MATIÈRES PREMIÈRES / Production de banane en République dominicaine : forte contribution des migrants haïtiens
Les exportations de la banane dominicaine vers l'Union européenne ont doublé en janvier 2007 par rapport à janvier 2006. Cela fait de l'île caribéenne le deuxième fournisseur ACP pour cette période, au coude à coude avec les deux poids lourds de la zone, le Cameroun et la Côte d'Ivoire qui fournissent sur l'année plus de la moitié de la banane ACP consommée en Europe. Une position tout à fait inhabituelle, pas forcément significative sur une plus grande durée mais qui témoigne, au moins, de la percée du fruit sur le marché européen ; un chiffre exceptionnel qu'on peut aussi rapprocher de la décision prise par Sainsbury : il y a un mois, la troisième enseigne de la grande distribution britannique annonçait qu'il n'y aurait dorénavant plus que de la banane équitable dans ses rayons.

C'est précisément ce créneau commercial allié au bio qui a relancé les exportations de la République dominicaine. Grâce à la détermination de quelques sociétés qui ont su fédérer les petits producteurs et organiser la filière. Hervé Huort, importateur français de banane équitable, estime que la moitié de la production dominicaine est certifiée équitable. Quant à l'appellation bio, elle concerne quasiment toute la production, même si tout n'est pas vendu sous ce label, précise notre interlocuteur. Cette option permet d'obtenir une prime sur le prix tout en se réservant la possibilité d'écouler les excédents sur le marché de la banane ordinaire. Les planteurs dominicains peuvent se passer des pesticides car leur île est épargnée par la forme la plus sévère de cercosporiose, une maladie fatale au bananier qu'on ne peut éradiquer qu'avec un recours massif aux produits chimiques.

La présence de migrants haïtiens est un autre élément non négligeable du dynamisme de la filière. C'est une réserve de main d'oeuvre pour un secteur où le recrutement est de plus en plus difficile en raison de la pénibilité du travail. Par ailleurs, la République dominicaine profite des voies commerciales établies par les poids lourds latinos et de la proximité des États-Unis où elle peut expédier une partie de sa production. Le volume total se monterait à 250 000 tonnes par an. Il progressera tant que la maladie restera sous contrôle, et surtout tant que des terres seront disponibles pour être transformées en bananeraies car, ne pouvant bénéficier de l'augmentation des rendements liés à l'emploi d'intrants, le développement de la filière bio dépend entièrement de l'extension des cultures.
Source : RFI