Agence France-Presse--Washington
L'étau se resserre autour du ministre américain de la Justice, Alberto Gonzales, alors que l'enquête du Congrès sur le renvoi de huit procureurs l'année dernière apporte chaque jour son lot de révélations embarrassantes.
Lundi soir, une proche collaboratrice du ministre, Monica Goodling, chargée notamment de faire la liaison entre le ministère et la Maison-Blanche, a annoncé qu'elle refusait de répondre aux questions des parlementaires, invoquant son droit à ne pas s'auto-incriminer.
«Le contexte hostile et discutable des la procédure actuelle au Congrès est pour le moins ambigu; plus précisément, ce contexte peut être décrit comme légalement périlleux», a expliqué dans un communiqué l'avocat de Mme Goodling, John Dowd.
Vendredi, des documents transmis par le ministère au Congrès ont montré que M. Gonzales avait probablement été plus impliqué dans le processus de décision que ce qu'il avait jusqu'à présent reconnu.
Il y a deux semaines, il avait affirmé que son chef de cabinet, Kyle Sampson, qui venait de démissionner, s'était occupé seul de ce dossier, sans jamais en discuter avec lui.
Mais selon les copies de courriers électroniques et d'autres documents rendues publiques vendredi, M. Gonzales a participé le 27 novembre à une réunion d'une heure avec M. Sampson pour discuter des limogeages dont la liste aurait été finalisée 10 jours plus tard.
Contrairement à Mme Goodling, M. Sampson a accepté de témoigner sous serment devant les parlementaires. Il est attendu jeudi devant la Commission des affaires judiciaires du Sénat, qui cherche à savoir pourquoi les procureurs ont été renvoyés, et à quel degré le ministre et la Maison-Blanche ont été impliqués dans cette décision.
Les procureurs fédéraux sont nommés par le président, qui peut les renvoyer quand il le souhaite. Mais cette pratique, courante lors d'un changement d'administration, n'est pas dans les usages en cours de mandat, et de nombreux démocrates dénoncent une manipulation politique de la justice.
Les errements de l'administration Bush face à la polémique n'ont fait que renforcer les appels à la démission du ministre côté démocrate, alors que le président George W. Bush reste quasiment le seul côté républicain à soutenir publiquement M. Gonzales.
«Le responsable de l'application de la loi dans le pays ne peut pas avoir un nuage de doute planant au-dessus de sa crédibilité», a déclaré le sénateur républicain Charles Hagel sur ABC dimanche. «Si nous découvrons qu'il n'a pas été franc et sincère, il ne pourra pas rester», a ajouté son collègue Arlen Specter.
Un troisième sénateur républicain, Lindsay Graham, a expliqué qu'il aimait «beaucoup» M. Gonzales, mais que le ministre allait devoir venir s'expliquer devant le Sénat «et restaurer sa crédibilité».
Comme tous les ministres américains, M. Gonzales se rend plusieurs fois par an devant une commission du Sénat pour défendre son action et répondre aux questions des parlementaires. Sa prochaine audition, prévue de longue date, doit se tenir 17 avril.
Lundi soir, le ministre a répété sur la chaîne NBC qu'il ne s'était «rien passé d'inconvenant» dans le renvoi des procureurs.
Prenant un ton plus personnel, il a également expliqué que lui-même et sa famille avaient été «réellement blessés» par les attaques sur sa crédibilité. «Vous savez, j'ai grandi avec rien d'autre que mon intégrité», a déclaré ce fils d'une famille modeste de huit enfant originaire du Mexique.
«Un jour, je quitterai mes fonctions, et j'ai confiance que je partirai avec mon intégrité», a-t-il ajouté.