Canada: Stéphane Dion veut réorganiser la mission canadienne
Stéphane Dion travaille actuellement à l'élaboration d'un plan de réorganisation de la mission militaire canadienne en Afghanistan, a-t-il indiqué récemment dans un interview avec Sun Media.
Dans ses propos publiés samedi, le nouveau chef libéral donne peu de détails sur ses intentions, si ce n'est que son plan permettrait d'affecter des soldats canadiens dans d'autres régions du monde.
M. Dion déclare que le plan libéral se situera entre ce qu'il appelle [l'approche aveugle] du dossier de la part du premier ministre Stephen Harper et la vision [déshonorante] du chef néo-démocrate Jack Layton, qui voudrait retirer les troupes canadiennes d'Afghanistan.
«Si un Etat n'est pas fonctionnel et que la moitié de son économie est illicite (...) peu importe le nombre de soldats qui s'y trouvent, peu importe l'argent qui y est investi, je crois qu'il s'agit d'une erreur, a affirmé M. Dion. Vous devez travailler avec le monde. Si nous sommes coincés en Afghanistan, nous ne pouvons pas nous rendre aussi utiles que nous le pourrions ailleurs. Alors le Canada va faire sa part, mais sa part en tant que partenaire dans un problème qui va au-delà de l'Afghanistan.»
Le chef de l'armée canadienne, le général Rick Hillier, a récemment reconnu que les forces canadiennes ont tellement d'obligations à respecter en Afghanistan qu'elles ne peuvent accepter de participer à d'autres missions internationales.
La stratégie préparée par les libéraux permettrait au pays de participer à des missions dans d'autres régions du monde, a soutenu Stéphane Dion, évoquant la Somalie, Haïti, le Liban et le Darfour.
La mission canadienne en Afghanistan a souvent défrayé les manchettes en 2006, une part de la population n'étant pas convaincue de son bien-fondé. Pas moins de 36 soldats canadiens y sont décédés l'an dernier.
Par ailleurs, le chef libéral a estimé que le premier ministre conservateur Stephen Harper devrait abandonner son idée de réduire de nouveau la taxe sur les produits et services (TPS) pour la remplacer par un projet de crédits d'impôts encourageant les comportements écologiques.
La plate-forme libérale consacrerait 10 milliards $ sur six ans pour atteindre les objectifs de réduction d'émissions de gaz à effet de serre du protocole de Kyoto, tandis que le projet de réduction de la TPS d'un point de pourcentage des conservateurs coûtera environ 5,5 milliards $ par année.
«Le gouvernement doit aider les gens à annuler les coûts supplémentaires liés à l'adoption de produits plus écologiques et les gens feront alors des économies, a-t-il indiqué à Sun Media. Ils auront de véritables réductions d'impôts au cours des années puisqu'ils vont sauver de l'argent sur leurs comptes d'électricité où à la pompe. Ce sera bon pour leur portefeuille et bon pour la planète.»
Stéphane Dion favorise aussi la mise sur pied d'un programme fiscal qui encouragerait les industries à développer de nouvelles technologies vertes qui pourraient être exportées dans le monde.
Par ailleurs, le chef libéral croit que le Canada devrait redoubler d'effort pour faire valoir sa souveraineté sur les territoires arctiques, quitte à avoir recours aux canaux diplomatiques et légaux.
La propriété canadienne du passage du Nord-Ouest est notamment contestée par plusieurs pays, incluant les Etats-Unis. Avec le réchauffement de la planète et le dégel de certains territoires arctiques, ce passage pourrait s'ouvrir et devenir un enjeu d'importance dans les prochaines décennies.
Selon M. Dion, la meilleure façon d'en réclamer la propriété est de démontrer que le Canada prend soin de la région. «Si nous voulons que notre souveraineté soit respectée, la principale marche à suivre est de montrer au monde que nous sommes de bons gardiens de l'Arctique», a-t-il indiqué.
Malgré tout, le chef libéral croit que le principal enjeu de la prochaine élection fédérale ne sera pas l'environnement, mais bien l'économie. «Ce que nous observons n'est pas un changement vers une nation composée d'amoureux de la nature, a-t-il commenté. Ce que nous observons est le sentiment que la croissance économique que nous vivons n'est pas durable? la plupart des gens comprennent cela.»