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Les Français en quête du Nouveau Monde : les Iles d'Amérique et la Nouvelle-France

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Published by bana2166- 05-14-07
news Les Français en quête du Nouveau Monde : les Iles d'Amérique et la Nouvelle-France

Les Français en quête du Nouveau Monde : les Iles d'Amérique et la Nouvelle-France, espoir du XVIIè-XVIIIè s.
Le 14 mai 2007
Poussées par une situation économique difficile, la misère, la perte d'un travail, les persécutions religieuses, des milliers de personnes partiront vers des terres lointaines en quête d'un avenir meilleur. Ces émigrants s'engagent au service d'un colon, d'une institution ou d'un marchand à l'autre bout du monde : Nouvelle-France, Acadie, Petites Antilles (Guadeloupe, Martinique, Saint-Domingue...). D'autres iront grossir les rangs des Compagnies Franches de la Marine. Ce flux de migration est motivé entre autres par la Compagnie des Isles d'Amérique , la Compagnie des Indes Occidentales et Orientales dont l'objectif est d'implanter des colons français pour développer le commerce et maintenir le contrôle des zones stratégiques au nom de la France. On ne saurait passer sous silence l'influence du commerce pour peupler ces nouveaux territoires et diversifier les activités économiques de la France. Les conditions économiques ne sont pas les seules sources de motivation au départ. L'activité portuaire de La Rochelle tournée vers le Nouveau Monde attire des candidats au départ. Il en va de même des migrations au sein d'une famille ; un frère, une soeur, un oncle, installés sur une terre à l'autre bout du monde invitent à tenter l'expérience.
Cet article présente quelques caractéristiques de cette émigration à partir du dépouillement que nous avons effectué dans certains dépôts d'archives. Bien entendu, ce recensement devra être complété par les chercheurs en quête d'informations pour retrouver leurs ancêtres dans ce Nouveau Monde.
Engagés, enrôlés, passagers libres, tous vers le Nouveau Monde
Les jours de marché, dans les foires et dans les ports, les marchands, les capitaines de navire, les officiers de la Marine défilent à la recherche de main-d'oeuvre et de soldats pour peupler ces nouveaux territoires et établir des comptoirs. Certains n'hésitent pas à racoler de jeunes gens en usant de promesse sans leur donner la moindre information sur leur destination. Des hommes, avec ou sans famille, sont engagés pour travailler au service d'un planteur, d'un agriculteur ou d'une corporation pour une durée moyenne de trente-six mois.
Les agents de recrutement se diversifient selon les périodes. Entre 1663 et 1713, les recruteurs sont principalement le ministère de la Marine, les Compagnies de commerce . et les marchands. A partir de 1714 et jusqu'en 1730, les marchands cèderont le pas aux capitaines de navire . Les hommes s'engagent surtout l'hiver, en décembre et en janvier. Très peu partent au moment des semailles et des moissons.
Les engagés souscrivent un contrat auprès d'un notaire précisant la durée de leur service, de trois à sept ans en moyenne, les gages, l'hébergement et les conditions de retour au pays. D'autres personnes partent sans contrat avec l'espoir de trouver une fois sur place de quoi vivre. Elles sont désignées par le terme de « passagers libres ». Les plus pauvres n'ont pas les moyens de payer la traversée. Sans embauche, une fois la terre promise atteinte, ils devront louer leur force de travail auprès d'un colon ou d'un marchand et rembourser les frais de leur traversée dans un délai fixé avant leur départ.
Dans les Iles d'Amérique, les armateurs et les capitaines sont de véritables spéculateurs de main-d'oeuvre. Ils négocient au plus offrant les hommes, les femmes et les enfants. Les capitaines doivent embarquer pour chaque traversée de trois à six recrues. Au terme de leur contrat de travail, ces personnes deviendront propriétaires d'un lopin de terre. Chaque colon recrute un engagé pour vingt esclaves, africains pour la plupart. Les plantations demandent beaucoup de main-d'oeuvre. Par le commerce triangulaire entre l'Europe, l'Afrique et les Iles d'Amérique, la France fournit des esclaves aux planteurs blancs. A titre d'exemple, en 1656, 3 000 esclaves noirs sont recensés sur l'Ile de la Guadeloupe sur une population de 15 000 personnes. Les compagnies de commerce contribuent à fournir une main-d'oeuvre esclavagiste. Signalons la Compagnie de Guinée et la Compagnie du Sénégal qui transportent des noirs aux Antilles et à la Guyane. On note également la présence d'esclaves noirs en Nouvelle-France de 1686 jusqu'en 1806 mais en plus petit nombre.
Si votre ancêtre a mis le cap vers les Iles d'Amérique...
Que faire pour retrouver son nom sur la liste des passagers ou son contrat d'engagement ? En premier lieu, il faudra recenser la liste des notaires faisant office dans les ports d'embarquement. Puis, il conviendra d'explorer les minutes notariales pour les périodes recherchées. La liste des engagés sous les yeux, le chercheur ne devra pas se décourager. Les noms se suivent sans distinguer les engagés des « passagers libres » . L'identité des « passagers aisés » est indiquée dans les rôles déposés par les capitaines de navire au greffe des amirautés. De 1638 à 1772, plus de 7 000 noms ont été relevés dans les minutes notariales rochelais. Reprenant la liste des notaires élaborée par Gabriel Debien, nous avons complétée celle-ci par notre inventaire (non exhaustif) aux archives départementales de la Charente-Maritime pour les années 1664 à 1711. Nous reproduisons cette première compilation pour aider les chercheurs.
Signalons que pour Saint-Domingue, le chercheur aura intérêt à élargir sa recherche aux fonds suivants :
- les séries d'état civil et de minutes notariales de Saint-Domingue conservées au Centre des Archives d'Outre-Mer,
- dans les mêmes archives, les dossiers « de l'Indemnité » accordée aux anciens colons après la proclamation de l'indépendance d'Haïti.
Ces minutes notariales sont à croiser avec la liste des navires à destination des Iles d'Amérique et de la Nouvelle-France, Registre B235 de l'Amirauté de La Rochelle. Ce registre précise les rôles d'équipage, maîtres, matelots, pêcheurs, mariniers avec l'âge pour chacun. La plupart des hommes d'équipage pour la période de 1682 à 1696 proviennent de Charente-Maritime (Breuillet, de Fouilloux, Arvert, Avallon, Saint-Georges, Médis, Saint-Sulpice, Saint-Palais, Saint-André, de Marans, Marennes, du Château d'Oleron, Saintes, de Mornac, d'Esnandes, Meschers, Saujon du Chapus, Chaillevette, Saint-Laurent-de-la-Prée, Cozes, Ile de Ré), de Bretagne, Normandie, Poitou et Québec, pour n'en citer que quelques-uns.
A partir de 1686, chaque nom de l'équipage est annoté en marge avec les indications « catholique ou nouveau converti ou RPR (Religion Prétendument Réformée ». Les capitaines sont presque tous de religion réformée. Ces nouveaux convertis dépassent de beaucoup en nombre celui des catholiques du moins ceux figurant sur les registres que nous avons consultés. Les catholiques proviennent de Québec, Thouars, Noirmoutiers, Calais, Marseille, Rochefort, le Croisic, Nantes, et du Portugal.
Pour faciliter le croisement avec les minutes notariales (cf. tableau précédent), nous publions une liste partielle des navires à destination des Iles d'Amérique.
Quelles étaient les conditions de recrutement ?
Les publications de Gabriel Debien, enrichies par des études plus récentes citées dans notre bibliographie, précisent les différents contrats de recrutement pour les Iles d'Amérique et de la Nouvelle-France .
Les engagements conditionnels par lesquels des hommes sont recrutés à la condition qu'ils puissent rembourser leur traversée dans les mois qui suivront leur arrivée. Ils ont un contrat de trois ans. Le retour en France est souvent à leur charge.
Les engagements directs sont passés par des colons et des marchands venant des petites Antilles, de la Nouvelle-France et de l'Acadie. D'autres colons se font représenter dans les ports par des capitaines, des notaires, voire des administrateurs. Les personnes recrutées connaissent pour la plupart leur destination. Quelques-unes savent le nom de l'exploitant pour lequel elles sont engagées car les propriétaires de la Martinique, de la Guadeloupe ou de la Nouvelle-France sont connus à La Rochelle. Dès lors, les rumeurs circulent sur les quais : tel fermier ou planteur s'avère un bon patron, tel autre traite ses ouvriers avec méchanceté.
Les engagements pour une association sont conclus entre des propriétaires terriens et des paysans, des menuisiers, charpentiers, taillandiers, et même des chirurgiens. Les gages sont versés ainsi : deux tiers pour le colon, un tiers pour l'ouvrier et/ou le manoeuvre. Ces derniers sont logés, nourris, entretenus. Certains perçoivent des avantages en sus comme le tabac et le sucre. L'engagé assure d'abord le service du métayer et de sa famille. Il s'agit d'une servitude. Le recruté ne dispose pas de sa force de travail celle-ci pouvant être cédée sans son accord à un tiers. Entre 1640 et 1660, plusieurs personnes sont embauchées pour travailler dans les plantations à Saint-Domingue, à la Martinique, en Guadeloupe.
Les engagements de chasseurs, de boucaniers pour les Antilles, de coureurs des bois en Nouvelle-France et en Acadie figurent également dans les minutes notariales. Toutefois, ce type d'engagement se fait rare. Maîtres et engagés chassent et vendent leurs produits se partageant ainsi les gains.
Les engagements à vocation d'apprentissage sont destinés aux apprentis-marchands et aux élèves-chirurgiens se situant dans la tranche d'âge de 15 à 26 ans. La formation fait l'objet d'un contrat établi devant un notaire. La durée de l'apprentissage est de trois à sept ans. Pendant cette période, l'apprenti ne reçoit aucun salaire. En échange, il est logé et nourrit.
Des engagements pour oeuvrer aux travaux de fortification dans les troupes de la marine cantonnées en outre en Acadie et en Nouvelle-France. Il s'agit pour une bonne part d'artisans exerçant un métier. Ils devront également servir comme soldat au sein d'une Compagnie pour une période de trois à cinq ans. Les officiers du ministère de la Marine, les commandants et les capitaines sont les principaux recruteurs dans les ports de Rochefort, Bordeaux, Le Havre, Bayonne, Nantes et Saint-Malo. Le capitaine de compagnie reçoit deux écus par soldat enrôlé. L'un des recruteurs bien connu pour l'Acadie est le capitaine Louis de Gannes, sieur de Falaise . Les personnes voulant s'engager dans les troupes de la marine devaient remplir certains critères : âge minimal dix-huit ans, quoique ce seuil n'était pas toujours respecté, mesurer au moins 1m78.
De 1692 à 1698, beaucoup de ces engagés partiront pour Saint-Domingue, destination qui sera remplacée par La Martinique. Ainsi, les Bretons, Normands, Angevins tenteront l'expérience de l'outre-mer. Il s'agit pour la plupart de jeunes urbains à la recherche d'un travail ou d'un avenir meilleur .
Le contrat dûment signé, des jours, des semaines, des mois, passent à attendre le départ d'un navire. Durant cette période, les recruteurs installent les hommes dans une auberge ou ce qui peut y ressembler prenant à leur charge le gîte et le couvert. D'autres sont laissés libres de se trouver un lit en échange d'une solde de quelques sous par jour selon le rang de leur métier. Une avance équivalente à la moitié des gages est versée à l'engagé dès la signature du contrat. Les frais déboursés par les recruteurs s'élèvent par homme à 100 livres pour les avances sur gage et la traversée. A cela s'ajoutent le paiement des honoraires d'un notaire, d'une dizaine de livres, les avances d'une trentaine de livres pour acheter des vêtements et des outils . Certains partent avec leur famille, d'autres se regroupent par métiers pour effectuer la traversée.
Les métiers demandés
- Les laboureurs, journaliers et manoeuvres partent avec un contrat de trois ans, logés et nourris. Ceux qui mettent le cap vers les petites Antilles reçoivent 300 livres de tabac et de sucre. Ils percevront une cinquantaine de livres pour leurs trois années de service.
- Les tonneliers sont fortement demandés en raison du sucre et du tafia qu'il faut mettre en barriques. Ils obtiennent un meilleur salaire lorsqu'ils s'engagent depuis Nantes pour des colons, soit entre 100 et 170 livres par an. Ils ont du pain, un temps de service d'un ou deux ans et le retour payé.
- Les tisserands en toile, ouvriers en soie, cardeurs de laine, matelassiers, tapissiers, teinturiers et gantiers sont sollicités. Ils perçoivent une cinquantaine de livres par mois.
- Les charpentiers de logis ou de bateau, couvreurs en ardoise ou en tuile sont également recherchés. Leurs gages diffèrent selon leur spécialité : en 1643, les charpentiers de navire sont payés pour deux ans, 680 livres, les charpentiers de gros oeuvre, 260 livres.
- Les maçons, tailleurs de pierre, briquetiers s'enrôlent dans une compagnie de la marine ou pour une association. Ils gagnent en moyenne une centaine de livres par an. En Martinique, certains arrondissent leur salaire s'ils forment des esclaves. D'autres perçoivent des gages uniquement en nature : les maçons reçoivent jusqu'à 70 livres de sucre par jour.
Les chirurgiens confirmés mettent le cap vers le nouveau monde. Leurs gages s'élèvent entre 120 et 300 livres. Les remèdes et les instruments sont fournis par le recruteur.
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