Nicolas Sarkozy réussit son double pari d'arriver en tête du premier tour de l'élection présidentielle et de contenir le Front national. Ségolène Royal efface pour la gauche le traumatisme du 21 avril 2002 et se qualifie avec un score honorable pour le second tour. De son côté, et malgré son très bon résultat, François Bayrou n'empêche pas un second tour qui verra le retour de l'affrontement classique entre la gauche et la droite, logique qu'il a tenté de bousculer sans y parvenir.
NICOLAS SARKOZY EN POSITION FAVORABLE POUR LE SECOND TOUR
Le résultat de Nicolas Sarkozy est un succès personnel. Avec un score autour de 30 % (moyenne des estimations Ipsos, TNS-Sofres, CSA, IFOP), il atteint un niveau élevé au regard de la concurrence à droite (MM. Le Pen et Bayrou) et de l'histoire électorale. Hormis les scrutins atypiques de 1965 (élection du général de Gaulle) et de 1969 (effacement de la gauche), son score s'approche de celui de Valéry Giscard d'Estaing, vainqueur de 1974 avec 32,6 % des suffrages au premier tour ; il dépasse tous les scores de Jacques Chirac, ceux de ses défaites de 1981 (18 %) et de 1988 (19,9 %), comme ceux de ses victoires de 1995 (20,8 %) et 2002 (19,9 %).

C'est aussi un résultat record pour la droite républicaine (52 % pour le total des voix Sarkozy et Bayrou, même si cette totalisation peut prêter à discussion) ou pour la droite dans son ensemble (65 % des voix en incluant l'extrême droite). La droite fait aujourd'hui plus qu'aux premiers tours de toutes les élections depuis 1969. C'est là l'illustration du virage à droite de la société, pas seulement électoralement, mais davantage sur le plan des valeurs et des attentes.

C'est enfin un succès stratégique. Avec le "confinement" de Jean-Marie Le Pen obtenu en choisissant de droitiser fortement sa campagne au risque de laisser le centre vacant, il reproduit avec une réussite presque comparable, la stratégie de François Mitterrand à l'égard du PC en 1981. Pour la première fois depuis 1988, le score de Jean-Marie Le Pen est en baisse à une élection présidentielle. En revanche, le renouveau d'un courant centriste peut apparaître comme un demi-échec du président de l'UMP, dont le parti fut créé en 2002 avec pour ambition de fédérer l'ensemble des sensibilités de la droite. Au soir de 2007, les droites "réaffirment leur pluralité historique" (René Rémond).
SÉGOLÈNE ROYAL ET LA GAUCHE EN SITUATION DE FRAGILITÉ
Avec environ 25,5 % des voix au premier tour, Ségolène Royal réalise un score honorable, dans la lignée des scores socialistes aux élections présidentielles depuis 1981. Elle fait mieux que les 23 % des voix de Jospin, Chevènement et Taubira réunis en 2002, mieux que les 23 % de Lionel Jospin en 1995, et un score proche de celui de François Mitterrand, vainqueur de l'élection présidentielle de 1981 (25,8 %). De ce point de vue, le courant socialiste et elle-même peuvent se sentir confortés. Cependant, cette semi-victoire se fait au détriment des partenaires traditionnels de la gauche et doit compter avec un centre qui a attiré une proportion élevée de ses électeurs potentiels.
Le PC et les Verts sont réduits à la portion congrue. Les deux anciens ministres de l'ex-gauche plurielle, Marie-George Buffet et Dominique Voyet, ne réalisent à elles deux que 3,5 % des voix. L'extrême gauche dispersée réalise un total de moins de 8 % là où elle dépassait 10 % en 2002.

C'est donc une élection où la gauche est historiquement faible. Avec moins de 37 % des voix, elle réalise son plus mauvais score depuis 1974. Elle se situe en deça de son score pourtant décevant de 2002 au premier tour (43 %) et si Ségolène Royal peut prétendre approcher le score de Mitterrand de 1981, le total des voix de gauche (37 %) ne rivalise en rien avec celui d'alors, qui flirtait avec les 50 % de suffrages exprimés au premier tour. Ségolène Royal, porteuse des valeurs de la gauche mais également la plus à droite des candidats socialistes, se trouve en position délicate pour affirmer les enjeux de solidarité et répondre aux attentes de l'électorat qui se focalise sur le social, demandes auxquelles elle n'a su répondre que partiellement dans la campagne du premier tour.
UN CENTRISME RENOVÉ DÉTENANT EN PARTIE LES CLÉS DU SECOND TOUR

Au regard de l'histoire électorale, il paraît clair que le candidat de l'UMP est en position plus confortable que celui du PS. Mais l'émergence de François Bayrou, à la fois représentant d'un centre traditionnel et d'une force inédite, s'approchant davantage d'un parti central comme on en trouve dans certains pays européens que de la tradition française d'un centre droit, tend à brouiller les repères classiques de l'analyse et des comparaisons des rapports de forces gauche-droite. Tout comme François Bayrou a réussi à émerger en dehors de ce clivage dans cette campagne, il brouille les repères électoraux classiques et les traditions politiques de l'entre-deux tours. Porteur d'une protestation ("un nuage de purée protestataire au centre de l'échiquier", selon Marcel Gauchet) ou d'une rénovation profonde de la vie politique comme il le déclare lui-même ("rien ne sera plus comme avant"), il détient en partie les clés du second tour.