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AMÉRIQUE LATINE - « Ce n?est pas la gauche, mais ça lui ressemble »

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Published by bana2166- 02-28-07
news AMÉRIQUE LATINE - « Ce n?est pas la gauche, mais ça lui ressemble »

AMÉRIQUE LATINE - « Ce n?est pas la gauche, mais ça lui ressemble », lecture centriste d?un virage à gauche
jeudi 1er mars 2007,
L?année 2006 a été riche en échéances électorales. Cet article de Ramiro Escobar, publié dans le numéro de Noticias Aliadas du 24 janvier 2007, en présente une brève synthèse. Son analyse se veut prudente et s?appuie sur des chiffres ? ceux du Latinobarometro et de la CEPAL. Mais une question vient à l?esprit : si, selon l?enquête du Latinobarometro, citée par l?auteur, 39% de la population latino-américaine se situe au centre-gauche, où se situent les 61% restants ? À défaut d?une telle précision, il est difficile de se faire une idée exacte de la portée de l?analyse : arguer que la population se situe en majorité au centre de l?échiquier politique, et ce aujourd?hui comme hier, est un truisme [1].
Sur la nouvelle carte politique régionale cohabitent des tendances « progressistes » diverses.
L?arrivée au pouvoir de Rafael Correa en Équateur, le 15 janvier dernier, a marqué la fin d?un cycle d?élections successives en Amérique latine, mais aussi d?un processus qui a changé la géographie politique de la région. Le supposé « virage à gauche » s?accentue.
Sur les neuf élections organisées dans la région en 2006, seules deux ont été remportées par des partis ou des alliances situés à droite de l?échiquier politique. La première s?est soldée par la réélection d?Alvaro Uribe à la tête de Primero Columbia le 28 mai [2], et la seconde a abouti à l?étroite victoire de Felipe Calderón, du Parti d?action nationale (PAN), au Mexique [3]
Au Chili, la socialiste Michelle Bachelet l?a emporté avec 53,49% des voix au second tour [4] ; au Brésil, le syndicaliste Luiz Inácio Lula da Silva a été réélu avec une majorité confortable de 60,54% [5]. De son côté, ce 10 janvier, le sandiniste Daniel Ortega est revenu au pouvoir au Nicaragua après 16 années d?absence [6] et, cinq jours plus tard, en Équateur, Correa a été investi, après avoir été élu avec 57,20% des voix à la tête d?Alianza País, mouvement regroupant socialistes, chrétiens et indigènes [7].
Déjà, un peu plus tôt, le 3 décembre dernier, le président vénézuélien Hugo Chávez avait assis son pouvoir en battant son adversaire Manuel Rosales [8]. On pourrait y ajouter les triomphes des ex-présidents Oscar Arias au Costa Rica, et Alan García au Pérou [9], à l?origine de sensibilité social-démocrate. Toutefois, dans les deux cas, leur comportement actuel à la tête du pouvoir les situerait dans une autre partie de l?échiquier.
La vague de changement en cours dans la région est incontestable, et d?autant plus si l?on tient compte des victoires d?Evo Morales, du Mouvement vers le socialisme (MAS), fin 2005 en Bolivie [10], et, en février 2006, de René Préval, représentant du parti de gauche, l?Espoir, en Haïti [11]. Cependant, si ses éléments se ressemblent, ce magma politique n?en est pas pour autant uniforme.
On peut même distinguer deux courants, comme le signale l?internationaliste Farid Kahhat. Le premier, lié à la social-démocratie, accepte la propriété privée, la démocratie représentative et le marché en tant que mécanisme de distribution des ressources, même s?il « essaie d?accroître la pression fiscale pour lancer des programmes sociaux de grande envergure ».
Cette gauche, ajoute-t-il, propose parfois des solutions comme les budgets participatifs mis en pratique par le Parti des travailleurs (PT) au pouvoir au Brésil. On pourrait aussi ranger dans cette mouvance, avec quelques nuances, les gouvernements du Chili et de l?Argentine, même si, dans ce dernier pays, Néstor Kirchner est revenu sur quelques privatisations, notamment celle de la compagnie des eaux et a instauré un contrôle des prix.
Le second courant n?est présent, pour l?instant, qu?au Venezuela et en Bolivie, pays qui se soutiennent mutuellement en ce qui concerne le prix des hydrocarbures. « C?est cela, explique Kahhat, qui leur donne une marge de man?uvre » et leur permet, entre autres choses, d?avoir un État plus interventionniste et jouant même le rôle d?une entreprise.
Il reste à voir si l?Équateur et le Nicaragua, enhardis par les prix préférentiels que leur consent Chávez pour le pétrole, se rallieront à ce courant. L?un comme l?autre, Correa et Ortega ont donné l?impression de s?orienter vers une autonomie accrue et vers des gouvernements plus hétérodoxes.
Pour Santiago Pedraglio, analyste politique péruvien, on se trouve, en résumé, devant une « gauche non marxiste, encore moins léniniste, qui de surcroît, se situe à l?intérieur du système ». Une « gauche » qui veut un État plus incitatif mais qui accepte en même temps dans la majorité des cas ? le Venezuela pourrait constituer l?exception ? toutes les règles démocratiques.
Il convient cependant de considérer avec prudence cet élan progressiste. Dans l?édition de septembre-octobre 2006 de la revue Nueva Sociedad, Marta Lagos, directrice générale du Latinobarómetro, organisme de sondage, soutient, chiffres à l?appui, que « les citoyens ne demandent pas plus de gauche, mais plus de démocratie, de pluralisme, de liberté d?expression et de mobilité sociale ».
Selon une étude récente de son organisme, le bloc principal de la population latino-américaine (39%) se situe au centre-gauche, tendance qui n?a pas fondamentalement évolué au cours des dernières années. Les votes exprimés, par conséquent, présenteraient un caractère plus social que politique et exprimeraient, comme le prétend Kahhat, « un mécontentement face à la situation présente ».
Les chiffres publiés dans le Panorama social de l?Amérique latine 2006 de la Commission économique pour l?Amérique latine et les Caraïbes (Cepal) abondent dans le même sens. Il ressort de ce document, qui présente des statistiques de l?année 2005, que 39,8% des Latino-Américains (209 millions d?individus) sont pauvres et 15,4% (81 millions) vivent dans l?indigence.
Cela expliquerait, selon Petraglio, le paradoxe de la situation actuelle : malgré la croissance généralisée du produit intérieur brut dans la région, les revendications sociales réclamant de meilleures conditions de vie n?ont pas diminué. « La question qui revient toujours, c?est celle des inégalités », ajoute-t-il, et le corollaire en est la résurrection des mouvements de « gauche » ou de « centre gauche ».
Le président Chávez a, avec fougue, essayé de chevaucher cette vague de changement, mais même cet élan a ses limites. Les gouvernements d?Argentine, du Brésil, d?Uruguay et, surtout, du Chili jouent chacun leur partie. Ils ne dépendent en rien de Chávez, mais ils maintiennent de bonnes relations avec lui par intérêt pour la question énergétique.
Si ces deux courants « progressistes » s?accordent sur un point, c?est bien sur la recherche d?une plus grande autonomie face aux États-Unis. Le Brésil et l?Argentine, par exemple, agissent en ce sens en menant la résistance contre la Zone de libre-échange des Amériques [12] et en consolidant simultanément le Marché commun du Sud (MERCOSUR), le projet d?intégration le plus avancé de la région.
Les mois qui viennent diront si, en effet, la carte politique de l?Amérique latine s?est transformée, ou si ce mouvement relève seulement d?un mirage du XXIe siècle, d?une vague qui laissera quelques remous mais guère plus. Parce que, comme le dit Lagos, « la gauche a revêtu les habits de la démocratie, mais il n?est pas évident que la démocratie souhaite revêtir les habits de la gauche ».
- Dial ? Diffusion d?information sur l?Amérique latine ? D 2916.
- Traduction de Gilles Renaud pour Dial.
- Source (espagnol) : Noticias Aliadas, volume 24, n° 1, 24 janvier 2007.
En cas de reproduction, mentionner au moins l?auteur, le traducteur, la source française (Dial) et l?adresse internet de l?article.
Notes
[1] En statistique, ce truisme s?appelle d?ailleurs Loi normale ou de Gauss, dont la représentation est une courbe en cloche (le nombre d?individus situés aux alentours du centre est fortement supérieur à celui de ceux situés en périphérie, d?où la forme en cloche de la courbe).
[2] Voir « COLOMBIA - A Alvaro Uribe sólo le gana la abstención ».
[3] Voir « MEXICO - El veredicto electoral en manos de siete notables », « MEXICO - La Derecha Llega al Poder », DIAL 2893 « MEXIQUE - Un pays, deux présidents » et « MEXICO - Felipe Calderón se impuso la banda presidencial en San Lázaro ».
[4] Voir « CHILE - Michelle Bachelet, primera mujer en la presidencia ».
[5] Voir « BRASIL - Luiz Inácio Lula da Silva es reelecto en la segunda vuelta de las elecciones presidenciales » et « BRASIL - Lula da Silva asume su segundo periodo presidencial ».
[6] Voir « NICARAGUA - Daniel Ortega logra triunfó tras escrutarse más del 90 por ciento de votos », « NICARAGUA - Fue difícil ganar las elecciones. Mucho más difícil será gobernar » et « NICARAGUA - Sandinista Daniel Ortega tomó posesión como presidente de Nicaragua ».
[7] Voir « ECUADOR - Correa afianza ventaja con más de 15 puntos porcentuales sobre Noboa » et DIAL 2911 « ÉQUATEUR - Nouveau gouvernement de gauche, quelles perspectives ? ».
[8] Voir « VENEZUELA - Hugo Chávez logra el 61.35% de los votos (por Rebelión) » et « VENEZUELA - Chávez emprende gira latinoamericana tras su proclamación com presidente reelecto ».
[9] Voir « PERÚ - El Nuevo Presidente Alan García Buscará Fomentar "Buenas Relaciones y Respeto" con Venezuela ».
[10] Voir BOLIVIA - Primera mirada a las Elecciones del día 18 de diciembre et DIAL 2850 « BOLIVIE - Propos et perspectives d?Evo Morales ».
[11] Voir DIAL 2865 « HAITI - Préval et les perspectives populaires.
[12] ALCA en anglais, ZLÉA en français.
  #1  
By bana2166 on 02-28-07, 09:26 PM
news HAITI - Préval et les perspectives populaires

HAITI - Préval et les perspectives populaires
Mercredi 1er mars 2006,
René Préval a été confortablemnt élu président de Haïti, malgré les difficultés lors du dépouillement du scrutin. L?existence d?une majorité est un événement important dans ce pays aux candidats multiples, pauvre, agité par trop de violences, dont les espérances ont été si souvent trompées. Dans un article qu?il nous a fait parvenir, daté du 20 février, Marc-Arthur Fils-Aimé, directeur général de l?Institut culturel Karl Lévêque (Port-au Prince, Haïti) nous fait part de ses réflexions sur la venue de René Préval au pouvoir, les raisons de sa victoire, les tâches qui l?attendent et ses chances de réussite.
D?où est sortie cette marée populaire qui a opté pour René Préval
Ce qu?il a à son actif
Ce soutien à l?ancien président ne relève pas du hasard malgré le caractère un peu taciturne de sa campagne électorale. Il a à son actif ses maigres réalisations, pourtant, supérieures à celles de beaucoup d?autres gouvernements antérieurs, au niveau de l?infrastructure routière et scolaire à travers le pays, sa réforme agraire malgré toutes ses limites, et son comportement non - hautain du pouvoir. Tout cela couronné par sa franchise et son honnêteté vis-à-vis des deniers publics. Sa mi-distance avec Aristide a contribué aussi à lui apporter le support de certaines fractions anti-aristidiennes des classes moyennes sans négliger paradoxalement non plus le poids d?Aristide dans la balance. La plupart des partisans de ce dernier, même ceux et celles qui ne rêvent plus à son retour, espèrent retrouver chez le nouvel élu la « sensibilité » et « l?amour des pauvres » de l?ancien prêtre salésien. D?aucuns supposent que Préval est le seul de tous les candidats en lice capable de mettre fin au cycle de la violence qui endeuille toutes les classes sociales.
L?échec du gouvernement technocrate
L?échec du gouvernement de transition a poussé aussi le peuple du côté de Préval. La nation n?a pas vraiment avancé sous la baguette de ce que l?on se plaît à appeler le gouvernement des technocrates, comme si la politique était soumise totalement à la technocratie. Ce gouvernement avait concédé 2 ans de franchise à la grande bourgeoisie pour compenser sa perte lors des turbulences anti-Aristide de 2004. Pourtant, la cherté de la vie n?avait jamais atteint ce pic. Les milieux populaires qui ont lié ces deux éléments (l?échec du gouvernement et l?égoïsme de la bourgeoisie), n?ont pas caché leur déception. Le choix ne se veut pas seulement une simple attitude sentimentale, il a clairement un caractère de classe. Il est très difficile pourtant d?affirmer qu?on s?achemine vers un pouvoir alternatif, consciemment choisi par un prolétariat ou par des classes populaires organisées sans nier quand même un certain véhicule favorisant la circulation et le respect des mots d?ordre donnés. C?est le rejet par un nombre impressionnant des défavorisés des quartiers populaires de la classe politique traditionnelle qui a propulsé à nouveau Préval au-devant de la scène politique haïtienne. L?absence remarquable d?un mouvement populaire fort et cohérent lui a aussi pavé la voie.
Préval et les perspectives populaires
Cette population n?a pas dépensé toute son énergie pour le simple retour de Préval à la première magistrature de l?Etat. Si son vote signifie le rejet de la classe politique traditionnelle et de ses alliés toujours composés des grands propriétaires fonciers, des tenants des banques et des grandes maisons commerciales et industrielles, elle attend de lui un mieux être réel, non démagogique, à court terme. Le cinquante -cinquième président de la République d?Haïti ne pourra plus continuer à chevaucher simultanément le camp populaire et celui de la bourgeoisie. Il lui faut, même s?il ne se sent pas prêt ou s?il refuse idéologiquement à mener une lutte frontale contre les classes dominantes haïtiennes conservatrices et récalcitrantes de par leur nature, prendre des mesures drastiques pour exiger de ces dernières de se conformer aux règlements fiscaux, et pour payer les impôts, une telle décision qu?elles n?ont jamais voulu accepter.
Nous décelons ici une première source de confrontation entre cette classe rétrograde et le nouveau gouvernement, vu cette franchise douanière mentionnée plus haut. S?il entend imprimer une nouvelle facette à son nouveau mandat, différente du premier, ses premiers ennemis se recruteront aussi dans l?administration publique parmi la plupart de ses membres rompus à la corruption. Pourtant, ces recettes devraient constituer sa première source de financements pour répondre à certains besoins urgents et populaires et pour empêcher que cette même popularité ne soit retournée contre lui en faveur de l?exilé d?Afrique du Sud et de ses plus fidèles alliés toujours à l?affût bien que le président Préval ne puisse assumer ou du moins tout au début de son administration son retour que ne souhaitent pas de larges couches nationales et beaucoup de dirigeants des grandes puissances. La secrétaire d?Etat des Etats-Unis, Condoleeza Rice, s?est opposée publiquement à la présence de l?hôte de Nelson Mandela sur sa terre natale.
L?argent ne sera pas versé à flots au nouveau président
Le Cadre de coopération international (le CCI), a déjà hypothéqué plus d?un an et demi de son mandat. La dernière entente conclue entre le binôme Alexandre/Latortue le lie jusqu?en septembre 2007, bien que cette communauté internationale n?ait répondu que très partiellement à tous ses engagements envers ses poulains de la transition. Pourquoi cette communauté internationale deviendrait subitement plus conciliante avec Préval qu?avec le gouvernement intérimaire qui est le résultat immédiat de ses démarches ? Ce n?est pas d?aujourd?hui que se déploie une tendance au niveau d?un certain courant dirigeant international pour mettre Haïti sous tutelle sous prétexte que ce pays est devenu une entité chaotique et ingouvernable. Cependant les évènements du 7 février de cette année ont déjoué cette fois encore ce plan concocté de longue date dans certaines ambassades étrangères.
Une autre attente populaire qui semblera orientée à très court terme le gouvernement de Préval est son attitude vis-à-vis de l?occupation qui n?a rien apporté de bénéfique au pays. Il avait promis pendant sa campagne électorale de garder la présence de ces troupes sur le territoire national tout en modifiant son mandat s?il arrivait à gagner les élections. Les supporteurs de cette force font croire que sans la MINUSTAH, il y aurait déjà au moins un coup d?Etat. De qui ? Qui fomente généralement ces coups d?Etat ici et ailleurs ? Pourtant, pour tous les courants progressistes nationaux et internationaux, pour la grande majorité des organisations populaires, les forces occupantes n?ont pas leur place dans le pays qui a besoin d?autres aides plus conséquentes que les chars et les fusils étrangers.
En guise de conclusion
Préval a devant lui 5 longues années difficiles. Ses limites idéologiques et matérielles ne l?aideront pas à satisfaire la plupart des revendications populaires. Ses ennemis politiques de divers horizons ne tarderont pas non plus à lui mettre le bâton dans les roues d?autant que tout indique qu?il n?aura pas la majorité des deux Chambres pour soutenir ses initiatives. L?opposition, vu sa peur du peuple, se pencherait davantage vers le boycott latent ou violent pour faire écran à lavalasse [1] pour mieux se positionner aux prochaines élections. Sa seule planche de survie demeure le soutien infaillible politique des masses qui viennent de donner une leçon de lucidité à l?ensemble des classes dominantes et dirigeantes du monde entier qui ne se débarrasseront pas bientôt de tous leurs préjugés et stéréotypes anti-populaires. A la seule condition que Préval maintienne le cap de ses prétentions : changer ou du moins améliorer la vie de la majorité avec la promotion de la production nationale, une prétention malheureusement qui est incompatible avec le choix néolibéral de son premier quinquennat.
- Dial ? Diffusion d?information sur l?Amérique latine ? D 2865.
- Traduction Dial.
- Source (francais) : Institut culturel Karl Lévêque, février 2006.
En cas de reproduction, mentionner au moins l?auteur, la source française (Dial) et l?adresse internet de l?article.
Notes
[1] Parti de l?ex-président Aristide.
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