Une victoire d'Obama en Caroline du Nord et dans l'Indiana pourrait sceller sa nomination, mais Clinton est en mesure de retarder l'échéance.
À mi-chemin des caucus de l'Iowa et des conventions, le candidat républicain, John McCain, ne connaît toujours pas son futur adversaire dans la «lutte finale» pour la succession de George W. Bush. Il en saura peut-être plus mardi soir, car pour les deux aspirants à l'investiture démocrate, les primaires de la Caroline du Nord et de l'Indiana s'annoncent comme un tournant avant la dernière ligne droite. Favori dans la première et donné à égalité dans le second, Barack Obama ruinerait les derniers espoirs d'Hillary Clinton en remportant les deux. Mais les jeux sont loin d'être faits.
Depuis la primaire de Pennsylvanie, gagnée haut la main par Hillary, le combat a changé d'âme. Barack a été mis sur la défensive par les déclarations incendiaires de son ancien pasteur Jeremiah Wright, qui ont permis aux républicains d'agiter déjà l'épouvantail de l'extrémisme noir.
D'autres événements contraires sont de son propre fait et il reconnaît ses erreurs, notamment son commentaire maladroit sur «la colère» de l'Amérique profonde qui «s'accroche aux fusils et à la religion». Une arme offerte à sa rivale qui l'a aussitôt retournée contre lui en dénonçant son «élitisme».
Épousant son nouveau rôle d'outsider, Hillary s'est jetée dans la bataille qu'on lui conseillait de concéder. Les cols bleus de l'Indiana l'applaudissent quand elle déclare ne pas être «du genre à capituler» car elle veut défendre leurs intérêts. La polémique sur «les vacances de la taxe sur l'essence» illustre à elle seule une stratégie basée sur la leçon des derniers scrutins : Clinton triomphe chez les électeurs les moins instruits.
Électorat noir
Diplômés ou non, les automobilistes américains ne sont pas insensibles à une suspension de la taxe fédérale sur l'essence pendant l'été, alors que le prix du gallon (3,78 litres) flirte avec les 4 dollars. Reprenant une proposition émise par John McCain, à la différence qu'elle veut la faire payer par les compagnies pétrolières à la place du consommateur, Hillary Clinton l'a défendue bec et ongles dimanche sur la chaîne ABC face à George Stephanopoulos, l'ancien conseiller du président Bill Clinton reconverti dans le journalisme, qui la mettait au défi de citer un seul économiste soutenant son idée.
La réponse est digne d'une populiste sans vergogne : «Il faut sortir de cette mentalité où, d'une certaine façon, l'opinion de l'élite est toujours du côté des actions qui défavorisent la grande majorité des Américains.» Son rival était bien sûr englobé dans «l'opinion de l'élite».
Sur une autre chaîne, Barack Obama a vertement répliqué : «Le plan essence de Clinton n'a pas pour but de vous aider à passer l'été, il a pour but de l'aider à passer l'élection.» Élitiste, Obama ? «J'ai moi-même rempli mon réservoir. L'ironie, c'est que de tous les candidats, je suis sans doute celui dont la vie a été le plus proche de celle de l'Américain moyen», avait-il dit vendredi dernier lors d'une conférence de presse à Indianapolis.

Les sondages indiquent qu'il ne devrait pas souffrir des retombées de l'affaire Wright dans les sept dernières primaires ce qui ne serait pas nécessairement le cas au niveau national face à McCain. Future déléguée de l'Iowa à la convention de Denver le 28 août prochain, Peggy Whitworth résume la situation : «Ceux qui y voient une raison de ne pas soutenir Obama n'auraient pas voté pour lui de toute façon. Les autres y trouveront une justification de leurs soupçons de base à l'égard de quelqu'un d'une autre couleur.» L'électorat noir qui, représente 30 %, donne un avantage à Obama sur Clinton dans l'attribution des 115 délégués de Caroline du Nord. La répartition des 72 délégués de l'Indiana en faveur de l'une ou de l'autre aura un effet plus psychologique que mathématique.
Source: Le Figaro