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    Une émergence de chorégraphies: Danses afro-américaines

    Une émergence de chorégraphies: Danses afro-américaines

    Le mouvement rythmique, un des moyens d?expression le plus approprié pour faire part de manière ludique, de leurs joies et de leurs peines, a permis de développer la musique et les arts décoratifs, qui en sont des compléments. Accompagné de chant, la danse fonctionnelle à un impact certain sur l?état d?esprit du public des spectateurs qui, par le temps, finit par apprendre à décrypter les mouvements du corps porteurs de messages.
    Les Européens médusés par les scènes de danse en tant qu?ethnologues ou anthropologues font part de leur admiration pour les cérémonies rituelles aussi bien en Afrique, terre d?origine, qu?en Amérique. Bowling rapporte ses impressions prises sur le vif à l?occasion d?un spectacle de danse à Kumasi. En voici un extrait : «Plus de cinq mille personnes, guerriers pour la plupart, nous saluèrent d?une grande explosion de musique martiale, discordante seulement par le jeu d?instruments qu?elle groupait : cors, tambours, hochets, gongs se manifestaient avec un zèle proche de la frénésie, s?exerçant à nous apprivoiser par une bonne première impression. La fumée répandue par le tir incessant de la mousqueterie nous encerclait et confinait nos regards au premier plan.»
    Un siècle plus tôt, un autre étranger en voyage d?exploration en Gambie, a relevé des impressions en rapport avec le quotidien. Il parle même du public pour son attitude participative autour des danseurs : «De jour comme de nuit, dit-il, ils continuent de danser jusqu?à ce que celui qui joue soit complètement fatigué ; celles qui tiennent le plus à la danse sont les femmes, qui dansent sans les hommes, avec les genoux recourbés et le corps plié. Quant aux observateurs, ils semblent honorer les danseuses en battant des mains comme pour battre la mesure ; et quand dansent les hommes, ils le font l?épée au clair.»
    Des danses rituelles sur une place emblématique
    Le regard de l?étranger ne s?est pas focalisé sur les mouvements des danseurs, mais sur la place choisie pour organiser le cérémonial : une aire aménagée pour rassembler les Noirs à embarquer vers l?Amérique. Un seul danseur entre en mouvement cadencé, au son d?un instrument de musique.
    D?après un observateur étranger, toute danse a, selon les circonstances, un caractère religieux ou séculière. Aussi, le danseur se trouve investi d?une mission sacrée en faveur du groupe. Par ses mouvements, il répond à Dieu qui l?interpelle. Il court, se roule par terre, saute, tourne sur lui-même, grimpe, il se calme et rejoint le groupe des danseurs.
    La même danse s?est retrouvée ressuscitée dans le Nouveau Monde, là où les Noirs déracinés ou leurs descendants ont pu exercer librement leur expression rythmique, sans les tambours interdits depuis longtemps en vertu de tous les préjugés raciaux, religieux ou autres.
    Il a fallu attendre le XVIIIe et le XIXe siècles pour que les Noirs se retrouvent libres d?exécuter leurs danses ancestrales, reflet de leur identité. Un processus d?assimilation fondé sur le métissage des cultures et des races est désormais enclenché, de manière irréversible. La célébration de la pentecôte s?assimilait au Carnaval des Africains, tant la musique africaine est toujours dominante.
    A Manhattan, en Nouvelle Angleterre, et partout ailleurs où les esclaves ont subi les pires ségrégations et vexations, les interdictions ont été levées au point où les anciens opprimés célèbrent au printemps «Lection Day», coutume par laquelle ils pouvaient élire un roi ou gouverneur conformes à leurs traditions. La cérémonie est marquée par des jeux, chants et danses, en langue africaine. La place Congo de la Nouvelle Orléans en Louisiane fut aussi le théâtre des danses africaines, cela de 1786 jusqu?au milieu du 19e siècle. A leur spectacle dansant s?est joint une fois l?architecte anglo-américain Benjamin Henry Boneval Latrobe qui tomba tout à fait par hasard vers 1820 sur quelques centaines de Noirs en mouvements rythmiques. Au milieu d?eux dansaient deux femmes en agitant des mouchoirs. La danse à laquelle il avait assisté est appelée danse du cercle au milieu duquel se trouvaient des danseurs «solo» exécutant un mouvement lent conforme au rythme d?un clavier bien tempéré. Mais en Nouvelle-Angleterre comme dans l?Etat de New York, il n?y eut point de transe parce qu?on avait décidé qu?elle ne devait pas avoir droit de cité sous le prétexte fallacieux de laïcité.
    La danse rituelle destinée à renouer avec le sacré rappelle le modèle ouest-africain avec cette seule différence qu?elle se double du phénomène de la possession, peu importe qu?elle soit de tendance catholique ou protestante. Cette possession signifie être habité par un dieu pour les Noirs du Surinam ou de Haïti.
    Survivances des danses
    rituelles africaines au Brésil, Cuba, la Trinité
    En Amérique du Nord, ce type de danse est désigné sous le nom de «ring shout» parce qu?elle est à la fois danse du cercle et chant fortement rythmé et crié. On la retrouve dans le Sud durant les réunions dominicales des esclaves dans les maisons de prière qu?on leur avait ouvertes. En fait, il s?agit de chant accompagné de musique instrumentale et vocale, dansé, dont John Watson (1819) donne quelques indications importantes : «A chaque mot ainsi chanté, ils ont un affaissement de l?une ou l?autre jambe, en alternance, faisant naître des pieds un bruit audible à chaque pas, aussi discernable que les pas de vraies danses nègres de Virginie (Philadelphie). Si, entre autres, certains d?entre eux se sont assis, ils produisent le même bruit en se frappant alternativement les cuisses.»
    Un chef nègre, compositeur de cantiques, s?est distingué dans ses offices par grognements, cris, sauts et autres trépignements pour rappeler à l?ordre ses adeptes à qui il faisait chanter : «Tant de grognements et de cris, cela m?incline à douter, / Je crains que ce genre de religion ne soit qu?un rêve ; / Les pasteurs trépignaient, les fidèles sautillaient./ Et criaient si fort que je ne pouvais les entendre, / pour prier ou prêcher, tant d?horribles cris rauques, / c?était des plus désagréables pour tous les gens présents.» Si tel est un des textes destinés à être chantés, on, ne peut qu?exprimer notre admiration pour les compositeurs versificateurs qui devaient avoir beaucoup de talent, en tant qu?homme de religion et de représentant d?une ethnie déracinée.
    L?évêque Daniel Alexander Payne, qui a pris la succession, dans la même région et les mêmes rôles, faisait chanter les fidèles en les faisant battre des mains, marteler des pieds le sol ; ceci pour reconstituer des pratiques clandestiques. Le ring shout, dont nous avons parlé au début, a survécu aux Etats-Unis jusqu?à nos jours, sous le prétexte de revenir après chaque réunion de prière. Ce que nous rapportent des témoins oculaires : «Quand la réunion de prière est terminée, elle est habituellement suivie de l?étrange et impressionnante exécution du shout : la danse religieuse des Noirs.
    Trois ou quatre d?entre eux, debout, se frappant les mains sans bouger et marquant des pieds la mesure, commencent à chanter à l?unisson une de ces étranges mélodies propres au shout pendant que les autres marchent en cercle autour d?eux en file indienne.
    Une danse religieuse qui rapproche de Dieu
    Bel idéal que celui pour lequel entrent en mouvement rythmé ; ceci apparaît avec le retour de la transe, au XXe siècle. Lomac en parle en évoquant une hypnose collective due à une frénésie dans le cercle. La musique a été capable de provoquer l?extase mettant chacun dans un état second. La même phrase est répétée plusieurs fois, pendant des heures, au point de conduire à l?extase.
    «Des femmes, dit un observateur étranger à l?ethnie, en hurlant, tombent au sol, ventres à terre et tremblantes. Des hommes, épuisés, se retirent du shout dont l?exécution donne à relever un grand nombre de remarques : le shout a lieu après le service religieux.
    La même danse, expression corporelle, naît du chant rythmé qui l?accompagne. Les danseurs se déplacent en file indienne, même s?il s?en détache une monotonie. En Afrique, le ring shout se déplace en cercle. Si la possession a lieu en Afrique, la transe en Amérique du Nord saisit ceux qui forment un cercle.
    Ceux qui ont subi la transe doivent quitter la scène pour éviter la récidive que peut reproduire à l?infini toute musique appropriée. La transe est rituelle moyennant geste et affectivité, alors qu?en Amérique, elle se résume à une danse effrénée ayant quelque rapport avec la religion. Et la religion africaine est pratique, loin d?être affective.
    La religion qui se pratique dans la communauté noire américaine est une religion du travail.
    Mais la religion affective est une religion du réveil, plus affective que rationnelle ou que morale.
    Dans le vaudou haïtien, nous dit Bowdich, intéressé par cette pratique originale, «tout l?art de la danse s?exprime moins dans le jeu des pieds que dans celui des épaules et des hanches».
    Dans ce type de danse, il semble impossible de laisser traîner les pas. Dansant d?un pas rapide, en Amérique du Nord, le participant à ce mouvement fondé sur un rythme ; il jette son torse en arrière et lance ses jambes aussi haut que possible. Mais il ne faut pas oublier que chaque mouvement mérite explication. Bishop Payne entend dire que l?esprit de Dieu s?opère en chacun de différentes manières.
    On considère, dans le milieu des croyants noirs, que l?utilisation des instruments musicaux peut être considérée comme une profanation du lieu du culte. Tambours et autres instruments sont défendus par la religion. C?est probablement en guise de compensation qu?on a introduit le battement des mains, le martèlement des pieds, le pas traîné, qui perpétuent la mémoire.
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