Mali: Le débat d?idées n?est pas pour demain
Lemali.fr 18 janvier 2007
Présidentielle 2007 - Dans un article intitulé : «débats aux présidentielles : Il faut restaurer le face à face entre candidats », Monsieur Diawara, l?auteur de l?article invite le ministère de l?information, les médias privés, bref, tous les militants et militantes de la démocratie, selon leurs moyens d?expression, à revendiquer, avec insistance au près des autorités maliennes, la restauration des débats d?idées avant le premier et le deuxième tour des élections présidentielles de 2007.
De quel débat peut-il s'agir Monsieur Diawara du moment que tous les partis ayant renoncé de concourir au suffrage présidentiel et ceux qui ont franchi le pas ont le même programme sinon n'en ont pas du tout. Comment comprendre que c?est seulement en année électorale que nos «braves dirigeants politiques» s?agitent ça et là égrenant un chapelet d?intentions. Quelle est la vision de nos « braves hommes » politiques pour le Mali ? Difficile d?y répondre.
Au Mali on ne vote malheureusement pas pour un programme ou un projet de société mais pour une personne. Il nous reste encore des années lumière pour atteindre le stade de choix d'un homme sur la base d'un programme, d'un projet de société comme au Canada ou dans les pays dits de tradition démocratique.


ImageEn 1992 les débats contradictoires organisés, il faut le reconnaître dans la mouvance de l?air du temps, entre les deux tours, opposaient des candidats qui n'étaient pas au pouvoir. C'est dans la même mouvance et dans un show médiatique que le Président Alpha alors fraîchement élu, donc aux anges, a informé le peuple de l?introduction de la déclaration publique des biens du Président de la République et de ses Ministres comme une nouvelle approche de rendre compte au peuple. Au lendemain de sa prestation de serment du 8 juin 1992, c?est effectivement un Président accompagné de son épouse, remettant la déclaration de leurs biens à la Cour Suprême que les Maliens ont découverts sur les antennes de l?ORTM de la toute puissante «chaîne Gouvernementale».


«L?aîné de tous les Maliens sans être le plus âgé» comme il l?a poétiquement dit dans son discours d?investiture du 8 juin 1992, venait de prouver par cet acte, haut combien symbolique de sens, aux Maliens, que désormais ils ont et auront droit de regard sur la gestion de la chose publique. Hélas, l?espoir qui vient de naître s?est vite estompé puisque la suite est connue. La période d?euphorie passée, avant même la fin du premier mandat de Alpha, la déclaration publique des biens des Gouvernants fut enterrée dans le plus grand secret et envoyée aux archives nationales de l?histoire.
Désormais plus d?inquiétudes pour le Président et ses Ministres d?exposer au grand jour leurs biens, puisque certainement entre temps les comptes en banque se sont diversifiés et renfloués, les terrains non bâtis construits, la quantité d?or a augmenté, etc.?
L?interruption des débats contradictoires pendant les élections pourrait s?expliquer aussi par la même logique qu?au Mali nos dirigeants sont toujours réticents à rendre compte dès lors qu?il s?agit d?expliquer leurs faits et gestes. C?est cela qui expliquerait l?interruption des débats contradictoires et la déclaration publique des biens des dirigeants initiés en 1992. Le peuple n?est consulté que pour mettre un bulletin dans l?urne. Jacques Roumain, Chantre de la Négritude, Dirigeant communiste haïtien dans son chef-d??uvre posthume «Gouverneurs de la rosée» (1944) écrivait
«En vérité, nous autres le peuple, nous sommes comme la chaudière ; c?est la chaudière qui cuit tout le manger, c?est elle qui connaît la douleur d?être sur le feu, mais quand le manger est prêt, on dit à la chaudière : tu ne peux venir à table, tu saliras la nappe?. »
Mais pour que le peuple puisse être invité à la table à manger, pour que le peuple, au nom duquel nous autres «intellectuels et instruits » minoritaires pensons et agissons, se réveille et se fasse écouter, il faut qu?il ait accès à l?information donc à l?éducation.
Un peuple analphabète, un peuple illettré ne peut choisir son destin. Il aura toujours son destin dans les mains de cette «minorité intellectuelle et instruite»
Port-Au Prince, le 17 janvier 2007
Yachim MAIGA
En Mission en HAITI