La politique étrangère française va connaître une atténuation et la France risque de devenir le 3e porte-parole mondial de l'unilatéralisme américain. C'est du moins ce que pensent des spécialistes haïtiens en relations internationales 24 heures après l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidentielle française, le 6 mai 2007.
« Avec l'élection de Nicolas Sarkozy, la France risque de devenir le 3e porte-parole, après la Grande-Bretagne et le Canada, de l'unilatéralisme néolibéral dominé par les Etats-Unis », a commenté le professeur Osner H. Févry, politologue et professeur de relations internationales aux universités, en référence à la victoire du candidat de l'UMP au 2e tour de la présidentielle française.
« Il est certain qu'avec le président Sarkozy, présenté à tort ou à raison comme un ami fidèle des Américains, la politique étrangère chiraquienne faite de panaches et de ruptures risque d'être atténuée », a, pour sa part, nuancé le professeur Denis Régis, spécialiste en droit international et directeur du Centre d'Eudes diplomatiques et internationales (CEDI).
Peu après l'annonce de son élection dimanche soir, Nicolas Sarkozy s'est adressée à la nation française et à ses partisans qui l'ont propulsé au sommet de la magistrature de l'Hexagone. S'adressant aux Etats-Unis, le nouvel homme fort de la France leur a assuré qu'ils peuvent compter sur l'amitié française, à la seule différence que les Américains doivent accepter que l'amie française puisse penser différemment.

Le président américain George W. Bush a été l'un des premiers à féliciter dimanche M. Sarkozy pour sa victoire à l'élection présidentielle française. La presse américaine, pour sa part, lui a consacré lundi ses gros titres, saluant le fait qu'il se présente comme un ami des Etats-Unis. La Maison Blanche, quant, à elle, s'est félicitée lundi de l'arrivée de M. Sarkozy à l'Elysée. "Nous savons qu'il y aura des sujets de désaccord mais, d'un autre côté, il y a certainement de réelles chances de travailler ensemble sur un vaste éventail de questions", a indiqué le porte-parole de la présidence américaine, Tony Snow.

« La politique extérieure de la France va être nécessairement le produit d'une politique intérieure d'ajustement et de consolidation. Structurelle dans le cadre des grades exigences de la mondialisation », a prophétisé le professeur Févry interrogé par Le Nouvelliste. « Cette politique, a-t-il poursuivi, touchera donc l'Europe par une nouvelle orientation d'intégration économique à caractère néolibéral qui sera sans doute marquée par des privations de plus en plus sauvages que la gouvernance Sarkozy va soutenir. »

Selon le professeur Denis Régis, la politique extérieure de la France, depuis le général de Gaulle, a toujours été marquée par une certaine indépendance de ton et d'esprit à l'égard des Etats-Unis. Après Charles de Gaulle, cette politique extérieure a connu des inflexions correspondant à la personnalité du chef de l'Etat français. Le directeur du CEDI a estimé qu'avec le président Chirac, cette politique extérieure a semblé renouer avec la politique gaullienne, notamment lorsqu'il s'agissait pour les Etats-Unis et leurs alliés d'envahir l'Irak en 2001.
Cependant, sur le plan extérieur, selon le professeur Févry, cette politique risque de ravaler la France au rang de 3e porte-parole des Etats-Unis et de sa politique néolibérale. Il a toutefois atténué ses propos en considérant la montée de Mme Royal, première femme à avoir accédé au 2e tour de la présidentielle française. .

« En raison, dit-il, du nouveau symbole que représente Ségolène Royal, et la prise de conscience par les élites françaises de l'état de la gauche française, les forces disparates du centre démocratique et celles d'extrême gauche et du centre-gauche vont s'allier dans une sorte de mouvement national, véritable répétition ou même réédition de mai 1968, pour bloquer le projet américain de Sarkozy et probablement aboutir à un consensus entre la gauche et la droite pour former sans doute un gouvernement de coalition droite et gauche que seule la France a la capacité morale et l'autorité politique, en plus de l'expérience historique et républicaine, d'en imposer le modèle au monde. »

Nicolas Sarkozy, candidat de la droite française, a remporté royalement le second tour de la présidentielle française avec 53,06% des voix contre 46,94% à la candidate socialiste. Des sa première prise de parole, il a félicité Mme Royal et les millions de Français qui ont voté pour elle. Assurant qu'il sera le président de tous les Français, il a appelé chacun à ne pas se laisser enfermer dans l'intolérance et dans le sectarisme, mais à s'ouvrir aux autres.
Dans cette première déclaration, a nommément cité Les Etats-Unis qu'il considère comme un Etat ami de la France. Il a également cité d'autres Etats et régions du monde pour lesquels il a de l'estime dont les pays de la Méditerranée de l'Afrique Sub-Saharienne ... et l'Europe. Toutefois, il n'a fait aucune allusion à la Russie de Vladimir Poutin. Une absence très remarquée tenant de ce que représente l'ancienne métropole de l'URSS, notamment pendant la période de la guerre froide.
Source: Le Nouvelliste