France Présidentielle 2007: Les Guyanais ne sont plus les électeurs de la 25ème heure

62 526 électeurs guyanais étaient appelés aux urnes ce samedi, à la veille du scrutin dans l'Hexagone, pour élire le président de la République. Une disposition adoptée en 2005 pour les européennes et mise en place cette année pour la première fois à l'occasion d'un scrutin présidentiel. Ainsi, les électeurs d'outre-mer n'ont plus connaissances des premières estimations avant d'aller voter, à cause du décalage horaire (5 heures de moins en Guyane par rapport à Paris). Le 21 avril 2002, les électeurs guyanais avaient entendu Lionel Jospin annoncer son retrait de la politique alors que le premier tour du scrutin présidentiel n'était pas terminé dans ce département français d'Amérique du Sud. Cette mesure semble porter ses fruits : au premier tour, le 21 avril dernier, 58,76% des Guyanais avaient voté, soit 12% de plus qu'en 2002. Et à 11 heures locales, ce samedi 5 mai, le taux de participation était déjà de 6 points au-dessus de celui du premier tour.
De notre correspondant en Guyane

7h30 ce matin à Matoury (15 km de Cayenne) devant l'école primaire de Balata Ouest : les voitures garées des deux côtés de la ruelle laissent un étroit passage. Une cinquantaine de personnes en file indienne patientent sous le préau, une demi-heure avant l'ouverture du bureau de vote installé dans l'école. C'est dans ce bureau de Balata Ouest qu'avait été établi une sorte de record, lors du premier tour, le 21 avril dernier. Les électeurs s'y étaient déplacés plus nombreux qu'à l'accoutumée et que sur l'ensemble du département (67% de participation pour 58,76% sur l'ensemble de la Guyane), tant et si bien que le dernier électeur y avait déposé son bulletin dans l'urne à 19h30 passées soit plus d'1 heure 30 après la «clôture» du scrutin et la fermeture des accès de l'école surveillés par la police municipale. Le dépouillement, lui, s'était achevé après 23 heures ! «On a été surpris. Il y a maintenant beaucoup d'électeurs d'origine étrangère naturalisés ainsi que leurs enfants qui viennent voter» estimait un conseiller municipal de Matoury, à l'issue du premier tour.

«Les gens assimilent ce vote à la résolution des problèmes de violence»
Aujourd'hui, l'afflux d'électeurs à Balata Ouest semble se confirmer : «Il y a deux semaines, j'étais venu à midi et j'avais voté à 14 heures» indique Raymond, dans la file indienne des électeurs, peu après l'ouverture du bureau, «aujourd'hui, je suis venu avant 8 heures pour essayer de voter plus rapidement mais apparemment ça n'a pas changé, il y a toujours autant de monde. Il y a de gros enjeux, les médias l'ont bien expliqué. Mon fils qui a 30 ans a décidé d'aller voter pour la première fois de sa vie lors de ces présidentielles».


Non loin, Victor, la cinquantaine, explique les raisons de son vote très matinal. «C'est pour une raison bien précise, je dois être à 11h30 précises à Saint-Laurent du Maroni (à 260 km) et je ne pense pas être revenu avant la fermeture du bureau. Concernant l'afflux d'électeurs, je l'explique par un intérêt pour ce scrutin bien davantage que par le fait de voter la veille : les Guyanais assimilent ce vote à la résolution des problèmes de violence. A l'instar de ce qui se passe au niveau national. Pour ma part, lorsqu'on votait le dimanche, je m'arrangeais pour voter avant 15 heures (20 heure à Paris, heure des premières estimations en métropole) pour échapper aux premières estimations de l'Hexagone». Que ce soit le samedi ou le dimanche, Eugénie, 76 ans dans 3 jours, a toujours voté «je n'ai jamais raté un vote en Guyane depuis ma majorité, car je pense que c'est un devoir et je ne veux pas qu'on décide pour moi. Hélas, si j'ai 17 petits enfants, 7 sont majeurs et 5 ne sont même pas inscrits».

Les adventistes vont voter après le coucher du soleil

Gaston Bresseau, 56 ans né à Aquin en Haïti, naturalisé depuis 2004, effectue avec conviction son devoir de citoyen français : «Je suis arrivé en Guyane en 1973 et j'ai été naturalisé français il y a 3 ans. Donc, je vote pour le président de la République française cette année pour la première fois de ma vie. C'est important pour moi parce que le président c'est la loi. C'est bien mieux de voter la veille parce qu'avant, lorsque la Guyane votait le dimanche, les résultats en France étaient déjà tombés au moment où les électeurs allaient voter». Au bout d'une file indienne d'une centaine de personnes, vers 8 h 15, Thierry constate : «Je suis venu voter tôt le matin pour avoir ma journée libre mais je vois que tout le monde à eu la même idée, c'est une bonne chose, ça prouve que les gens sont très intéressés par ce vote d'autant plus qu'en votant la veille on est les premiers, on n'a pas l'analyse des résultats de la métropole et on se sent plus concernés». «J'ai bien l'impression que c'est reparti comme il y a 2 semaines» confie, pour sa part, Jean-Claude Némor, employé de la commune de Matoury, chargé du bon déroulement du scrutin.


Ce soir, le bureau de Balata Ouest fermera à 19 heures, au lieu de 18 heures lors du premier tour. Un arrêté préfectoral du 27 avril a en effet repoussé d'une heure en Guyane, la fermeture des bureaux de vote des 5 communes les plus importantes en termes d'électorat : Cayenne, Rémire-Montjoly, Matoury, Kourou et Saint-Laurent du Maroni. La décision a fait suite à un courrier adressé la veille au préfet par le président de l'association des maires de Guyane et maire de Matoury, Jean-Pierre Roumillac, saisi par la communauté adventiste locale. «Nous avions saisi l'association des maires pour permettre le vote de nos fidèles puisque pour les adventistes la période de sabbat qui court du vendredi soir au samedi avant le coucher du soleil est consacrée aux activités religieuses. Et le vote, s'il est un acte civique reconnu par les adventistes, n'est pas une activité religieuse. C'est une très bonne chose que le préfet ait accédé à notre requête pour ce deuxième tour, parce qu'au premier tour, la quasi-totalité de nos fidèles, soit 1 500 électeurs, n'était pas allé voter», explique Norbert Kancel, pasteur et président de la mission des adventistes de Guyane qui revendique «entre 2 100 et 2 500 adeptes en Guyane».

Le coucher du soleil étant estimé vers 18h30 en Guyane, «à Balata Ouest, on s'attend à voir arriver un afflux d'adventistes juste avant la fermeture du bureau. Ce sera encore à une longue journée», souffle Jean-Claude Némor. Avec des électeurs motivés : à 11 heures (16 heures à Paris), la participation en Guyane était déjà de 24,72% au lieu de 18,68% lors du premier tour à la même heure, il y a deux semaines à la grande satisfaction de Christiane Taubira venue voter à vélo peu avant midi dans une école de Cayenne : «La participation des Guyanais s'explique par le fait qu'il n'y a plus que deux candidats en lice, et surtout parce que ce sont deux candidats si différents. Les Guyanais ont compris l'extrême importance de cette élection. C'est un scrutin mobilisateur», a expliqué la députée guyanaise.