Les pays les moins avancés ne profitent pas de la mondialisation
09/07/2007 15:27:00
Les représentants des 50 pays les moins avancés (PMA) de la planète et des experts onusiens ont dressé lundi lors d'une conférence à Istanbul un bilan amer des effets de la mondialisation sur leurs sociétés.


"Paradoxalement, alors que certains pays deviennent plus intégrés et prospères, d'autres deviennent plus marginalisés et isolés", a constaté devant un parterre de ministres et de diplomates des PMA Harriet Schmidt, du Bureau du Haut-représentant pour les pays les moins avancés, les pays en développement sans littoral et les petits Etats insulaires en développement. "Telle est la triste réalité des PMA. Alors que la mondialisation a, au cours des 30 dernières années, étendu le commerce, accru la production économique et créé une richesse sans précédent sur le plan mondial, les PMA ne sont pas parvenus à en bénéficier", a-t-elle ajouté. Les PMA, tels que définis par l'Onu, comprennent 34 Etats africains, 15 Etats asiatiques ainsi que Haïti, soit environ 12% de la population mondiale. Ils n'attirent pourtant que moins de 2% des investissements directs étrangers, la plupart dans les secteurs des hydrocarbures et des minerais. Pire, la part des PMA dans les exportations mondiales de marchandises est passée de 3% dans les années 1950 à 0,7% au cours de la présente décennie, leur part dans les exportations agricoles passant de 3,3% à 1,5% entre les années 1970 et les années 1990, a argumenté la spécialiste. "Si les forces de la mondialisation continuent sur la voie des 30 dernières années, elles vont complètement balayer les PMA", a prévenu Mme Schmidt. Selon les documents de travail de la conférence, qui s'achèvera mardi, les raisons "internes" de l'échec des pays les plus pauvres à tirer bénéfice de la mondialisation ne manquent pas: analphabétisme, infrastructures déficientes, explosion urbaine, désertification... Mais, pour plusieurs intervenants, parfois amers, c'est tout le système de la mondialisation qu'il faut remettre en cause. Pour l'ex-président tanzanizen Benjamin Mkapa, la mondialisation, régie par des institutions fondées par les vainqueurs de la seconde guerre mondiale, soit le Nord industrialisé, a ainsi eu pour objet et résultat "de renforcer la domination économique et géopolitique du Nord et de préserver ses intérêts". "Je suis devenu moins convaincu que la communauté internationale, en particulier le monde industrialisé riche, est sérieuse et résolue à tenir ses promesses (...) de soutenir le développement des populations les plus pauvres de l'humanité", a asséné l'homme d'Etat. Un constat partagé par le Turc Kemal Dervis, à la tête du Programme des Nations unies pour le développement. "Les progrès ont été très faibles, sinon nuls", a-t-il estimé. "Il est frustrant de voir ceux qui vantent le libre-échange et le marché libéral prendre parfois les mesures les plus radicalement protectionnistes qui bloquent complètement toutes les opportunité pour les pays en développement". Pour M. Dervis, une répartition plus équitable des bienfaits de la mondialisation passe par "une refonte générale de l'architecture internationale" encadrant ce processus. Au final, "les PMA ont peu de chances d'atteindre aux dates prévues leurs objectifs de développement international", a constaté Sheikha Haya Rashed Al Khalifa, la présidente de l'Assemblée générale de l'Onu, faisant référence aux Objectifs du Millénaire fixés par l'Onu en 2000 pour lutter contre la pauvreté et à ceux que les PMA se sont assignés pour la décennie 2001-2010.