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Hillary Clinton, candidate en nom propre

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Published by TiCam- 01-23-07
news Hillary Clinton, candidate en nom propre

Dans certaines familles, il faut se faire un prénom. Le sénateur de New York est en train de se faire un nom. Désormais, quand on parle de Clinton aux États-Unis, il est plus souvent question d'Hillary que de Bill. Cela devrait s'amplifier au fil de la campagne qui, espère-t-elle, installera pour la première fois une femme dans le Bureau ovale.
L'ancienne First Lady connaît les lieux et leurs périls, pour les avoir fréquentés pendant huit ans, dans l'ombre de son mari. Sa candidature est déjà historique, puisque jamais une épouse de président n'avait cherché à revenir à la Maison-Blanche par la grande porte. Jamais non plus une femme n'a été investie par l'un des deux grands partis. Et la galerie de portraits des 43 présidents américains ne compte que des hommes.
En se lançant dans l'épreuve la plus difficile de sa vie, Hillary Rodham Clinton, 59 ans, a déjà montré la maîtrise dont elle est capable. La date de son annonce avait été gardée secrète, mais elle était décidée depuis trois semaines, pour s'intercaler entre son retour d'une tournée en Irak et en Afghanistan et le discours sur l'état de l'Union, que doit prononcer le président mardi soir. « Comme sénateur, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pendant deux ans pour limiter les dégâts causés par George Bush, plaide-t-elle. Mais seul un nouveau président pourra réparer ses erreurs, ramener l'espoir et l'optimisme. »
Mme Clinton ne laisse à personne le soin de la présenter. « J'ai grandi dans une famille de la classe moyenne au milieu de l'Amérique, où j'ai appris que l'on peut surmonter n'importe quel obstacle, souligne-t-elle dans son message sur Internet. J'ai travaillé toute ma vie sur des questions cruciales pour notre pays. Je me suis battue pour les enfants pendant plus de trente ans. (...) J'ai voyagé en Chine pour défendre les droits des femmes. Au Sénat, j'ai travaillé au-delà de mon parti pour (...) bloquer le projet du président de privatiser les retraites, pour faire en sorte que les héros du 11 Septembre et nos hommes et femmes en uniforme reçoivent le traitement qu'ils méritent. »
Hillary Clinton aurait pu ajouter qu'avant d'entrer à la Maison-Blanche en 1993, elle était cotée parmi les cent meilleurs avocats du pays, qu'elle était membre de dix-sept conseils d'administration et qu'elle gagnait trois fois plus d'argent que son mari, Bill, qui était alors gouverneur de l'Arkansas. L'ombre du grand homme, rencontré lorsqu'ils étaient tous deux étudiants en droit dans la prestigieuse université de Yale, n'est pas invoquée dans le nouveau défi que se lance Hillary. Il y a quinze ans, c'était un couple politique qui s'était offert aux suffrages des Américains, « deux pour le prix d'un. » Entre-temps, il y a eu l'échec de la réforme de l'assurance sociale, confiée par l'ancien président à sa femme, et surtout le scandale Monica Lewinsky, qui avait contraint la First Lady à défendre stoïquement les frasques de son époux face à ce qu'elle dénonça comme « une conspiration de la droite pour abattre la présidence ».
Aujourd'hui, cet épisode douloureux a une vertu pour la candidate : pour les démocrates, le nom qu'elle porte est synonyme de victoire. « Je n'ai jamais eu peur de me battre pour ce que je crois ni de défier la machine républicaine, souligne-t-elle. Je sais comment raisonnent les républicains de Washington, comment ils opèrent et comment les battre. » Depuis des années, Hillary a méthodiquement préparé le terrain, consultant les experts, calibrant ses prises de positions sur les grands enjeux nationaux, créant des réseaux de soutiens locaux dans les États clés de la course aux primaires. Elle a constitué une équipe de plus de 50 collaborateurs de haut niveau, le « Hillaryland », au sein duquel règne une discipline de fer. Elle contrôle étroitement son image, distille les interviews, ferme sa porte aux journalistes et diplomates étrangers. Même Ségolène Royal, faute de rendez-vous, a reporté une visite aux États-Unis. Soutenue par un puissant réseau de financiers, en partie hérité de Bill, elle part avec un trésor de guerre de 14 millions de dollars, qu'elle espère porter à 100 millions pour le début des primaires, dans un an. On lui prête la capacité de lever jusqu'à 500 millions de dollars à l'horizon de novembre 2008, un record pour ce qui s'annonce comme la campagne la plus chère de l'histoire politique américaine.
Dès l'instant où elle a levé le voile sur ses intentions, elle est devenue la favorite dans le camp démocrate et la principale cible dans la mire des républicains. Un sondage publié hier par le Washington Post lui attribue 41 % d'intentions de vote, loin devant Barack Obama (17 %), jeune sénateur de l'Illinois apparu sur la scène nationale il y a moins de trois ans, et John Edwards (11 %) l'ancien colistier de John Kerry en 2004. Un autre sondage indique qu'elle aurait les faveurs de 59 % des femmes, électorat crucial qui représente 9 millions de voix de plus que les hommes. Toutefois, selon deux enquêtes de l'institut Zogby, elle serait à la traîne en Iowa et dans le New Hampshire, premières étapes sur le calendrier des primaires.
En termes de notoriété et d'organisation, le sénateur de New York part avec une longueur d'avance sur ses concurrents. Son intelligence, reconnue par 81 % des Américains, lui vaut le respect de la classe politique et des médias. Elle peut compter, avec Bill Clinton, sur les conseils du meilleur stratège démocrate du pays. Mais ces atouts peuvent aussi devenir des handicaps : Hillary serait trop connue pour modifier son image « gauchiste », son mari lui ferait de l'ombre et son cerveau compenserait un manque de coeur, ou de la chaleur qui soulève les foules. Côté républicain, on estime qu'Hillary Clinton a de grandes chances de remporter les primaires démocrates, mais qu'elle aurait du mal à gagner une élection générale « au centre ».
« J'ai été scout, dit-elle. Je crois aux vertus de la préparation. » Depuis sept ans au Sénat, elle s'est employée à recentrer son image : positions nuancées sur la guerre en Irak, soutien constant aux troupes (auxquelles elle vient de rendre sa troisième visite), attitude modérée sur l'avortement, propos fermes face à l'Iran.
Reste qu'en politique, trop d'exposition peut nuire : 97 % des Américains ayant déjà une opinion à son sujet, Hillary ne peut miser sur la nouveauté, qui joue un grand rôle dans toute élection aux États-Unis. D'où le problème que lui pose la candidature de Barack Obama, portée par un engouement médiatique et populaire. Il joue ouvertement la carte du « nouveau Kennedy » quand Clinton est jugée dans les sondages plus « reaganienne ». Le parcours d'obstacles est assez long et difficile pour permettre l'émergence - et la mise à l'épreuve - de nouvelles têtes.
Outre sa « fraîcheur », Obama pose deux autres difficultés à la candidate : il est noir, fils d'un Kenyan et d'une Blanche du Kansas, ce qui en fait un favori dans le Sud. Or tout candidat démocrate doit y remporter un ou deux États, en plus de ceux gagnés par Kerry en 2004, pour accéder à la Maison-Blanche.
Le second front sur lequel Obama risque d'avoir l'avantage, c'est la guerre en Irak. En octobre 2002, le sénateur Clinton avait voté pour donner les pouvoirs de guerre au président Bush. Depuis, elle n'a jamais publiquement regretté ce vote, contrairement à Edwards et Kerry. Elle préfère l'assumer, tout en soulignant que « si l'on avait su alors ce que l'on sait aujourd'hui », son attitude aurait été différente. Obama, lui, n'était pas encore élu au Sénat, mais il critiquait déjà sans mâcher ses mots « une guerre stupide ».
Ces contorsions pourraient brouiller les cartes. Jusqu'ici, l'ancienne First Lady était aussi populaire à gauche qu'honnie à droite. Cela a un peu changé, au point de l'exposer aux critiques de la base démocrate, qui juge trop molle son attitude sur la guerre en Irak. En contrepartie, elle a gagné les faveurs d'une frange de conservateurs modérés, raflant 20 % des voix républicaines à New York. Mais son recentrage n'est que partiel : quand les démocrates lui font crédit de « valeurs morales fortes » (69 %), les républicains la croient mue par sa seule ambition (68 %). Selon le révérend Jerry Falwell, sa candidature mobiliserait la droite chrétienne « mieux que celle de Lucifer ».
Au bout du compte, c'est une campagne à fronts renversés qui s'annonce pour Hillary Clinton : si elle triomphe de primaires démocrates nettement plus difficiles que prévu, elle peut s'ouvrir une voie royale vers l'élection de novembre 2008. Il lui reste à acquérir l'aisance de Bill sur les podiums et à nouer un lien affectif avec les Américains. Naguère, l'ancien président pariait que la première femme élue à la Maison-Blanche aurait un profil « conservateur, tendance Thatcher ». Il ne le dit plus : sa femme pourrait lui donner tort.
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