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    L'augmentation du salaire minimum: un dilemme

    [coverattach=1]La conjoncture nationale est dominée par le débat sur la loi sur le salaire minimum qui a déjà été votée par le Parlement de la République mais retournée avec les objections du Chef de l'Etat. Si ces débats sont nécessaires vu l'importance de la loi pour les travailleurs et ses impacts sur l'économie, il faut admettre qu'ils sont tardifs et auraient dû être conduits deux ans plutôt avant le vote du Parlement. Cependant, l'enjeu étant de taille, toutes les réflexions semblent avoir encore leur place pourvu qu'elles apportent des éclairages aux décideurs qui n'avaient pas nécessairement pris toute la mesure de leur décision ni l'avaient placé dans son contexte économique globale. Cet article ambitionne de poser le problème dans ses dimensions macro et micro en vue de mieux guider le Parlement et l'Exécutif sur le vote de la loi sur le salaire minimum.

    1. Le salaire minimum : définition
    Quand on parle de salaire minimum, il faut comprendre le salaire de base que les personnes composant la force de travail doivent recevoir des employeurs impliqués dans la production de biens et de services d'un pays. Ce salaire de base est déterminé par les conditions économiques historiques de ce pays dont les principaux éléments sont : les conditions objectives de production, c'est-à-dire l'état de l'appareil productif, le niveau du développement technologique, l'offre et la demande de travail, le niveau du produit intérieur brut et son comportement tendanciel et structurel, la maitrise de la gestion des paramètres macroéconomiques (inflation et taux de change dans notre cas).

    Le salaire minimum est en général placé dans un contexte global d'économie intégrée, c'est-à-dire ceux-là qui le reçoivent sont en mesure d'accéder à un niveau de biens et services minimum qui sont fournis par le système économique : achat de nourriture, paiement du transport et du loyer, accès à des services médicaux de base pour garantir la santé de la force de travail. Ces biens et services sont le plus souvent produits par les différents secteurs économiques qui font l'objet d'une politique dynamique de croissance et de développement et dont l'articulation va déterminer l'allure globale de l'économie du pays.

    Le salaire minimum concerne en effet tous ces secteurs et constitue la base d'entrée que tout travailleur doit recevoir pour évoluer dans le système économique, compte tenu des conditions existantes.

    L'ajustement du salaire minimum dans cette conjoncture économique complexe et difficile est à la fois une nécessité et un dilemme.

    2. De la nécessité de l'ajustement
    La nécessité d'ajuster le salaire minimum découle de la détérioration du pouvoir d'achat de ceux-là qui gagnent un salaire fixe sur une longue période et qui expérimentent une dégradation dans leurs conditions de vie à la faveur de l'inflation accumulée sur les ans et qui ronge la valeur des revenus fixes (la maitrise des paramètres macroéconomiques). Cette détérioration est aussi assortie de celle de l'appareil productif qui n'est pas parvenu à prendre le chemin de la croissance et qui rend difficile l'accumulation de la richesse et de sa distribution entre les citoyens, donc le salaire minimum n'est pas supporté par une base réelle de production qui aurait pu conserver sa valeur dans le temps (l'état de l'appareil productif).

    Le dernier ajustement du salaire minimum remonte à 2003 après celui de 1995. Lors de ces deux ajustements, le salaire minimum indexé à la valeur réelle dont le dollar est un vrai indicateur représentait US$2.4 et US$1.90 respectivement en 1995 et en 2003. A noter que l'ajustement de 2003 n'a pas permis de rattraper la perte du pouvoir d'achat du travailleur et aujourd'hui, en 2009, cette valeur est de US$1.75. Or la crise économique mondiale et ses effets sur l'économie nationale ont réduit considérablement la marge de manoeuvre du consommateur de manière générale et du gagne petit en particulier, notamment celui qui gagne le salaire minimum. Les répercussions de la crise pétrolière et la montée spectaculaire des prix des produits de première nécessité sur le marché international, et dont Haïti est devenu importateur net, se font encore sentir dans le panier des consommateurs et des travailleurs en particulier.

    Voilà qui justifie qu'il y ait un ajustement du salaire de base de celui qui se trouve au plus petit échelon de l'échelle, c'est-à-dire au premier maillon de la chaine dans une entreprise de production de biens ou de services. Ce salaire minimum doit au moins pouvoir conserver un niveau réel de référence que l'on devra choisir en fonction des objectifs que l'on devra se fixer pour les années à venir.

    3. L'ajustement du salaire minimum, un dilemme
    Si l'ajustement du salaire minimum n'est plus en question, il faut toutefois trouver le niveau auquel l'économie peut le supporter. Rappelons qu'il s'agit ici du plus petit niveau de salaire que l'on devrait appliquer dans toutes les entreprises quand le moins qualifié des travailleurs y est embauché pour effectuer la tâche la plus simple dans la chaine de production de biens ou de services.

    Le dilemme ici vient du fait que ce travailleur doit pouvoir se reproduire tout en n'étant pas un poids qui ralentisse le processus d'accumulation de capital en réduisant considérablement les profits de l'entreprise. Le fait pour une économie de n'être pas intégrée et articulée aggrave ce dilemme. Par exemple, le fait pour le secteur agricole de ne pas pouvoir répondre à la demande de consommation alimentaire et qu'il n'existe pas un système de santé viable qui puisse garantir l'état de santé du travailleur ou encore le fait de la quasi non existence d'un secteur industriel qui puisse produire certains biens industriels et agro industriels indispensables à la vie des travailleurs (le savon, les allumettes, l'huile comestible, le sucre etc.) participent de la complexité de la gestion économique et du maintien du pouvoir d'achat du plus petit des gagnes petits. En d'autres termes, plus l'économie est désintégrée, plus l'envolé des prix affecte la valeur réelle du salaire et le pouvoir d'achat du travailleur.

    Or en ajustant le salaire minimum, il ne faut pas que cela affecte dramatiquement l'offre et la demande de travail, compte tenu du niveau de chômage extrêmement élevé de cette petite économie ouverte, désarticulée et dominée par les activités informelles. Par exemple, la proposition aujourd'hui sur le tapis demande à ce que ce niveau de salaire soit ajusté à 200 gourdes. En termes réels, c'est-à-dire en le transformant en dollars, cela veut dire que de son niveau de $US 1.75 il faudrait le faire passer à US$5 par jour. Ce qui correspond à une augmentation de 186% et signifie que, mis en gourdes, il faudrait minimalement 6000 gourdes le mois pour rémunérer le travailleur qui est recruté au plus bas échelon de la chaine pour effectuer la tâche la plus simple et la moins qualifiée, la moins intensive en capital.

    4. Les conséquences d'une augmentation de 200 gourdes sur le fonctionnement des entreprises

    De manière générale, ce niveau de salaire redéfinit les barèmes de salaire dans l'économie car les personnes ayant une certaine qualification dont le niveau d'entrée dans une entreprise est de 6000 gourdes ne pourront plus recevoir cette somme qui équivaut au salaire de la personne la moins qualifiée dans l'entreprise. En d'autres termes les jeunes universitaires fraichement sortis de l'université et qui recherchent une entreprise pour faire leurs premières armes se verront pénalisés car l'entreprise devra penser à réduire le nombre de ces personnes qualifiées dont les salaires seront nécessairement très supérieurs au salaire minimum légal tout en réduisant le nombre des non qualifiées.

    4.1- Les effets sur une petite entreprise (PE)
    On fait l'hypothèse qu'une petite entreprise version haïtienne évolue dans le secteur de l'imprimerie. Elle emploie 10 personnes dont 7 jeunes cadres débutants (CD) (informatique, comptabilité, réceptionniste etc..), un gardien messager, un manutentionnaire, une ménagère (PPT) tous au niveau d'entrée. Aujourd'hui, sur le marché du travail, le salaire minimum moyen pratiqué dans ses entreprises pour ces deux catégories de travailleurs est de 6000 gourdes pour le premier groupe et 2500 pour le second. On fait aussi l'hypothèse que le rapport de productivité du travail, c'est-à-dire la contribution des travailleurs dans le revenu de l'entreprise est égale 3.3 fois ses dépenses de salaire, les autres dépenses et amortissement pouvant atteindre une moyenne de 50% des revenus. Le tableau suivant illustre la situation de cette petite entreprise qui génère 165000 gourdes de revenu avant impôts et qui vend 1000 bouquins par mois à 165 gourdes l'unité.

    L'augmentation du salaire minimum aura la vertu de faire passer le niveau de salaire du PPT de 2500 gourdes à 6000 gourdes, qui est une amélioration importante de sa situation. Mais elle fait passer aussi le poids des PPT dans la masse salariale de 7500 gourdes à 18000 gourdes, c'est-à-dire de 15% à 30%, sans changer le ratio de productivité (RDP) des deux catégories de travailleurs.

    CATEGORIE Nb. Emp Salaire minimum RDP Masse salariale Poids dans MS Apport au Revenu
    actuel Nouvel Actuel Nouvel actuelle Nouvelle Actuel nouvel Actuel Néces.

    CD 7 6000 10500 2.4 1.75 42000 73500 85% 80% 140000 173600
    PPT 3 2500 6000 0.42 0.57 7500 18000 15% 20% 25000 33400
    Total/moyen 10 1.41 1.16 49500 91500 100% 100% 165000 207000

    Il est évident que cette petite entreprise ne pourra pas continuer à payer le même montant aux CD. S'il doit maintenir un certain équilibre dans son entreprise, il devra ajuster le salaire de ses CD au moins par un rapport variant entre 1.5 et 2 fois, pour une moyenne de 1.75 fois entre les deux. On voit tout de suite que la masse salariale passe de 49500 gourdes qu'elle est au niveau actuel du salaire minimum à 91500 gourdes. Cela voudrait dire que les dépenses augmentent de 25.5%. Pour conserver la situation d'équilibre de l'entreprise, il faudrait au moins générer des revenus de l'ordre de 207 000 gourdes. Et pour conserver les prix de 165 gourdes le bouquin, il faudrait une amélioration de la productivité globale de 25.5% des travailleurs afin de pouvoir produire 254 bouquins additionnels en vue de payer pour l'augmentation consentie dans la masse salariale, ceteris paribus.

    La grande question est de savoir comment générer ce nouveau revenu car la productivité des travailleurs ne changera pas probablement à très court terme. Et dans ce cas, qui va payer les 42 000 gourdes d'augmentation ? Pour que la PE puisse conserver sa situation antérieure, il faudrait qu'elle fasse passer son prix de 165 gourdes à 207 gourdes le bouquin. Une augmentation qui affecterait les mères de familles voulant envoyer leurs enfants à l'école. Il lui faudra donc faire un arbitrage entre le prix des bouquins et une réduction des travailleurs pour continuer à conserver sa situation financière antérieur. Arbitrage qui ne sera pas nécessaire si la demande de bouquins augmente considérablement à la faveur d'une reprise économique et une augmentation du nombre des enfants qui vont à l'école, qui entrainerait des investissements additionnels en machinerie et en formation du personnel en place, suite à une politique d'appui aux imprimeries qui bénéficieraient ou bien des taux d'intérêt bonifiés ou d'une garantie par l'Etat de la vente des bouquins produits. Dans le cas contraire, il y a aurait inévitablement des renvois soit au niveau des CD ou des PPT, mais ces derniers seront en toute probabilité les plus touchés. Il ne serait pas étonnant de voir l'entreprise essayer de combiner le poste de messager et celui de gardien, éliminant ainsi 33% des PPT et de réduire les CD de 7 à 5, soit 28.5%. Cette PE de 10 personnes qui en passerait à 7, mettrait donc au chômage 30% de son personnel.

    De loin les entreprises qui seraient les plus concernées par le salaire minimum sont celles dont la production dépend principalement des travailleurs non qualifiés. Pour ces entreprises, les effets sont directs et immédiats : une augmentation du salaire minimum signifie tout simplement une augmentation de 186% de la masse salariale de tous ceux là qui pratiquaient ce niveau de salaire. Mais cela signifie aussi un ajustement du salaire des ouvriers qualifiés pour maintenir l'équilibre et garder intact la productivité.

    Il ressort de ce qui précède que le plus important est l'augmentation du salaire minimum le plus grand sera l'effet sur les entreprises. En fait, l'augmentation du salaire minimum dans une économie articulée et qui produit de la valeur ajoutée peut être en soit une très bonne chose pour les entreprises car elle augmente le pouvoir d'achat des ouvriers qui sont en mesure de consommer plus de biens et de services. Mais tel n'étant pas le cas dans notre économie désarticulée et improductive, il y a de forte chance que cette augmentation serve plutôt à alimenter l'inflation et financer les importations des biens des produits de première nécessité que l'économie haïtienne ne produit pas.

    4.2 La question des charges supplémentaires

    Les entreprises qui se verraient dans l'obligation de pratiquer le salaire minimum proposé n'aurait pas que l'augmentation comme préoccupation. D'abord, la masse salariale des personnes non qualifiées de son entreprise augmentera proportionnellement à l'ampleur de l'augmentation du salaire minimum. Mais en plus de cela, les charges additionnelles qui sont aussi une proportion de la masse salariale, les heures supplémentaires qui sont basées sur le salaire horaire du travailleur, qualifié ou pas, augmenteront également. Par exemple, un messager ou gardien qui gagne 6000 gourdes en temps régulier, c'est-à-dire travaillant 8 heures par jour, pourrait avoir son salaire passé à 7500 gourdes et à 9000 gourdes s'il était sollicité respectivement pendant 10 heures et 20 heures additionnelles par semaine. En fait, cette situation affecterait pratiquement toutes les petites entreprises de services qui emploient moins d'une vingtaine de personnes et qui sont très sensibles aux ajustements de salaires, compte tenu de leur vulnérabilité et de la fragilité de leur marché. Certains coûts tels, l'électricité qui souvent doit être produit par elles, du loyer généralement élevé, couplés à ceux des matières premières dont les prix varient en fonction du taux de change constituent de véritables défis pour leur existence. Malheureusement, ce sont ces petites entreprises qui constituent le principal tissu de l'économie nationale. Elles sont de type commercial et de services.

    5. Les alternatives
    De toute évidence, il existe ici un vrai dilemme qui découle de la fragilité et de la précarité de l'économie haïtienne. Compte tenu de la détérioration du pouvoir d'achat des ménages, il ne fait aucun doute que certaines considérations doivent se faire. Mais celles-ci doivent tenir compte d'un double facteur : la performance économique globale du pays, donc des entreprises et la masse des chômeurs qui n'ont pas accès à aucun salaire parce qu'ils ne travaillent pas du tout.

    a. De la performance économique globale. Ce point sous entend que le salaire payé par l'entreprise à ses travailleurs doit être le résultat de la productivité de l'entreprise. L'augmentation du salaire payé doit donc résulter de celle de la productivité de l'entreprise qui détermine la performance économique globale que nous expérimentons aujourd'hui. En voulant consentir une augmentation du salaire minimum qui aura à coup sur des effets d'entrainement sur tous les secteurs de l'économie, il faut inévitablement tenir compte de ce que les entreprises et l'économie peuvent supporter. L'augmentation envisagée n'inscrira pas l'économie dans une logique de croissance, en raison des problèmes qui existent au sein de l'organisation des structures de production et des stratégies qui n'ont pas encore été définies pour se remettre sur le chemin de la croissance.

    b. La masse des chômeurs est aussi une préoccupation importante. Aujourd'hui 80% des personnes sont livrées à elles mêmes et sont versées dans la débrouillardise. Elles y sont parce qu'elles n'ont pas encore trouvé l'emploi qui leur aurait permis de gagner dignement leur vie et sécuriser leurs familles. En augmentant le salaire minimum de manière trop brusque, le faisant passer de $ 1.75 à $ US 5, il faut savoir que la résorption du chômage est devenu très compliquée.

    c. Face à ces deux considérations, il est opportun de trouver un mécanisme souple et une référence pour agir et garder quelques acquis qui semblent avoir été faits, notamment la loi HOPE II. D'abord une référence peut être le niveau de salaire US $ 3 qui existait dans les années 1980. Cette référence pourrait servir de plancher, c'est-à-dire au moins 120 gourdes à payer dès octobre 2009 à l'ouvrier non qualifié, ce qui ferait une augmentation de 71.4%, et un ajustement 16.7% tous les ans jusqu'à 2013. Cela porterait le niveau de salaire à 200 gourdes en valeur réelle en 2013.

    d. Cependant même cette approche exige des autorités une politique économique et monétaire très agressive car elle sous entend que les entreprises doivent croitre pour supporter cette augmentation et les prix se stabilisent pour conserver le pouvoir d'achat des travailleurs et des ménages. Notons que dès lors que la proposition actuellement à l'étude deviendrait loi, elle affecterait toutes les autres catégories de travailleurs qui auraient une base pour négocier avec leurs employeurs. On comprend naturellement que s'il se produit une augmentation du salaire de base avec ses effets d'entrainement sur l'économie toute entière sans aucune disposition particulière pour stimuler la croissance par la dynamisation du secteur réel, c'est-à-dire des entreprises productives, agricoles, agro industrielles commerciales et de services, on court le risque de se retrouver dans une situation socio économique indescriptible cinq ans plus tard.

    Conclusion

    Il est donc clair que voter une loi sur le salaire minimum dans un pays est une décision économique d'Etat qui doit se baser sur au moins deux considérations. La première est de maintenir le pouvoir d'achat du plus petit des travailleurs afin de lui permettre de se reproduire. La deuxième consiste à mesurer l'impact de cette décision sur la productivité des entreprises et sur la croissance économique globale du pays. Quand l'augmentation du salaire minimum n'est pas placée dans ce double contexte, ses effets peuvent être inflationnistes et les objectifs consistant à améliorer la situation du travailleur ne seront pas atteints.

    Ainsi, le Parlement et l'Exécutif sont invités à réfléchir sur les dispositions d'accompagnement à mettre en oeuvre pour parvenir à faire de cette loi actuellement en discussion un levier de croissance et non une force inhibitrice pour l'économie et un accélérateur du chômage.

    Jean Claude Paulvin
    Economiste

    Source: Le Nouvelliste
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    Salaire minimum et création d'emplois est-ce qu'on nous ment ?

    Tous les débats de ces derniers jours tournent autour de la nécessite de ne pas tuer les possibilités de création d'emplois dans le secteur de la sous-traitance en appliquant tel quel la loi sur le salaire minimum votée par les deux chambres. Le président de la République, René Préval, fait campagne comme rarement il l'a fait en trois ans et les plus grands industriels du secteur sont allés devant les députés exposer leur point de vue. Pourtant, le dépôt de la loi de finances pour 2009-2010 ne laisse pas entrevoir que créer des emplois dans ce secteur ou ailleurs fait partie des priorités du gouvernement... ni le respect de la hausse annoncée des plus petits salaires et ses conséquences. Le budget de fonctionnement maigrit et aucune mesure d'accompagnement de la relance des emplois n'est perceptible pour créer les 150 à 200 mille jobs promis.

    Le Ministre de l'Économie et des Finances (MEF), Daniel Dorsainvil, a déposé le projet de loi de finances portant sur l'exercice fiscal 2009-2010 à la Chambre des députés, mardi dernier. Le projet de budget se chiffre à 88,9 milliards de gourdes, soit une augmentation de 10,6% par rapport au budget de l'exercice précédent.

    Les dépenses courantes prévues s'élèvent à 32,6 milliards de gourdes contre 55,5 milliards pour les investissements. L'aide budgétaire externe prévue est évaluée à 50,6 milliards de gourdes.

    L'an dernier, le budget prévoyait 35 milliards pour le fonctionnement et 45 milliards pour les investissements.

    Il ressort d'une première analyse des grandes lignes du document que le gouvernement ne prévoit pas d'ajuster le salaire de ses soixante mille fonctionnaires et de ses milliers de contractuels en dépit du fait que la loi sur le salaire minimum ait été votée par les deux chambres et n'a pas pris en compte les réserves du président de la République qui accepte de fait une substantielle augmentation pour tout le monde, sauf les ouvriers du secteur de la sous-traitance qui travaillent pour les industries de réexportation en concurrence directe avec le monde entier.

    Dans le passé, toute augmentation du salaire minimum a toujours obligé l'Etat à ajuster ses barèmes. La réduction du volet dépenses courantes est-elle le signe que l'Etat ne va pas respecter cette tradition ? Est-ce une indication que l'Etat va réduire ailleurs son train de vie ? Est-ce la preuve que ceux qui ont planché sur le budget ont oublié l'augmentation du salaire minimum ou la jugent négligeable ?

    Une autre analyse préliminaire du budget 2009-2010 prouve aussi que faire du secteur de la sous-traitance une priorité ne fait pas partie des priorités du gouvernement.

    En effet, selon le ministre des Finances, les infrastructures, la justice et la sécurité, le tourisme, l'éducation, la santé, l'environnement, la réduction de la vulnérabilité du territoire, le développement local et la perception des recettes sont les priorités du Gouvernement pour l'année qui vient.

    Pour revenir au secteur de l'assemblage et à son point faible l'énergie électrique, un article sur le site de radio Vision 2000 nous informe que de la somme de 2 milliards de gourdes assignée au sous-secteur énergétique (EDH) pour son fonctionnement a été ajusté de 864 millions de gourdes. A la hausse ? A la baisse ? Le site ne précise pas. Cette décision sera aussi un indicateur de la tendance globale du budget. Car de l'électricité, beaucoup d'électricité on en aura besoin pour faire grossir le secteur de la sous-traitance.

    Des crédits de 8,6 milliards de gourdes sont accordés à la rubrique justice et sécurité. Quant au secteur du tourisme, qui, selon le Ministre Dorsainvil peut constituer un apport fondamental à l'économie du pays, 639 millions de gourdes y sont attribuées. Une enveloppe estimée à 9, 1 milliards de gourdes est accordée à l'éducation tandis que 3,8 milliards sont octroyées au secteur de la santé. Une somme de l'ordre de 639 millions de gourdes est affectée au Ministère de l'environnement contre 300 millions de gourdes pour la réduction de la vulnérabilité du territoire. Le volet développement local est crédité d'un montant de 1,2 milliards de gourdes. Des crédits évalués à 1, 9 milliards de gourdes sont attribués à l'augmentation des recettes alors qu'une allocation de 300 millions de gourdes est disponible pour les échéances électorales. Le grand argentier de la République a informé que 38, 2 milliards de gourdes sont générées par les trésors publics et 50,6 milliards proviennent de l'aide internationale, poursuit Vision 2000.

    Cette enveloppe est loin d'être suffisante vu les besoins à satisfaire, a reconnu M. Dorsainvil. Toutefois, il a promis d'utiliser cette somme pour couvrir les dépenses courantes estimées à 32,6 milliards de gourdes entre autres, toujours selon le site internet de la radio.

    Bien entendu, il est peut-être prématuré de dire qu'aucune aide pour le secteur de la sous-traitance n'a été prévue. Le budget peut encore être remanié d'autant que pour la première fois depuis des lustres, il est déposé trois mois avant la fin de l'actuel exercice, en respect de la loi.

    Il serait bon de savoir qui va construire les nouvelles usines pour abriter les 150 à 200 mille nouveaux employés que l'on fait miroiter depuis des ans, de Hope 1 à Hope 2. L'Etat n'a-t-il pas intérêt à encourager, à amorcer, à inciter financièrement des vocations dans ce secteur quand on sait que les parcs industriels sont pleins ou servent de dépôts?

    Ne faut-il pas des infrastructures adéquates pour multiplier par 10 le secteur de la sous-traitance ? Qui va payer ? Qui va inciter aux investissements ? Quelle loi de finance va accompagner le secteur ? Qui va déposer devant les chambres la loi pour modifier celle sur le travail de nuit qui permettrait de faire travailler trois vacations dans les factory comme cela se fait dans les écoles secondaires sans que l'overtime soit payé ?

    Quelle loi, et quand sera-t-elle déposée, pour libéraliser le secteur portuaire que l'on présente comme l'un des goulots d'étranglement de la sous-traitance ?
    Qui va financer des mesures d'accompagnement à caractère social pour alléger le fardeau des ouvriers qui ne pourront pas automatiquement, si les objections du président passent, toucher 200 gourdes pour une journée de travail ?

    Que prévoit le gouvernement pour amortir les conséquence de l'augmentation des salaires dans le secteur de léducation où la grande majorité des enseignants ne gagne pas 200 gourdes par jours ? Si les salaires des maîtres augmentent, l'écolage va suivre.

    Comment amoindrir dans le secteur agricole l'aspect inique de la loi qui a oublié le monde rural ? Comment corriger le sentiment qu'il y a deux pays : celui de la République de Port-au-Prince et le reste ?

    Qui va faire du budget 2009-2010 un vrai instrument de gouvernement au service d'un projet : celui de créer des milliers d'emplois comme le soutient le rapport Collier et en prévision de la mission de Bill Clinton qui arrive lundi dans nos murs.

    Aucun ministre du gouvernement n'a pu défendre les positions du gouvernent sur le salaire minimum.

    Si le président ne s'était pas impliqué, la loi serait déjà en application.
    Le budget et les absences d'indications en adéquation avec la position de la présidence sont-ils le signe que comme d'habitude, quelque part, on nous ment...

    Créer des emplois est-il à l'ordre du jour quelque part ou sommes nous devant une simple bataille pour éviter le coup de massue des 200 gourdes ?

    Par Frantz Duval
    duvalfrantz@yahoo.com
    Source: Le Nouvelliste

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    Salaire minimum : les 200 gourdes un objectif à atteindre graduellement selon le RDNP

    Le secrétaire général du rassemblement des démocrates nationaux (RDNP) Myrlande Manigat se dit en faveur d'un ajustement du salaire minimum tout en tenant compte des intérêts de chaque secteur.

    Dans cette conjoncture économique difficile L'ajustement du salaire minimum est une nécessité a- t elle déclaré.

    Invité au journal du matin de radio Metropole Madame manigat précise que les deux cent gourdes prévus par la nouvelle loi sur le salaire minimum sont raisonnables toutefois c'est un objectif à atteindre graduellement a fait remarquer le secrétaire général du RDNP.

    Vu l'importance de la loi pour les travailleurs et ses impacts sur l'économie, il faut admettre que les débats sur le salaire minimum auraient dû être conduits longtemps avant le vote du Parlement précise Myrlande Manigat.

    Elle a signalé en cas de non acceptation par le parlement des objections du président de la république, Rene Préval n'aura pas d'autre choix que de publier la loi telle que votée par les deux chambres.

    Depuis plusieurs jours, le président René Préval a entamé une campagne auprès de la population , pour faire valoir ses arguments contre la loi d'augmentation sur le salaire minimum, votée par les deux chambres au début de 2009.

    Source: Radio Metropole

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