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Mali: Un échec personnel pour le président-candidat ATT

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Amadou Toumani Touré (ATT)
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Published by bana2166- 05-08-07
news Mali: Un échec personnel pour le président-candidat ATT

Mali: Un échec personnel pour le président-candidat ATT
Régression du taux de participation au scrutin tronqué du 29 avril - Soyons logiques ! Le discours de campagne du Général Amadou Toumani Touré s'articulait autour des thèmes suivants : Votez ATT, l'homme du 26 mars, le bâtisseur, qui a tant donné au peuple durant les cinq années passées, et qui pourrait tant lui apporter encore, les cinq prochaines années, le timonier qui a redonné au politique sa contenance citoyenne, le leader incontesté du plus grand parti du Mali, le parti de la demande sociale, bref, l'Homme exceptionnel, à la fois homme de bilan et d'espérance ; bref, manifestez lui votre adhésion de la façon la plus magistrale.
Si cela avait été un tant soit peu le cas, l'effet ATT sur ce scrutin aurait du se traduire par une incidence sur le taux de participation, d'au moins 25% de plus que celui de 2002. Or, bien au contraire, ce taux est en régression d'au moins 2%, en réalité de plus de 10% si on tient compte de la fraude massive observée.
Enfin ! Le Ministère de l'Administration Territoriale et des Collectivités Locales a fini par proclamer les résultats complets provisoires de la présidentielle du 29 avril. Ce fut bien laborieux, mais enfin, ils y sont arrivés ; enrichissant au passage, l'atypisme du label démocratique malien d'une technique nouvelle : la détermination des résultats électoraux complets par approximations successives.
A l'arrivée ? Des chiffres peu surprenants, au vu du dispositif électoral mis en place : un score style nord coréen offert au Général Amadou Toumani Touré (70%) ; 3% au maximum, pour chacun des autres candidats, à l'exception de IBK qui se voit «gratifié» de 19% !
Une des approximations dépasserait-elle les 100% des suffrages valides soit disant exprimés ? Peu importe ! Le cutter du laboratoire de distribution des suffrages et de formulation des résultats, fera les amputations et les imputations requises. La dernière approximation ne permettrait-elle pas de totaliser 100% ? Pas grave, pardi ! Il appartiendra à la Cour Constitutionnelle de procéder à l'approximation finale, qui sera réputée légale, nous apprend-on. Au dernier recollement, ou plutôt, au dernier racolage, au dernier rafistolage, en somme. La Cour Constitutionnelle malienne, dernier maillon du tripatouillage électoral ? Ce serait un comble ! Car, comme tout cela est déjà bien assez triste et pitoyable, pour une démocratie qui se veut exemplaire !
L'opinion la plus généralement partagée au Mali, comme l'a du reste rappelé le Général ATT, est qu'en 1997, nous le citons, il n'y a pas eu véritablement d'élections. Oh ! La belle gifle infligée à Me Kassoum Tapo (Président de la superpuissante ceni de l'époque), Dioncounda Taroré, Soumaïla Cissé, et même Madiassa Maguiraga (attributaire du marché du fihier électoral de 1997), grands acteurs de ce fiasco électoral, mais aujourd'hui grands animateurs du camp présidentiel. Mais, si en 1997 il n'y a pas eu d'élections, comment alors qualifier 2007, autrement que par «scrutin troufion», si l'on peut se permettre un tel néologisme ?
L'armée, les forces de sécurité, les gouverneurs, préfets et sous préfets, transformés en agents électoraux (plusieurs militaires étaient présidents de bureaux de vote) ; un fichier électoral abracadabrant à géométrie variable ; un bulletin unique non numéroté, confectionné sur feuilles volantes des plus ordinaires, et circulant comme des petits pains bien avant le jour du scrutin ; une pré votation à grande échelle pour le candidat ATT, le paroxysme ayant été atteint à Menaka où, au dépouillement, il s'est avéré que les bulletins favorables à ATT (ils seront tous validés malgré tout) étaient, très majoritairement, estampillés à l'encre rouge (la couleur de l'administration), alors que l'encre disponible dans les bureaux de vote était de couleur bleue (!!!) ; Les résultats électoraux qui tombaient, via le réseau intranet gouvernemental, sur le mail de la Présidence de la République, avant même d'être officiellement remis à la commission nationale de centralisation des votes ! Comment appeler autrement ce scrutin ?
Lorsque la cour Constitutionnelle se prononcera sur les recours déférés devant elle, nous proposerons une analyse plus exhaustive de cette élection, assurément présidentielle de la honte. Mais avant, et à l'étape actuelle du processus électoral, qu'il nous soit permis de risquer les deux réflexions suivantes :
1. La régression du taux de participation est un échec personnel du Président ATT.
2. De l'arrêt attendu de la Cour Constitutionnelle, suite aux requêtes qui lui sont soumises, dépendra très largement l'avènement immédiat de l'Etat de droit au Mali.
Un échec pour ATT
Soyons logiques ! Le discours de campagne du Général Amadou Toumani Touré s'articulait autour des thèmes suivants : Votez ATT, l'homme du 26 mars, le bâtisseur, qui a tant donné au peuple durant les cinq années passées, et qui pourrait tant lui apporter encore, les cinq prochaines années, le timonier qui a redonné au politique sa contenance citoyenne, le leader incontesté du plus grand parti du Mali, le parti de la demande sociale, bref, l'Homme exceptionnel, à la fois homme de bilan et d'espérance ; bref, manifestez lui votre adhésion de la façon la plus magistrale.
Si cela avait été un tant soit peu le cas, l'effet ATT sur ce scrutin aurait du se traduire par une incidence sur le taux de participation, d'au moins 25% de plus que celui de 2002. Or, bien au contraire, ce taux est en régression d'au moins 2%, en réalité de plus de 10% si on tient compte de la fraude massive observée.
Partout ailleurs, les élections d'enjeu comparable se sont traduites, avant tout, par un fort taux de participation.
En France, pour gommer l'effet Le Pen, au Brésil, au Vénézuela, en Argentine, en Algérie, au Bénin, au Sénégal, en Mauritanie, partout, le premier point qui a retenu l'attention des analystes et des observateurs, c'est la réponse à la problématique fondamentale suivante : le peuple s'est-il senti concerné ? S'est-il fortement impliqué ? S'est-il massivement exprimé ? C'est là une simple question de logique, ou de bon sens.
Au Mali, même les observateurs les plus partisans (parmi lesquels l'ancien Premier ministre d'Haïti, Mr. La Tortue, qui décernait des bons points démocratiques dès la veille du scrutin), ont eu à remarquer que les électeurs ont massivement boudé les urnes : manifestement, à peine 15% des Maliens se sont rendus, ce jour-là, aux urnes.
Bien entendu, les médias nationaux et internationaux de service, appelés à la rescousse, se sont attelés à détourner l'attention de cette régression, pour plutôt la focaliser sur la faiblesse du taux de participation, en tant que telle. Et que d'arguments spécieux pour expliquer cette dernière ! Les mêmes, qui ergotaient sur celle-ci, aux fins de vilipender Alpha Oumar Konaré qualifié alors de Président mal élu, les mêmes aujourd'hui, s'épanchent en arguties des plus oiseuses, pour la justifier.
Les mêmes, du reste, s'étaient fait remarquer en se focalisant sur les avantages présumés du bulletin unique, en occultant l'information, la vraie, à savoir que, malgré les requêtes de l'opposition, les bulletins uniques utilisés au Mali ont été confectionnés sur du papier ordinaire, qu'ils n'étaient pas numérotés, qu'ils étaient sur des feuilles volantes non réunis en carnets à souches. Et que de tels bulletins ne pouvaient que conduire à une mascarade électorale.
Or, c'est moins la faiblesse du taux de participation que sa régression, qu' il serait pertinent d'analyser. Celle-ci est en effet la preuve que l'image iconoclaste de ATT le bien aimé, l'adulé de son peuple, le vénéré selon certains, «plus grand que Sounjata et Firhun réunis» a-t-on déjà entendu, c'est du bidon. C'est du pipeau. Y croit-il vraiment lui-même ?
Le peuple sait, pour le vivre au quotidien, que le régime de ATT est caractérisé par les scandales financiers monstres concoctés à la sauce de l'impunité, et non par les logements dits sociaux, en réalité politiciens ; par l'exacerbation de sa précarité, et non par les petits bouts de voies de raccordement (les seuls dus à ATT) aux routes nationales issues du Plan Sectoriel du Transport (toutes, antérieures au régime ATT).
Le peuple vit dans sa chair et son âme le positionnement du Mali au 175ème rang sur les 177 pays classés par le PNUD selon l' Indice de Développement Humain. Il sait qu'un tel classement ne résulte point d'une lubie de statisticiens qui en voudraient (pour quelle raison ?) au Mali, mais bien de sa triste réalité de tous les jours.
Durant toute la campagne électorale, le peuple, impuissant mais perplexe, a vu caracoler dans le staff du candidat ATT, ces cadres et hommes d'affaires connus pour avoir littéralement pillé les caisses de l'Etat, dans des affaires des plus sordides.
Des gens pour la plupart épinglés dans des rapports bien ficelés, soit par la CASCA (organisme de contrôle créé par Alpha Oumar Konaré), soit par le Bureau du Vérificateur Général (installé par Amadou Toumani Touré) : affaires des criquets pèlerins, de la cmdt, de l'Office du Niger, des hydrocarbures, de la Chambre de commerce, des intrants livrés à la cmdt, de la BHM, de Francis, et tutti quanti. L'impunité est telle, sous ATT, que le peuple désigne les DAF sous le vocable, les mangeoires !
A voir ces voyous ânonner le slogan de campagne du Général, «ATT, le Mali qui gagne», le peuple, à juste titre, se pose la question de savoir quel est le Mali qui gagne sous ATT, le Mali de ces brigands ?
Et comment voulez-vous que le Président ATT puisse tirer au clair une seule de ces affaires, si jamais il s'avérait que ces délinquants auront participé, peu ou prou, à son effort de guerre électorale ?
La régression du taux de participation est donc un signal très fort du peuple. Il se sent moins concerné en 2007 qu'en 2002, parce qu'il a été trompé, abusé, berné, mystifié, illusionné, leurré, dupé. Et qu'il en a pris conscience. Les semences de sa révolte sont donc déjà en terre, et n'attendent qu'une occasion pour éclater. Et ce jour sera terrible…
L'avénement de l'Etat de droit
Toutes les démocraties émergentes africaines ont un handicap congénital commun : mettant la charrue avant les boeufs, elles veulent être des plus achevées, sans une effectivité préalable de l'Etat de droit. C'est-à-dire, d'un Etat qui ne souffre point du fait du prince, d'un système institutionnel dans lequel la puissance publique elle-même est soumise au droit. Un tel système suppose le respect scrupuleux de la hiérarchie des normes, l'égalité des sujets de droit (soumettant en particulier les décisions de l'Etat au principe de légalité), et last but not least, l'indépendance de la justice.
Lorsque la conférence nationale du Mali choisissait d'instituer un pouvoir judiciaire en lieu et place de l'autorité judiciaire figurant dans la constitution française (sa muse), les constituants mettaient au fond la famille judiciaire en mission : celle d'instaurer l'Etat de droit au Mali.
La voie était donc toute tracée. Il ne restait plus à la famille judiciaire que d'avoir le courage de s'y engouffrer, d'assumer en s'assumant. Elle se voyait ainsi dotée des instruments constitutionnels requis, pour accompagner la rupture politique ayant conduit au multipartisme par une véritable révolution juridique, qui aurait porté l'Etat de droit à son point de non retour.
Plusieurs situations se sont produites depuis, qui auraient pu faire en sorte que tel soit le cas. A commencer par le procès crimes de sang. Nous sommes de ceux qui avaient à l'époque pensé que la gestation de l'Etat de droit commençait à avorter au Mali, dès lors que les fameuses questions «Qui a tiré ? Qui a donné l'ordre de tirer ?» restaient sans réponse précise, pour finalement se noyer dans une fumeuse notion de responsabilité collective. «La Cour est suffisamment informée ! La question ne sera pas répondue !», ces phrases résonnent encore dans la conscience des Maliens. Ainsi, des colonels aux mains encore rouges du sang des martyrs ont-ils pu se retrouver dans le gouvernement de la transition démocratique.
Il en est de même, lorsqu'en 2002, il s'est agi de se pencher sur la candidature du Général Amadou Toumani Touré, retraité et non démissionnaire de l'armée. Le processus d'avortement de l'Etat de droit s'est empiré lorsque la Cour Constitutionnelle s'est prêtée à une interprétation laxiste d'une loi électorale pourtant très explicite en la matière. L'article 144 stipule en effet : «Tout membre des Forces Armées ou de Sécurité qui désire être candidat aux fonctions de Président de la République doit démissionner six mois avant l'ouverture de la campagne». C'est clair et net, et ne souffre d'aucune ambiguité.
Pourquoi diantre, la famille judiciaire refuse-t-elle de prendre son indépendance, alors que la Constitution du Mali le lui garantit sans ambages ? Par peur du pouvoir exécutif ? Par crainte des contingences politiques ? Ou alors, serait-ce donc vrai, ce que Mme le Bâtonnier, Me Fanta Sylla (l'actuel ministre de la Justice), avait proclamé lors d'une rentrée judiciaire, à savoir qu'au Mali, la magistrature est indépendante de tout, sauf de l'argent sale ?
L'histoire veut que la famille judiciaire, par la Cour Constitutionnelle, se trouve à nouveau face à son destin. Car nous venons d'assister à quelque chose de terrible. Malgré plusieurs mises en garde, le gouvernement de ATT a contraint tous les votants du 29 avril à apposer leurs empreintes digitales sur les bulletins de vote, transformant du coup le vote à bulletin secret en vote à bulletin apparent. En violation flagrante de la Constitution et de la loi électorale.
Nous avions peur que ce ne fusse le prélude à l'instauration au Mali d'un régime policier attentatoire aux libertés individuelles les plus élémentaires. Il semble bien que nos craintes étaient fondées. Il nous est revenu, en effet, que les votes regroupés des militaires et de leurs familles ont déjà permis au régime de scanner les empreintes sur l'ensemble des bulletins, aux fins de ficher avec précision les soldats qui n'auront pas voté pour le Général candidat.
A quelle fin ? Que cela soit vrai ou pas ? Peu importe ! L'essentiel est que cela soit techniquement possible. Mieux ! Le Président qui sera ainsi élu, par l'analyse des empreintes des bulletins des bureaux de vote ciblés, pourrait savoir si certaines personnes, de son entourage ou non, ont effectivement voté pour lui.
Ce débat s'est posé partout où l'on a choisi le principe du vote par bulletin unique. Il est consubstantiel à ce choix. En Mauritanie, en République Démocratique du Congo, aux Philippines, en Argentine, etc... Partout, il a été retenu que le choix du votant sur le bulletin unique se fasse à l'aide d'un signe standardisé, pictogramme ou tampon. Mais jamais de signature du bulletin de vote, encore moins d'empreinte digitale. Cela au nom des principes sacro-saints du secret du vote et du respect des libertés individuelles.
Le problème est posé à la Cour Constitutionnelle. Il lui appartiendra de dire le droit, rien que le droit, mais tout le droit. Le peuple malien l'observe. Les peuples du monde aussi. Qu'elle n'oublie pas que le socle de la paix sociale et civile, c'est la primauté du droit. C'est l'Etat de droit. De son arrêt, on saura si la démocratie malienne reste mineure ou pas, si notre pays est une «république aloko» ou pas.
La grande leçon que le Président ivoirien Laurent Gbagbo donne à l'Afrique est, justement, que la résolution de toute crise politique, quelle que soit son ampleur, réside dans le respect strict des textes fondamentaux de la République. Qu'aucun arrangement institutionnel n'est viable, s'il ne se fonde pas sur le socle du droit.
En tous les cas, si jamais ATT était déclaré élu dans les conditions de la mascarade électorale du 29 avril, il devra sa «victoire», plus à l'imprimerie de Jamil Bittar qu'au ramassis de politiciens lilliputiens gravitant autour de lui, ces nains politiques au tragique destin de forces supplétives à vie, sempiternels wagons condamnés à la recherche perpétuelle de locomotives derrière lesquelles s'accrocher.
Si jamais la réélection de ATT était confirmée par la Cour Constitutionnelle, alors il serait, légalement, le Président de la République du Mali, Chef de l'Etat, mais sa legitimité serait du même type que celle du Président actuel de la Chambre de Commerce et d'Industrie du Mali.
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