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    Default Le Drapeau Haitien - Genèse

    Les Pères Fondateurs de la République n'ont pas laissé de références écrites autour de la genèse du bicolore national ; ils étaient engagés dans la guerre de l'Indépendance et mettaient en place des préparatifs et stratégies de lutte contre la puissante armée française qui voulait rétablir l'esclavage à Saint-Domingue (Haïti) ; une guerre contre le colonialisme. A l'origine de l'étude sur le Drapeau Haïtien, l'histoire d'Haïti mentionne trois sources principales qui avaient fait allusion au drapeau des combattants de la liberté.

    GENÈSE
    - Une carte en couleurs de l'Etat-major français. Cette carte fut dressée peu avant la prise de Jacmel, le 27 septembre 1803, par Rochambeau. Elle dévoilait les positions de l'armée indigène et celles de l'armée française autour de la ville ; ces positions étaient révélées par des drapeaux bicolores (bleu et rouge, et noir et rouge) pour les noirs, et par le tricolore (bleu, blanc, rouge) pour les blancs.
    Cette carte faisait partie d'un stock de documents sur Rochambeau et appartenait au sociologue américain Maurice de Young, professeur à l'Université de Floride ; François Duvalier en fit l'acquisition après son avènement au pouvoir.
    - Le carnet de Laurore Lemaire, secrétaire de Lamour Desrance. Ces notes furent utilisées par St-Rémy des Cayes dans Pétion et Haïti. Lamour Desrance ne voulait pas reconnaître l'autorité de Dessalines en tant que général en chef de l'Armée Indigène.
    - Le rapport du capitaine français Yves Marie Bot à l'amiral Latouche-Tréville concernant l'événement du 18 au 19 mai 1803.
    Quatre barges sortant de l'Arcahaie furent repérées par un navire français entre le Boucassin et Léogane. Au cours du combat, trois d'entre elles réussirent à s'enfuir et une fut capturée ; l'une des ces barges, voulant couvrir le commandant Cangé qui laissait l'Arcahaie pour retourner à Petit-Goâve, entra en confrontation avec un vaisseau français ; dans ce combat, Laporte se distingua héroïquement en coulant lui et le bateau pour ne pas tomber pas aux mains de l'ennemi, ralentir la marche de la marine française et protéger ainsi la fuite de Cangé.
    Le seul survivant de l'équipage, un nommé Jean-Pierre, nègre congo et marin de profession, fut blessé à la tête. Sous interrogation, il avoua que ces barges étaient commandées par Jean Félix, une autre par Jean Louis, la troisième par Laporte et la quatrième par Nicolas. Jean-Pierre confirma de même la présence du général Cangé et d'un colonel dans l'une des barges qui s'étaient échappées ; ils avaient quitté l'Arcahaie pour se rendre à Petit-Goâve. Ce fut à partir de cette interrogation de Jean-Pierre que Bot fit son rapport : le rapport indiquait aussi qu'une des barges contenait « un pierrier et neuf fusils en mauvais état, ainsi qu'un pavillon de couleur rouge et noire, ayant l'inscription de Libre ou Mourir ».
    En dehors de ces têtes d'affiches, une certaine interprétation voulut insinuer que notre bicolore fut d'inspiration britannique juste parce que le commodore anglais Loring, passant entre le Cap et Port-de-Paix, vers septembre 1803, eût remis un bicolore à Capois. N'importe quel officier visitant pourrait, comme une courtoisie, offrir un drapeau - bicolore ou autres - à l'hôte du moment. C'était un geste courant facilitant les reconnaissances et échanges réciproques.

    [BREAK=HISTORICITÉ]
    En août 1802, en marge d'une répression qu'exécutaient les Français contre les bandes armées de Cilla, Sanssouci, etc. dans la région de Plaisance, Pétion et Dessalines se rencontraient. Cet entretien historique avait scellé l'unité nécessaire pour entamer la guerre de l'Indépendance. Les deux hommes s'étaient fait des mises en gardes réciproques contre les Français et avaient entrepris certaines planifications. Le 13 octobre, au Haut du Cap, Pétion fit défection puis rallia Clervaux, Christophe, Geffrard et tenta aussi de rallier les divers chefs de bandes dans le Nord. Dessalines prit les armes le 17 octobre à la Petite Rivière de l'Artibonite. Le 15 novembre, Pétion l'avait rejoint à la Petite Rivière et la rencontre décisive qui confirma les prérogatives pour le commandement de l'Armée Indigène eut lieu sur la place d'armes de ce lieu le 17 novembre 1802.
    Dans une des diverses rencontres entre Dessalines et Pétion tendant à planifier la dernière phase de la guerre de l'Indépendance, et d'un commun accord, Dessalines et Pétion avaient décidé de maintenir le tricolore bleu, blanc, rouge, qui, à leurs yeux, représentait la liberté. Ils avaient, encore d'un commun accord, décidé d'enlever les inscriptions françaises afin de reconnaître leurs troupes. Pour plus de précisions, « Le lendemain de la prise d'armes de Pétion, donc le 14 octobre 1802, Pétion, étant au Morne Rouge où il venait, dans la nuit, de gagner Clervaux à la cause de l'indépendance du pays, obtint le serment de sa petite troupe présente. Sur le champ, il avait arraché « les armes françaises au drapeau qu'il tenait dans ses mains et les jeta loin de lui. » (1) Toutes les troupes insurgées en firent de même par la suite en enlevant les inscriptions françaises. Par armes ou inscriptions françaises, il s'agissait du Coq gaulois qui se trouvait à la partie supérieure de la hampe et des initiales R. F. pour République Française. Il faut dès lors insister ici que les armes françaises avaient été annulées, mais le drapeau tricolore français avait été conservé jusqu'à cette date.
    En décembre 1802, en route vers l'Ouest pour continuer son mouvement de ralliement, les troupes de Pétion étaient mises en déroute par les Français dans la plaine du Cul-de-Sac, lors de la bataille de Pierroux. Un des drapeaux de l'armée de Pétion avait été accaparé par l'adversaire qui se replia vers Port-au-Prince. A cette date, l'armée révolutionnaire avait adopté, comme précisé, le bleu, blanc, rouge français, c'est-à-dire que les indigènes utilisaient les mêmes couleurs que le drapeau français, le tricolore bleu blanc rouge. A Port-au-Prince, à la vue du drapeau qu'utilisaient les indigènes, les autorités françaises interprétèrent que les révolutionnaires ne voulaient pas l'Indépendance d'où une nationalité distincte, et qu'ils combattaient uniquement pour la liberté. Cette interprétation fut publiée sous forme de Proclamation par les autorités coloniales.
    Toutefois, en février 1803, cette Proclamation des autorités de Port-au-Prince parvint à Pétion qui l'avait aussitôt expédiée au général en chef Dessalines à la Petite Rivière de l'Artibonite. Dans le message annexé, Pétion avait suggéré à Dessalines l'adoption d'un drapeau. Quand Dessalines reçut cette correspondance, il supprima la couleur blanche du drapeau français et relia le bleu au rouge, symbolisant l'union des noirs et des mulâtres ; les deux couleurs étaient disposées verticalement, le bleu du côté de la hampe.
    L'Ordonnance ou le mot d'ordre de la création de ce drapeau avait été envoyé par Dessalines à tous les commandants et commandements qui avaient adhéré à l'embryon d'armée et à la guerre révolutionnaire ; ainsi, le bicolore bleu et rouge fut l'objet d'un ordre du jour spécial de Dessalines - les généraux qui reçurent cette Ordonnance ou ordre du jour étaient : Capois, Toussaint Brave, Christophe, Vernet, Clervaux, Pétion et Geffrard. Pétion, par exemple, alors à l'Arcahaie, avait lui aussi rapproché les deux couleurs désignées comme indiquée par l'Ordonnance du général en chef, Dessalines ; Capois dut faire de même dans le Nord-Ouest, Geffrard itou en se rendant dans le Sud, Dessalines tout aussi bien en se rendant peu après à l'Arcahaie, pour ne citer que ceux-ci ; et les deux parties du bicolore avaient certainement été reliées et cousues.
    Ce drapeau bleu et rouge à la verticale fut le premier drapeau de l'Armée Indigène révolutionnaire. Et il est regrettable que cet ordre du jour ou Ordonnance ne soit pas (encore) retrouvé, car les débats sur la création du drapeau haïtien auraient profité d'une date précise et officielle et éviteraient à la nation bien des déclarations fantaisistes, parfois érigées en mythes, et tendant souvent à semer la division au niveau social, sociétale, politique, économique, voire à évoquer des connotations épidermiques.

    [BREAK=AVANT LE CONGRÈS À L'ARCAHAIE]
    Le bicolore bleu et rouge avait été remarqué en diverses occasions avant le Congrès à l'Arcahaie. Par exemple, en route pour les Cayes, les troupes de Geffrard, vers la fin de février 1803, reçurent une décharge et furent repoussées aux environs d'Aquin. Dans cette échauffourée, l'armée indigène perdit un drapeau, vraisemblablement un porte-drapeau y comprit. Puis, aux Cayes, quand le chef de bataillon Francisque, sous les ordres de Férou, y avait repoussé les Français le 6 mars 1803. Geffrard arriva aux Cayes le 5 mars et accomplit sa jonction avec Férou à Charpentier. Rencontre qui, par ailleurs, provoqua des scènes émouvantes, car ce fut pour la première fois depuis la fin de la guerre du Sud (1800) que ces anciens partisans de Rigaud, alors dispersés, se rencontraient. En dépit de leurs appréhensions contre Dessalines à cause des actions de celui-ci dans ladite guerre, tous acceptèrent de reconnaître son autorité en tant que général en chef à Charpentier.
    Le lendemain 6, le général noir Laplume, de l'ancienne armée de Louverture qui commandait les troupes françaises aux Cayes, opéra une sortie contre l'armée Indigène. Geffrard et Férou menèrent la défensive et l'armée française fut refoulée dans la ville. Chauffés à blanc par ce succès, les Indigènes contre-attaquèrent sous peu. Ce fut au cours de ce combat que le chef de bataillon Francisque planta le bicolore indigène sur les remparts des Cayes, à proximité du palais du gouvernement. Francisque reçut ensuite une décharge de mitraille et fut blessé à la cuisse ; ses troupes furent repoussées ; Geffrard se retira au Camp Gérard et Férou prit la route des Côteaux.
    Dans une autre épisode de la lutte pour l'Indépendance, la présence du drapeau a été notée. L'action se passait parallèlement au début de mars 1803 près de Port-de-Paix sur l'habitation Desroulins où le colonel Pourcely tenait l'avant-poste avec le 1er bataillon de mille hommes de la 9e demi-brigade réorganisée par Capois. Au cours d'un corps à corps entre les troupes françaises commandées par Daulion et les troupes indigènes commandées par Poucely, un bataillon français entra en scène avec une mitraille qui fit des ravages du côté des indigènes. C'était la pagaille, ceux-ci couraient de toutes parts en dépit des ordres de Pourcely qui ne put les maintenir sur le champ de bataille. Pourcely alors « se saisit du drapeau indigène et leur dit d'aller annoncer au général Capois qu'ils l'avaient abandonné ». (2) Pensant aux réactions de Capois qui ne plaisantait pas avec la discipline militaire et ayant pratiquement honte de leur fuite, les soldats rebroussèrent chemin et retournèrent vaillamment au combat. Suite heureuse et temporaire, Pourcely remporta cette manche et conserva sa position avancée.
    Ce fait d'armes fut en prélude à la prise incroyable à Port-de-Paix du Petit fort par Capois le 13 mars 1803 ; les indigènes avaient fabriqué de hautes échelles et silencieusement escaladèrent pendant la nuit les murailles du fort. Ce coup d'audace, ce fait d'armes, avait été relaté par les bulletins et rapports de l'état-major français.
    Port-de-Paix était dans la ligne de mire de l'armée Indigène, Rochambeau y fit parvenir des troupes et les Français conservèrent la place. Capois, de son côté, était comme obnubilé ; il continuait d'assiéger la ville, il voulut à tout prix la prendre. Une nouvelle tentative eut lieu les 12 et 13 avril 1803. Les Indigènes, commandés par le colonel Vincent Louis, se positionnèrent derrière un blockhaus que les Français avaient élevé. Sous peu, ce retranchement fut bombardé, les Français répondirent avec vigueur, mais la poudrière sauta et ce fut la pagaille du côté français ; en courant vers le fort Pageot, ils furent encore assaillis à l'intérieur de ce bâtiment par l'armée Indigène et toute la garnison française succomba. « Le drapeau Indigène flotta sur cette fortification ». (3)
    Le commandant indigène, le colonel Vincent, du fort Pageot étant, ouvrit le feu pendant la nuit en direction du Grand Fort, toujours occupé par les Français. « A une heure du matin, le général Capois atteignit, au milieu d'une grêle de balles, le Grand Fort contre lequel il appliqua trois échelles. Il monta à l'assaut, suivi de ses soldats et parvint le premier sur les remparts où il planta le drapeau indigène ». (4) Les Français rétorquèrent et reprirent temporairement ces positions ; mais l'armée française diminuée dut évacuer sous peu Port-de-Paix pour se positionner au Cap.
    Tandis que Dessalines assurait l'organisation militaire de la guerre, il devait aussi coordonner et uniformiser l'armée dans le Nord et l'Artibonite. Pétion avait la même mission de coordination dans l'Ouest et Geffrard dans le Sud. L'Ouest particulièrement était dominé par Lamour Dérance, qui lui aussi se voulait général en chef. Bien qu'il eût donné à Pétion l'assurance du passage de Geffrard qui devait se rendre dans le Sud en février 1803, il avait refusé de reconnaître Dessalines en tant que général en chef de l'Armée Indigène. Lamour Dérance avait aussi sous ses ordres Cangé (par contre, celui-ci secrètement reconnut l'autorité de Dessalines) et beaucoup d'anciens partisans de Rigaud, tels Lamarre, Marion, Sanglaou, Mimi Baude, etc., réticents à reconnaître l'autorité de Dessalines, gardant en mémoire la Guerre du Sud.
    Pétion, cantonné à l'Arcahaie, invita donc le général en chef dans cette ville, du 15 au 18 mai 1803, pour rencontrer Cangé et d'autres chefs influents de la région afin de planifier la guerre dans l'Ouest et le Sud. Madiou semble insister sur le fait que : « Personne n'ignore, en Haïti, qu'en mai 1803, quand Dessalines pénétra dans la plaine du Cul-de-Sac, les troupes indigènes portaient le drapeau bicolore qui dès février avait été adopté. » (5) Dessalines devait se rendre plus tard dans le Sud pour rallier le noyau de ses anciens adversaires de la guerre Toussaint / Rigaud, déjà préparés par Geffrard en mars 1803.

    [BREAK=À L'ARCAHAIE]
    Le 18 mai 1803 à l'Arcahaie marquait la fin d'une grande rencontre militaire et unificatrice - un Congrès - planifiée du 15 au 18. Des groupes armés fusèrent des régions avoisinantes pour répondre à cette convocation. S'y trouvaient beaucoup d'officiers des troupes de l'Ouest dont Cangé, Lamarre, Mimi et Cadet Baude, Marion, Sanglaou, Isidor, Derenoncourt, Masson, etc. Dessalines arriva à l'Arcahaie avec des officiers du Nord et de l'Artibonite pour un congrès militaire. Il avait rencontré les officiers de l'Ouest sus-mentionnés, car jusqu'ici son autorité de général en chef n'était pas encore établie dans cette partie du territoire. Cangé avait le contrôle de Petit-Goâve, Lamarre de Léogane, leurs troupes se trouvaient dans toutes les montagnes avoisinantes et ils étaient sous l'obédience masquée du tout puissant de la région à l'époque, Lamour Dérance.
    A l'Arcahaie, Dessalines, accompagné de Gabart, rencontra les officiers de l'Ouest pour régler des problèmes de cette division, car Lamour Dérance n'entendait pas reconnaître l'autorité de celui-là en tant que général en chef. A cet effet, par le biais de Pétion, Cangé finalement se décida à le rencontrer ; la rencontre eut lieu d'abord à Frères, puis à l'Arcahaie. Dune importance majeure, le Congrès à l'Arcahaie garantit l'importante et stratégique intégration de Cangé et d'autres officiers dans l'armée, établit les plans d'attaque du Cul-de-Sac dont la Croix-des-Bouquets, permit la préparation du siège de Jacmel, et facilita le voyage pacificateur du général en chef dans le Sud après tant d'atrocités commises pendant et après la guerre du Sud.
    Le 18 mai 1803, lors du Congrès militaire de l'Arcahaie, les diverses forces armées, incluant les cultivateurs, s'unifiaient et se solidifiaient. Les trois phases essentielles pour une révolution, à savoir : prise de conscience, mobilisation et radicalisation, étaient bien en place. La lutte pour la liberté était à cette dernière phase violente et défiante ; les Français avaient rétabli l'esclavage, il n'était plus question de négociations, plus question de retourner en arrière, une armée organisée était fondamentale pour combattre la puissante armée française et, au nom de la liberté, tous y mirent foi à la guerre. Ce fut un véritable grenadye a laso, sa ki mouri zafè a yo...
    La révolution haïtienne à cette phase ultime de radicalisation, les énergies se convergeaient, l'inscription « Liberté ou la Mort » signifiant « Libre ou Mourir » fit son apparition sur le bicolore bleu et rouge à l'Arcahaie. Le thème du drapeau avait certes été débattu à l'Arcahaie : par exemple, dans une lettre datée du 24 mai 1803 du Dondon, le général Christophe attestait avoir reçu le nouveau drapeau bleu et rouge suite aux dispositions prises avec le général Pétion à l'Arcahaie. Toutefois, la question du drapeau n'était-elle pas secondaire lors de ce Congrès, car ce problème était déjà résolu ; n'était-t-elle pas encore secondaire par rapport à l'importance des planifications et stratégies militaires à élaborer pour la cohésion de la guerre révolutionnaire avec l'Ouest et le Sud ?
    Divers drapeaux étaient sur les lieux : les bicolores bleu et rouge, noir et rouge, plus les divers drapeaux des bandes guerrières nouvellement organisées, plus les drapeaux des 'lwa' protecteurs et/ou guerriers de ces bandes : drapeaux rouge pour Ogou, bleu pour Zaka, vert pour Simbi... se trouvaient à l'Arcahaie le 18 mai 1803, où les principaux chefs militaires de la guerre de l'Indépendance se rencontraient afin de prendre les dispositions nécessaires pour chasser les Français dans l'Ouest et le Sud.
    A la fin du Congrès militaire de l'Arcahaie, le 18 mai 1803, Dessalines avait été reconnu par toutes les composantes armées du territoire en tant que général en chef de l'armée révolutionnaire ; les plans d'attaque de Port-au-Prince avaient été élaborés. Cangé devait faire semblant d'obéir toujours à Lamour Dérance, en attendant le limogeage ultérieur de celui-ci ; Cangé avait aussi reçu l'ordre de se porter sur la Coupe, actuelle Pétion-Ville ; Pétion, de l'Arcahaie, se porterait sur le Cul de Sac, et Dessalines de Mirebalais, envahirait de même cette plaine. Les révélations du marin Jean-Pierre au sujet des plans de l'attaque du Cul-de-Sac lors de son interrogation occasionnèrent la déroute de l'Armée Indigène et la victoire des Français dans ce combat. Entre-temps, Geffrard dans le Sud avait rallié Férou et d'autres chefs du Sud, anciens partisans de Rigaud, qui avaient fini par reconnaître l'autorité de Dessalines ; ce dernier se rendit bientôt aux Cayes, au Camp Gérard, (désormais historique), pour se réunir avec ses anciens adversaires et élaborer les plans de la guerre révolutionnaire dans le Sud.
    En effet, après le Congrès de l'Arcahaie le 18 mai 1803, Dessalines consolida l'armée dans l'Ouest et s'était installé dans la plaine du Cul-de-Sac. Rochambeau avait laissé Port-au-Prince pour se rendre au Cap, et, en fonction de l'absence de ce dernier dans la région, Dessalines décida de se rendre aux Cayes pour confirmer l'adhésion des troupes du Sud et faire front commun pour poursuivre la guerre de l'Indépendance. Vers la fin de juin 1803, il passa par La Coupe et, chevauchant à travers les montagnes, atteignit le Camp Gérard dans la plaine des Cayes.
    A son arrivée, il se rendit compte des appréhensions des citoyens de la région contre lui à cause des raisons mentionnées précédemment. Il réunit les troupes et leur parla en Créole de l'unité nécessaire, de l'amour de la liberté, et que ce fut en raison de cet amour de la Liberté qu'il obéit aveuglément à Toussaint Louverture en tant que soldat ; du reste, il affirma avoir sauvé néanmoins quantité d'adversaires ici présent lors de cette guerre. Il finit son intervention en disant : « ... Mes frères, oublions le passé ; oublions ces temps affreux, alors qu'égarés par les blancs, nous étions armés les uns contre les autres. Aujourd'hui, nous combattons pour l'Indépendance de notre pays, et notre drapeau rouge et bleu est le symbole de l'union du noir et du jaune... ». (6) Le drapeau bleu et rouge adopté en février 1803 fut, dans cette perspective, non seulement consacré, mais officialisé ; il fut conservé jusqu'à la Constitution de 1805 qui transformait les couleurs en noir et rouge.
    A cette phase, il est important de noter que bien que Dessalines eût décidé du bicolore bleu et rouge, certains des corps de l'armée qu'il commandait dans le Nord et dans l'Artibonite avaient arboré le drapeau noir et rouge, dès le début de la guerre révolutionnaire. Ce drapeau, en conséquence, aurait pu être présent avec quelques corps de l'armée qui avaient accompagné Dessalines au Congrès militaire de l'Arcahaie. Paradoxalement, quand Dessalines créa le drapeau bleu et rouge, Lamour Dérance, par opposition au général en chef, avait adopté le noir et rouge. De plus, au sujet du rapport de capitaine français Yves Marie Bot à l'amiral Latouche-Tréville, il était fort probable que l'une des barges qui ramenait Cangé aurait pu avoir un drapeau noir et rouge à bord, avec toute réserve que le bleu et rouge, mouillé, trouvé dans une barge coulée et vraisemblablement examiné la nuit, pourrait apparaître comme le noir. De surcroît, lors de la prise de Jacmel le 27 septembre 1803 par Rochambeau, une carte en couleur de l'état-major français aurait révélé la présence des bicolores bleu et rouge et noir et rouge ; Cangé et les anciens officiers de Rigaud établis dans la région avaient auparavant adhéré à Lamour Dérance qui, lui, arborait le drapeau noir et rouge.
    Le bicolore national, à la verticale, reçut son baptême de feu, si on peut dire, dans la nuit du 18 au 19 mai 1803, avec le sacrifice de Laporte dans l'une des barges qui ramenait Cangé à Petit-Goâve pour la mise en oeuvre des ordres reçus. Cependant, il n'est pas évident qu'il y eut création et consécration officielle du drapeau le 18 mai 1803 à l'Arcahaie. Le marin Jean-Pierre, même sous pression physique, n'a pas mentionné un tel événement lors de son interrogation ; Dessalines n'avait pas non plus avisé Geffrard dans sa lettre datée du 19 mai 1803 où il était, entre autres, question de sa venue prochaine dans le Sud.
    Le drapeau Haïtien créé à la Petite Rivière de l'Artibonite en février 1803 (en toute probabilité vers la première quinzaine du mois - le drapeau étant remarqué simultanément aux Cayes et à Port-de-Paix au début de mars 1803) resta inchangé au cours de la guerre de l'Indépendance. Le bicolore bleu et rouge flotta dans les combats qu'avaient mené les indigènes et l'armée révolutionnaire sur tout le territoire à conquérir au nom de la liberté et pour la liberté. Le bicolore bleu et rouge flotta encore à Vertières le 18 novembre 1803, alors que Capois - le héro du jour - harcelait l'armée française au pied du fort Vertières, Dessalines conçut l'idée de s'accaparer de la butte de Charrier ; il appela Gabard et lui fit part de cette nouvelle stratégie ; Gabart lui répondit qu'en passant par cette voie, les troupes se retrouveraient anéanties par les feux croisés des forts Bréda, Vertières et Pierre Michel ; Dessalines ordonna : « Je veux que le drapeau indigène flotte avant une demi-heure sur le sommet de Charrier, dussé-je voir disparaître numéro par numéro tous les corps de l'armée ; je veux que vous passiez l'arme au bras sous la mitraille des forts ». Le bicolore bleu et rouge flotta dignement ensuite aux Gonaïves le 1er janvier 1804.

    [BREAK=1804 À NOS JOURS]
    Le bicolore bleu et rouge a été remplacé par les couleurs noires et rouges, le noir du côté de la hampe, sous l'empire en 1805. Dessalines avait modifié « l'ordonnance de 1803 » et avait substitué le bleu par le noir, sans changer les dispositions verticales - article 20, Constitution impériale de 1805. Après la mort de l'empereur, la question du drapeau n 'avait pas été réellement évoquée pendant quelque deux mois et demi. Christophe, dans le royaume du Nord, avait conservé les couleurs noires et rouges jusqu'en 1820 ; Pétion, dans la République de l'Ouest et du Sud, avait fait de même jusqu'après la bataille de Sibert contre Christophe, les 1er et 2 janvier 1807. (7)
    Au cours de cette bataille, les armées des deux belligérants se retrouvaient avec le même drapeau et la similitude des drapeaux dans les deux camps avait créé une certaine confusion à un moment de la durée. Face à cet état de fait, peu de temps après cette confrontation, alors qu'il s'agissait de la continuité de la guerre et de la séparation du pays en deux Etats, Pétion, suite à une requête du Sénat lui demandant de réviser les limites du département de l'Ouest, profita pour reprendre « l'ordonnance du drapeau de 1803 », changée par Dessalines en 1805 et suivie par Christophe jusqu'en 1820. Pétion revint alors au drapeau de la guerre de l'Indépendance, le bleu et rouge, mais avec les couleurs disposées horizontalement : le bleu en haut et le rouge en bas. (8) Toutefois, un observateur aurait remarqué un drapeau similaire dans le voisinage immédiat de Dessalines deux semaines après la proclamation de l'Indépendance. Diverses hypothèses avancent de même que ce bicolore bleu et rouge à l'horizontal serait celui de l'Arcahaie et celui de l'Indépendance. (9)
    Le bicolore national bleu et rouge, à l'horizontal fut consacré par la Constitution de 1843 dans son article 192. Des légères modifications avaient été apportées au niveau des Armes de la République, notamment sous la présidence de Sudre Dartiguenave, par l'Arrêté du 18 mai 1920. Au sujet des armes de la République, nous nous référons au rapport soumis au président Dumarsais Estimé (1946-1950) par une commission chargée de statuer sur les spécificités du drapeau Haïtien : « La version qui prétend que les Armes de la République ont été dessinées par le Président Alexandre Pétion semble tout à fait controuvée.- Ainsi, on trouve ces trophées figurant sur un acte officiel du Général Christophe, Président et Généralissime des Armées de Terre et de Mer et cela en 1808.- En 1798, nous voyons ces mêmes trophées sur l'empreinte d'un cachet d'une lettre signée du Général Moïse (sic).- De plus une carte postale éditée par la Société des Amis de l'abbé Grégoire pour le sesquicentenaire de la révolution française en 1939 représentant le débarquement du Général Vincent Ogé à Saint-Domingue (Haïti) reproduit le même trophée daté de 1790 ». (10)
    Néanmoins, après une expérience de vie relativement stable, le bicolore bleu et rouge fut modifié le 21 juin 1964. L'administration de François Duvalier, afin d'asseoir sa dictature, avait adopté le drapeau noir et rouge à la verticale, drapeau utilisé pendant l'empire de Dessalines de 1805, et avait de même modifié les armes de la République - article 191, Constitution de 1964 et article 61, Constitution de 1983.
    Tout de suite après la chute du régime des Duvaliers, le 7 février 1986, le Conseil National de Gouvernement / CNG, constatant l'euphorie populaire en faveur du drapeau national, rétablissait par décret le drapeau bleu et rouge à l'horizontal, avec les armes de la République, le 11 février 1986 ; puis par une Proclamation datée du 25 février de la même année ; ensuite par les articles 2 et 3 de la Constitution de 1987.

    BIBLIOGRAPHIE
    Ardouin, Beaubrun, Etudes sur l'histoire d'Haïti, Tome cinquième, Chs. VIII - XIII, Chez l'Éditeur: Dr François Dalencour, P-au-P, 1958.
    Auguste, Claude & Marcel B. Pour le Drapeau - Contribution à la recherche sur les couleurs haïtiennes, Édité par C. & M. B. Auguste, Canada, 1982.
    Dalencour, François Dr, Biographie du Général François Cappoix - Le Héros de la bataille de Vertières (18 novembre 1803), première Édition, Chez l'auteur, P-au-P, 1956 ; 2e Édition : Collection du Bicentenaire Haïti 1804-2004, Éditions Fardin, P-au-P, 2003.
    Dalencour, François Dr, Précis méthodique d'Histoire d'Haïti ; cinq siècles d'histoire, 1492 - 1930, Chez l'Auteur, P-au-P, 1935.
    Ledan, Jean Fils, A propos de l'histoire d'Haïti, saviez-vous que... Vol. II, Éditions Henri Deschamps, P-au-P, 1997.
    Ledan, Jean Fils, A propos de l'histoire d'Haïti, saviez-vous que... Vol. III, Bèljwèt Publications, ISBN 976-95017-00, P-au-P, 1998.
    Ledan, Jean Fils, A propos de l'histoire d'Haïti, saviez-vous que... Volume VI, Bèljwèt Publications, ISBN 976-95017-04, P-au-P, 2001.
    Madiou, Thomas, Histoire d'Haïti Tome II 1799-1803, Éditions Henri Deschamps,
    P-au-P, 1989.
    Madiou, Thomas, Histoire d'Haïti Tome III 1803-1807, Les Éditions Fardin, P-au-P, 1985.
    Sannon, Horace Pauléus, Histoire de Toussaint-Louverture, Tome III, Ch. VIII, Imprimerie Auguste A. Héraux, P-au-P, 1932.
    Trouillot, Hénock, Le Drapeau Bleu et Rouge, Une mystification Historique, in Revue de la Société Haïtienne d'Histoire, de Géographie et de Géologie, # 104, Vol. 30, Imp. Théodore, P-au-P, janvier-avril 1958.
    Le Drapeau Haïtien, Vol. 3, Bulletin No.1, Commission Nationale de Coopération avec l'UNESCO, Mars-Avril-Mai, 1988.

    NOTES
    1.- Dr François Dalencour, Biographie du Général François Cappoix - Le Héros de la bataille de Vertières (18 novembre 1803), première Édition, Chez l'auteur, P-au-P 1956, citant Madiou ; 2e Édition : Collection du Bicentenaire Haïti 1804-2004, Éditions Fardin, P-au-P 2003, p.39 .
    2.- idem, p. 48 ; citant Ardouin
    3 & 4.- Thomas Madiou, Histoire d'Haïti Tome III 1803-1807, Les Éditions Fardin,
    P-au-P 1985, p. 25.
    5.- Thomas Madiou, Histoire d'Haïti Tome II 1799-1803, Éditions Henri Deschamps, P-au-P 1989, p. 529
    6.- Madiou, Tome III, p 62.
    7 & 8.- Dr François Dalencour, Précis méthodique d'Histoire d'Haïti ; cinq siècles d'histoire, 1492 - 1930, Chez l'Auteur, P-au-P 1935, p.40.
    9 & 10.- Le Drapeau Haïtien, Vol. 3, Bulletin No.1, Commission Nationale de Coopération avec l'UNESCO, Mars-Avril-Mai 1988, pp. 8, 26.
    * Texte revu, augmenté et corrigé (2007).- Publication originale dans A propos de l'histoire d'Haïti, saviez-vous que... Volume VI, Bèljwèt Publications, ISBN 976-95017-04, P-au-P, 2001.
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