Délaissé après le 11 septembre 2001, le continent latino-américain est en train de reprendre de l'importance dans la politique étrangère américaine. Le président George Bush se rend en Amérique latine, du 8 au 14 mars, pour un voyage qui entend mettre l'accent sur la lutte contre les inégalités, ce que certains appellent déjà une "tournée anti-Chavez".
La Maison Blanche n'a pas pris de risques : M. Bush visite cinq pays amis - Brésil, Uruguay, Colombie, Guatemala et Mexique -, pour ce voyage présidentiel le plus long dans l'hémisphère Sud en six ans. Des manifestations sont attendues, dont une à Buenos Aires, le 9 mars, avec à sa tête le président vénézuélien, Hugo Chavez, alors que M. Bush sera de l'autre côté de la frontière, à Montevideo.

Avant de partir, le président américain a exposé, lundi 5 mars, la nouvelle orientation qu'entend prendre sa politique, axée depuis la présidence de son père et celle de Bill Clinton sur le seul message de la libéralisation commerciale, porteuse de prospérité. "En dépit des avancées, des dizaines de millions de personnes, dans notre hémisphère, restent immobilisées dans une situation de pauvreté", a-t-il constaté. Utilisant l'espagnol, qu'il a pratiqué comme gouverneur du Texas, M. Bush s'est adressé aux trabajadores (travailleurs) et aux campesinos (paysans) d'Amérique latine : "Les Etats-Unis sont vos amis. Nous nous soucions de vos difficultés."
Il a dénoncé les "fausses promesses" des populistes de gauche qui font vibrer l'antiaméricanisme sur le continent. "Le fait est que des dizaines de millions de nos frères et soeurs du Sud n'ont pas vu beaucoup d'amélioration dans leur vie quotidienne. Cela a conduit à certaines interrogations sur la valeur de la démocratie", a-t-il reconnu.
M. Bush a annoncé un ensemble de mesures susceptibles de rivaliser avec l'assistance offerte aux pays de la région par le Venezuela et, sur le plan médical, par Cuba, qui forme des milliers de médecins originaires de toute la région. Un centre de formation aux professions de santé sera donc construit par les Etats-Unis au Panama. Un navire militaire médical américain, le Comfort, fera escale, à partir de juin, à Belize, au Guatemala, au Panama, au Nicaragua, au Salvador, au Pérou, en Equateur, en Colombie, à Haïti, à Trinidad et Tobago, en Guyane et au Suriname, pour soigner les pauvres et pratiquer des interventions chirurgicales.

Le président américain a aussi annoncé le déblocage de 75 millions de dollars pour offrir des bourses d'études aux jeunes défavorisés qui voudraient apprendre l'anglais. Selon les chiffres officiels, l'assistance américaine a doublé depuis que M. Bush est président pour atteindre 1,6 milliard de dollars par an. Mais les critiques font remarquer que l'essentiel de cette aide est consacré à la lutte contre les narco-trafiquants en Colombie. Concluant son discours, M. Bush a cité Simon Bolivar, le héros de l'indépendance revendiqué par M. Chavez, qu'il a comparé à George Washington, rebaptisé Jorge, sous les rires.

La réflexion américaine a été alimentée par plusieurs constats : l'importance de ne pas laisser au Venezuela le champ libre pour étendre son influence, et la démographie, qui fait désormais des Etats-Unis le troisième pays hispanophone de la région. Pour Thomas Shannon, le responsable de l'Amérique latine au département d'Etat, il est urgent de retourner aux sources qui firent du siège de l'Organisation des Etats américains (OEA) l'un des bâtiments les mieux situés de Washington. "A un moment où la presse fait son miel des divisions, il est important de mettre l'accent sur l'unité panaméricaine."

Après une année 2006 remplie d'élections en Amérique latine, Washington entend faire de 2007 une "année de contacts". Face à des sociétés où le problème dominant est la répartition des richesses, le discours américain entend désormais se focaliser sur le développement. "Il ne s'agit pas d'idéologie. Nous devons montrer que les démocraties peuvent produire des résultats en ce sens, dit M. Shannon. Quand nous parlons de commerce, nous parlons de développement et de lutte contre la pauvreté."