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Analyse: Nicolas Sarkozy, la France et son histoire

analyse_nicolas_sarkozy_la_france_et_son_histoire-h_9_ill_840149_01095457.jpgun meeting de l'UMP le 22 janvier 2003.
Nicolas Sarkozy, lors d'un meeting de l'UMP le 22 janvier 2003.
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Published by bana2166- 05-10-07
news Analyse: Nicolas Sarkozy, la France et son histoire

Le roman vrai de l'esclavage
09.05.07 | 15h23 • Mis à jour le 09.05.07 | 15h23
n 1788, quand commence la chronique de l'Habitation Bonaventure, domaine colonial fictif mais typique de l'époque en Martinique, les colons des Antilles françaises sont fort loin de penser qu'une révolution est imminente à Paris et que l'on va bientôt y adopter la Déclaration des droits de l'homme. Les planteurs de canne à sucre, dont la fortune dépend d'une nombreuse et peu coûteuse main-d'oeuvre importée d'Afrique, s'en tiennent toujours au Code noir.
Edicté par Louis XIV, ce texte définit "le gouvernement, l'administration de la justice, la police, la discipline et le commerce des nègres dans les colonies françoises". Les "esclaves" risquent la peine de mort pour le seul fait de se réunir, pour avoir levé la main sur leur maître, volé un cheval ou une vache, pour une troisième tentative d'évasion. Pour moins que ça, c'est l'amputation d'un membre ou le marquage au fer rouge. Ces êtres "meubles" n'ont aucun droit, tandis que les patrons ont celui très ordinaire de "les faire enchaîner et les faire battre de verges ou de cordes".
Avec "Tropiques amers", série romanesque en cinq épisodes, France 3 crée une première en offrant sous forme de fiction une description de la réalité historique de l'esclavage, sujet que même le documentaire aborde rarement. Tournée en Martinique et à Cuba (où demeurent intacts davantage de bâtiments de la période coloniale), "Tropiques amers" voudrait être une sorte de "Roots" à la française, à l'instar de ce que fut, aux Etats-Unis à la fin des années 1970, la célèbre saga qui plongeait aux racines (roots) de l'esclavage des Noirs en Amérique du Nord.
Jusqu'en 1812, pendant un quart de siècle crucial, les personnages principaux et imaginaires - Théophile Bonaventure (Jean-Claude Adelin), Adèle (Fatou N'Diaye), Amédée (Jean-Michel Martial), Rosalie (Thiam Aïssatou) et Koyaba (Jacky Ido) - vivent de dramatiques et tragiques aventures au rythme des événements historiques : les révoltes de "marrons", captifs évadés et réfugiés dans les mornes (collines) ; le soulèvement des Noirs de Saint-Domingue qui conduira, sous la houlette de Toussaint Louverture, à l'indépendance d'Haïti ; la première abolition de l'esclavage, en 1794, et le rétablissement de celui-ci par Bonaparte, huit ans après.
"Romanesque et pédagogie", dit Jean-Claude Barny, le réalisateur, pour résumer l'esprit et les moyens de l'entreprise. Le choix de ce cinéaste (Nèg Maron), d'origine guadeloupéenne, est significatif d'un grand souci d'authenticité, comme le choix de Myriam Cottias, historienne du fait colonial et de l'esclavage, qui enseigne à l'université Antilles-Guyane, pour l'écriture du scénario, au côté de Virginie Brac ("Les camarades"). La volonté didactique des promoteurs de la série est enfin soulignée par la décision de diffuser le premier épisode un 10 mai, qui est, en France, depuis l'an dernier, le jour de la commémoration de l'abolition de l'esclavage, en 1848, sous l'égide de Victor Schoelcher.
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By bana2166 on 05-10-07, 10:54 AM
news Analyse: Nicolas Sarkozy, la France et son histoire

Analyse: Nicolas Sarkozy, la France et son histoire, par Bertrand Le Gendre
09.05.07 | 13h12 • Mis à jour le 09.05.07 | 19h12
icolas Sarkozy incarne désormais la France. Un vieux pays au passé tumultueux qui se réclame de Clovis et de De Gaulle, de Louis XIV et de Bonaparte. En s'installant dans quelques jours à l'Elysée, le 23e président de la République française mettra ses pas dans les leurs. Quelle part de l'héritage revendique-t-il ? Quelle vision a-t-il du passé, lui qui s'apprête à écrire une nouvelle page de cette longue histoire ?
Le panthéon national, Nicolas Sarkozy l'a souvent revisité au cours de la campagne, où il s'est tour à tour référé à Jeanne d'Arc et à Clemenceau, à Hugo et à de Gaulle. La gauche l'a accusé de captation d'héritage lorsqu'il s'est approprié Jules Ferry, Jean Jaurès, Léon Blum et Guy Môquet, ce jeune communiste fusillé à 17 ans par les Allemands.
Nicolas Sarkozy déroute souvent ses auditoires en chevauchant ainsi les siècles et les frontières partisanes. Mais il sait ce qu'il dit. Le président élu a une vision très politique de l'histoire de France. Il s'en est réclamé pour se distinguer de son prédécesseur. Pour attaquer l'adversaire. Et pour rassembler. Parfois c'est le candidat qui parle, parfois le futur chef de l'Etat.
L'homme de la rupture avec Jacques Chirac s'est ainsi demandé : "Comment peut-on contester que l'Europe ait des racines chrétiennes ?", sachant très bien que son prédécesseur a refusé de faire figurer cette référence dans le projet de Constitution européenne.
Nicolas Sarkozy se démarque tout autant de son prédécesseur lorsqu'il déclare : "La France n'a jamais exterminé un peuple. La France n'a pas inventé la "solution finale", la France n'a pas commis de crime contre l'humanité, la France n'a pas commis de génocide." Certes, la France n'a pas "inventé" la Shoah, mais elle y a prêté main-forte (la rafle du Vél'd'Hiv, le camp de Drancy...).
C'est ce qu'a dit, en 1995, Jacques Chirac, en affirmant que "la France" des années d'Occupation avait commis "l'irréparable". La France et non le régime de Vichy. Le chef de l'Etat rompait alors avec la vulgate gaulliste.
Nicolas Sarkozy est ainsi. En campagne, il colporte une version tranquillisante de l'histoire, quitte à heurter les Allemands en les renvoyant brutalement à leur passé, ou des proches comme Arno Klarsfeld. Que pense de ce revirement le fils de Serge Klarsfeld, président de l'Association des fils et filles de déportés juifs de France ?
Souhaité par le même Jacques Chirac, le traité d'amitié entre la France et l'Algérie ne verra pas le jour. Nicolas Sarkozy n'en veut pas. Là encore il se distingue.
Lorsqu'il revisite ainsi le passé, le plus proche et le plus lointain, Nicolas Sarkozy choisit son auditoire. C'est à Nice qu'il déclare : "Je vous le dis dans cette région (sous-entendu : où se sont repliés de nombreux rapatriés), les Français auront à choisir entre ceux qui assument toute l'histoire de France et les adeptes de la repentance." C'est à Caen, non loin des plages du Débarquement, qu'il affirme : "Ici l'on sait depuis toujours qu'être français c'est être libre." Et à Rouen qu'il s'écrie : "Jeanne (d'Arc), c'est la France !"
Nicolas Sarkozy assume avec conviction ses oeillades aux rapatriés qu'il sait fiers du passé colonial de la France. En même temps, il se veut l'héritier du général de Gaulle. Le 16 avril, le président de l'UMP s'incline, à Colombey-les-Deux-Eglises (Haute-Marne), sur la tombe du général dont il vante - comprendre l'allusion - "la passion au service de l'intérêt général".
Le même jour, il adresse au Comité de liaison des associations de rapatriés une lettre qui promet, s'il est élu, de reconnaître aux pieds-noirs victimes de la fusillade de la rue d'Isly à Alger en 1962 la qualité de "morts pour la France".
De Gaulle tenait les Français d'Algérie en piètre estime, Nicolas Sarkozy le sait. Il leur reprochait leur intransigeance et les considérait comme responsables de leurs malheurs. Ils ne le lui ont pas pardonné. Ils en veulent toujours au premier président de la Ve République de les avoir abandonnés à leur sort une fois négociée l'indépendance de l'Algérie.
LE REPRÉSENTANT DU PEUPLE ET DE LA NATION
Peu importe à Nicolas Sarkozy. "L'histoire de France, déclare-t-il ce jour-là à Colombey, je veux l'assumer dans un bloc", avec les accents de Clemenceau affirmant en 1891 : "La Révolution (de 1789) est un bloc", ombres et lumières.
Cet oecuménisme historique serait remarquable s'il n'était pas à éclipses. Tout au long de la campagne, Nicolas Sarkozy a au contraire cherché querelle à la gauche, sur le terrain de l'histoire, en lui reprochant de trahir ses grands anciens : Jules Ferry dont les soixante-huitards ont "liquidé l'héritage" ; Jaurès et Blum auxquels "la gauche immobile" a tourné le dos parce qu'elle "ne respecte plus le travail".
Quand il n'instrumentalise pas ainsi l'histoire de France, quand il cesse de se l'approprier, le chef de l'Etat perce sous le candidat. Nicolas Sarkozy parle alors du "peuple" et de la "nation". Au seuil de l'Elysée, il embrasse d'un seul coup deux mille ans d'histoire : "Ma France, c'est le pays qui a fait la synthèse entre l'Ancien Régime et la Révolution, entre l'Etat capétien et l'Etat républicain, qui a inventé la laïcité pour faire vivre ensemble ceux qui croient au Ciel et ceux qui n'y croient pas."
"Je veux être le candidat du peuple", a souvent proclamé le candidat de l'UMP. UMP : Union pour un mouvement populaire, une dénomination qui rappelle le RPF, le Rassemblement pour le peuple français de 1947, la seule formation à laquelle de Gaulle ait jamais associé son nom.
Le peuple, selon le héraut de l'UMP, c'est le creuset où il s'est fondu, lui "petit Français au sang mêlé". C'est une notion quasi charnelle. C'est une mystique qui fait écho à Michelet et à Hugo. Ce n'est pas le peuple des ligues d'avant-guerre, de Poujade ou de Le Pen. Nicolas Sarkozy réfute toute accusation de populisme.
Lorsque l'élu du 6 mai déclare que "le président de la République française, c'est l'homme de la nation", on mesure tout autant l'influence d'Henri Guaino, gaulliste nostalgique et inspirateur des innombrables emprunts du président élu à l'histoire de France.
La nation, aux yeux de Nicolas Sarkozy, est le remède miracle à la crise identitaire que connaît la France à l'heure de la mondialisation. A cette nation rassembleuse, prétendument indépassable, il serait surprenant que Nicolas Sarkozy, renonçant à toute polémique historique, ne fasse pas référence le jour de son investiture.
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