Mon penchant pour une opinion toujours sincère et impartiale m’invite à vous dire ceci. Monsieur Omar Garat de nos jours se fait une vocation salutaire ou dangereuse, je ne sais pas, n’importe quoi. Il a sa langue toute bandée pour donner aux profiteurs de tout poil et de tout acabit la monnaie de leurs pièces, pour dire un peu trop haut ce que les autres pensent tout bas. Je l’aurais volontiers invité à la sagesse si…

Et puis aussi, il n’y a pas que les autres à nous faire intensément du bien ou du mal. Et nous autres, nos capacités de réaction, de persuasion et de justification, de répondre d’une certaine façon ou d’une autre, de dire oui ou non selon nos désirs, de refuser ou d’accepter les avances dégradantes et les offres compromettantes. Par exemple la construction d’écoles professionnelles et la création d’emplois auraient empêché nos jeunes d’être la proie de toutes convoitises malsaines provenant de nous autres ou des autres.

Pour mettre les bâtons dans certaines roues nous prétendons défendre ceux-là que nous n’aimons pas, que nous avions toujours exécrés et condamnés à ne pas vivre en humains; ceux pour qui nous n’avions jamais voulu créer le monde commun deviennent d’un coup des objets d’un amour inédit. Ô, la sagesse de notre indifférence a toujours été mortelle pour ceux-là que nous défendons et vaut bien moins que la folie des passions de ceux-là qui nous ont délivré la Minustah...Dois-je penser que la vérité est vraiment dans les nuances et me jeter tête baissée du côté du patriotisme un peu mal à propos cette fois-ci de mon congénère Garat? Non…J’admire et je plais en même temps sa fougue dénonciatrice, mais…

Dans tout homme, haïtien ou étranger, il y a un vautour qui désire prendre avantage et davantage des autres. Que l’on se souvienne des notions « L’Homme, le chasseur naturel » de l’autre, « La survie de celui qui s’acclimate mieux » de Charles Darwin ou de « La raison du plus fort » de Jean de Lafontaine. Dans bien des circonstances, nous contribuons tant soit peu à éterniser nos malheurs, à nous infliger des sorts accablants et à subir davantage les traits du mal qu’on veut nous faire. La Minustah ne nous a pas apporté que le côté enfer du paradis promis, elle a aussi un peu réduit nos souffrances infernales auto-infligées ou subies de la part de la nature ou des autres.

Alors, taisons nos rages. Faisons tout simplement en sorte qu’aucune Minustah n’ait l’opportunité de fouler le sol national à l’avenir contre le gré national. Leur présence ne devrait avoir rien à voir avec une force nationale ou la police nationale. Au contraire…si nous avions la capacité de pouvoir utiliser toutes choses à bon escient; mais, n’est-il pas toujours mieux de faire primer la politique, diminuer ou truquer en quelque sorte la dose salvatrice pour empêcher au malade de mourir ou de recouvrer sa santé, si jamais il était en santé ?
Si seulement nous avions le courage et les moyens de nous comporter en nationaux responsables. Une bougie allumée dans chaque main proclamant, merci Minustah d’être venue mais au diable Minustah fait mieux jouer le jeu personnel ou de parti ou de clan. Pourquoi ne pas nous asseoir un peu plus souvent autour de la table de négociations avec les turbans dorés de la Minustah, leur dicter à l’amiable l’agenda national, imposer en trinquant au plus fort le respect du plus petit et passer une sourdine amicale au dictat international ? Et puis pour limiter les dégâts, pourquoi ne pas placer notre propre corps de police aux abords des habitats de la Minustah pour prévenir ou corriger les erreurs provenant de nos propres faiblesses. Nos jeunes non plus ne sont pas des enfants de chœur ou sont obligés de se prostituer au nom de l’inévitable pain quotidien qui devient un luxe chez nous, mieux que la terre cuite, entre-temps.

Les maux sont déjà faits, pourquoi pas des remèdes moins bruyants mais plus efficaces. Mais… À propos - parlant de dénonciations, question d’attirer certaines attentions sur l’utile et l’agréable - qui propose les refourbissements de L’École Industrielle du bas de la ville de Jacmel, du Centre d’apprentissage de Saint-Martin ou du Corps du Génie à Port-au-Prince et leur rendre leur lustre, leur fonctionnalité et leur productivité d’antan, ce serait un bienheureux recommencement pour nos jeunes frères et sœurs Haïtiens, pour des exemples. Pourquoi ne pas attirer l’attention de la Minustah sur ce fait au lieu de chercher à les chasser avant terme ? Monsieur Garat ferait peut-être un excellent stratégiste pour mener à bon port une telle vision. Pourquoi doit-il prendre une maîtrise ou un doctorat dans quoi que ce soit pour nous apprendre à être pratiques et pragmatiques ; et dire que, y inclus moi-même, nous ne sommes mêmes pas aussi utiles, pratiques et pragmatiques avec nos maîtrises et doctorats ?

Pour le moment, j’admets que j’adore le nationalisme de Monsieur Garat, mais je préfèrerais mettre la Minustah au pied du mur que les acculer contre le mur ou les catapulter avant terme de l’autre côté du mur. En bon nationaliste, je ne voudrais pas vendre la peau de cet ours combien colossal avant l’avoir utilisée pour me vêtir ou me réchauffer. Nos alliés étrangers ne feraient pas ça. Envoyez-les en Dominicanie ou à Cuba ou même aux Etats-Unis ou en France ou en Angleterre temporairement, ils seraient les bienvenus et se comporteraient différemment j’en suis sûr. Alors, nous autres devrions avoir un mot fort à prononcer aux noms de la justice et de la civilisation humaines pour tempérer leurs désirs d’être des hommes, des jouisseurs, des faiseurs d’abus comme tous les hommes dans toutes les sociétés d’ailleurs. Mais nous autres intellectuels et politiques intempérants, nous avons d’autres programmes, sommes drôles dans nos poursuites et inconsistants dans nos démarches.
Sans vouloir dire, bravo la Minustah, en bon natif d’Haïti je me garderais de dire à bas la Minustah pour le moment. Que Monsieur Garat pense tout haut ce que les autres disent tout bas ou ne disent pas du tout serait une sagesse et une compromission éclairée de sa part au bénéfice du pays haïtien. Toussaint Louverture, visionnaire génial, très en avance sur son époque, a dit à son neveu Moïse : « Sachez le bien, l’heure de nous séparer de la France n’est pas encore venue » qui aurait aujourd’hui le courage de dire que l’heure de nous séparer de la Minustah n’est pas encore venue. Malheureusement, nous sommes trop des girouettes affolées de nos blizzards politiques et des caméléons impénitents dans nos déserts de pensée altruiste.
Ernst Delma
3/30/2012