Le président américain, George Bush, a rendu un hommage ému, lundi 13 août, à son plus proche conseiller et "ami cher", Karl Rove, qui venait d'annoncer sa démission, effective à la fin du mois, officiellement "pour le bien de sa famille". Surnommé "l'architecte" des victoires de M. Bush par ses admirateurs, M. Rove était, selon ses détracteurs, le "cerveau de Bush" (sous-entendu : par défaut) et l'instigateur de tactiques politiciennes qui ont divisé Washington.

L'éminence grise de la présidence quitte une administration Bush affaiblie sur tous les fronts, à seulement dix-sept mois de la fin de son mandat. M. Rove est le dernier d'une longue liste de collaborateurs à quitter la Maison Blanche, après le conseiller Dan Bartlett, le directeur du budget Rob Portman, les conseillers à la sécurité nationale J. D. Crouch et Meghan O'Sullivan, ou la directrice politique Sarah Taylor. "Nous sommes amis depuis longtemps et nous allons le rester", a promis un George Bush grave, avant d'étreindre l'homme qui a présidé à ses victoires électorales au poste de gouverneur du Texas, en 1994 et 1998, puis à la présidence des Etats-Unis, en 2000 et 2004. Etouffant un sanglot, M. Rove a salué un président "au courage visionnaire" qui a "mis l'Amérique sur le pied de guerre" contre le terrorisme.

M. Rove avait annoncé sa démission dans la page éditoriale du Wall Street Journal, un bastion conservateur. "Je pense que le temps est venu", y disait-il, affirmant avoir consulté le président voilà plus d'un an. La victoire démocrate au Congrès, l'impossible réforme sur l'immigration et les difficultés en Irak l'auraient convaincu d'attendre, jusqu'à ce que le secrétaire général de la Maison Blanche, Josh Bolten, demande aux collaborateurs qui n'auraient pas démissionné avant le 3 septembre de rester jusqu'en janvier 2009.
"CIBLE FACILE"
Karl Rove est la cible de la commission des affaires judiciaires du Sénat, qui le soupçonne d'avoir joué un rôle dans le limogeage, pour des raisons politiques, de neufs procureurs fédéraux. Le président Bush a invoqué le "privilège de l'exécutif" pour lui épargner une citation à comparaître, émise le 26 juillet. M. Rove a aussi été mis en cause dans l'affaire de la révélation de l'identité de Valerie Plame, un agent de la CIA dont le mari avait critiqué les justifications de la guerre en Irak.

M. Rove cherche-t-il à échapper aux enquêtes ? "Je sais que c'est ce qu'"ils" diront, a-t-il déclaré au Wall Street Journal, mais je ne vais pas rester ou partir en fonction de ce qui fait plaisir à la foule." Dans le Washington Post, il accuse les démocrates d'être "obsédés" par sa personne, dont ils auraient fait "une cible facile pour flatter leur base et lever des fonds". "Je suis Moby Dick et ils sont à ma poursuite", explique-t-il. Le chef de la majorité démocrate du Sénat, Harry Reid, s'est félicité de la démission de M. Rove, auquel il reproche de s'être "mis au service des besoins politiques partisans du président Bush, au détriment du pays dans son ensemble". Pour le président de la commission judiciaire du Sénat, Patrick Leahy, la liste des hauts responsables qui démissionnent sous la menace des enquêtes "continue de s'allonger".

Agé de 56 ans, Karl Rove a affirmé qu'il voulait abandonner la politique, enseigner et écrire un livre sur ses années auprès de la présidence. Selon le Washington Post. com, la première chose qu'il a prévu de faire, lorsqu'il quittera la Maison Blanche, est de partir pour le Texas, dont il est originaire... chasser la colombe.
Source: Le Monde