Trial Before the Iraqi High Tribunal (Jugement dans l?affaire d?Al Dujail : Premier procès devant le Haut Tribunal irakien), est basé sur un travail d?observation de 10 mois et sur des dizaines d?entretiens avec des juges, des procureurs et des avocats de la défense. Il s?agit de l?analyse la plus complète réalisée à ce jour sur le procès. Human Rights Watch, qui demandait depuis plus de dix ans que Saddam Hussein et ses lieutenants soient poursuivis en justice, a été l?une des deux seules organisations à avoir assuré la présence régulière d?un observateur dans la salle d?audience.
Dès le départ, le Haut Tribunal irakien a été miné par les actions du gouvernement irakien menaçant son indépendance et l?impartialité qu?il laissait percevoir. Des parlementaires, voire des ministres, ont régulièrement dénoncé la faiblesse du tribunal. Reproche qui a abouti à la démission du premier juge présidant le procès.
Judging Dujail révèle de graves irrégularités procédurales dans le déroulement du procès, lesquelles n?avaient jusqu?à présent jamais été documentées, notamment :
- La non présentation à la défense, au préalable, de preuves importantes, notamment de preuves disculpantes. Et ce de façon répétée ;
- Les violations du droit élémentaire des accusés à une confrontation avec les témoins à charge dans le cadre d?un procès équitable ;
- Des écarts de comportement du judiciaire qui ont mis à mal l?apparente impartialité du président du tribunal ; et
- Des lacunes importantes au niveau des preuves qui sapent le caractère persuasif des arguments de l?accusation et posent la question de savoir si tous les éléments concernant les crimes imputés ont été établis.
Le rapport démontre par ailleurs que le tribunal, en tant qu?institution, a eu des difficultés à remplir avec compétence ses fonctions administratives élémentaires. Des fonctions qui sont pourtant indispensables pour garantir un procès équitable et effectif. Le tribunal n?a pas développé de programmes efficaces visant à répondre aux besoins des témoins et des victimes et n?a pas assuré la sécurité des avocats de la défense. Il a en outre fermé les yeux sur la tâche importante qui lui incombait d?expliquer à la population irakienne les procédures suivies au cours du procès.
Le procès pour le massacre d?Al Dujail a débuté à Bagdad devant le Haut Tribunal irakien le 19 octobre 2005 et a pris fin le 27 juillet 2006. Le verdict a été prononcé le 5 novembre 2006. Saddam Hussein et deux coaccusés ont été condamnés à mort par pendaison et quatre autres accusés ont été condamnés à des peines d?emprisonnement allant de 15 ans à la perpétuité. Un prévenu a été acquitté à la demande de l?accusation. Le verdict et les condamnations font actuellement l?objet d?un appel devant la Chambre d?appel. (?)
(Amnesty International - 5 novembre 2006) Amnesty International déplore la décision du Haut tribunal pénal irakien de condamner à mort Saddam Hussein et deux des sept personnes jugées en même temps que lui, et considère que le procès a été inique et entaché de graves irrégularités. L?ancien dictateur irakien a été condamné ce dimanche 5 novembre pour sa responsabilité dans l?homicide de 148 habitants du village d?Al Dujail, où il avait été victime d?une tentative d?assassinat en 1982. Le procès, qui s?est ouvert en octobre 2005, près de deux ans après la capture de Saddam Hussein par les forces des États-Unis, s?est terminé en juillet 2006. Prévue dans un premier temps le 16 octobre, l?annonce du verdict avait été repoussée à la demande du Haut tribunal qui souhaitait disposer d?un délai supplémentaire pour réexaminer des témoignages.
(?)
« Ce procès aurait dû contribuer de manière significative à l?avènement de la justice et de la primauté du droit en Irak, a déclaré Malcolm Smart, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d?Amnesty International. Il aurait dû permettre d?établir la vérité et les responsabilités pour les violations massives des droits humains perpétrées sous le régime de Saddam Hussein. En réalité, nous avons assisté à une parodie de justice, entachée de graves irrégularités qui remettent en question la capacité du tribunal, sous sa forme actuelle, a rendre la justice dans le respect des normes internationales d?équité. »
L?ingérence de la classe politique a mis à mal l?indépendance et l?impartialité du tribunal, poussant le premier juge présidant le tribunal à se retirer ; la nomination de son successeur a été bloquée et le tribunal n?a pas pris les mesures qui s?imposaient pour protéger les témoins et les avocats de la défense, dont trois ont été assassinés pendant la durée du procès. Saddam Hussein n?a pas été autorisé à consulter un avocat pendant la première année suivant son arrestation, et les plaintes de ses avocats sur le déroulement du procès ne semblent pas avoir été prises en compte par le tribunal.
« Tout accusé a le droit à un procès équitable, quelle que soit la gravité de l?accusation dont il fait l?objet, a ajouté Malcolm Smart. Ce principe très simple a été ignoré tout au long des décennies de dictature de Saddam Hussein. Son renversement offrait la possibilité de rétablir ce droit élémentaire, tout en établissant les responsabilités pour les crimes commis par le passé. Non seulement le tribunal n?a pas saisi cette occasion, mais il a en plus opté pour la peine de mort. » (?)
L?ancien Président irakien Saddam Hussein, 69 ans, a été exécuté par pendaison samedi à Bagdad peu avant 6h00 heures locales (vendredi 22h00 en Haïti), ont annoncé les autorités et les médias irakiens.
"L?exécution de Saddam Hussein est terminée", a confirmé la télévision publique irakienne Iraqia qui a montré par la suite les premières images de l?exécution. Un événement qui a suscité de nombreuses réactions dans le monde.
Renversé en avril 2003 par l?invasion américano-britannique après avoir régné sans partage pendant près de trois décennies, l?ex-dictateur avait été condamné à mort le 5 novembre dernier pour sa responsabilité dans le massacre en 1982 de 148 villageois.
Auteur de crimes politiques abominables et de violations flagrantes des droits humains, Saddam Hussein pourrait paradoxalement, grâce à cette exécution controversée voulue par l?administration Bush, échapper définitivement au jugement de l?histoire et passer à la postérité comme une victime voire un martyr de l?occupation américaine. hi/spp/RK
Exécution Saddam Hussein: "Une réponse à la barbarie par la barbarie", selon la FIDH
Irak - Exécution de Saddam Hussein : « une réponse à la barbarie par la barbarie », selon la FIDH
samedi 30 décembre 2006
Communiqué de la FIDH
Soumis à AlterPresse le 30 décembre 2006
La Fédération internationale des ligues des droits de l?Homme (FIDH) condamne avec la plus grande fermeté l?exécution par pendaison, ce samedi 30 décembre, de l?ancien dictateur irakien Saddam Hussein.
La FIDH rappelle que, quelle que soit la gravité des crimes commis, la peine de mort n?est jamais justifiée. Selon Patrick Baudouin, président d?Honneur de la FIDH, "la peine de mort est la pire des réponses à apporter aux crimes commis par Saddam Hussein, puisqu?on répond à la barbarie par la barbarie ".
" En outre", a-t-il ajouté, "au delà de la condamnation absolue de la peine de mort, l?exécution hâtive de Saddam Hussein prive les Irakiens et le monde entier d?un procès global concernant le massacre d?Haladja, l?opération Anfal et le massacre des chiites, qui aurait permis de mettre en lumière les complicités occidentales dont il a joui".
La FIDH déplore qu?une occasion historique de juger les crimes de Saddam Hussein selon les normes d?un procès équitable se traduise par une parodie de justice, conclue par une exécution qui ne peut que favoriser le cycle de violence en Irak.